Comprendre les enjeux du microcrédit dans le contexte économique actuel

Le microcrédit n'est pas uniquement réservé aux pays du Sud, dans le contexte économique actuel il se développe également en France.

Le microcrédit peut se définir par des prêts de faible montant destinés à des personnes à bas revenus, généralement exclues des banques parce que leur solvabilité est considérée comme insuffisante et/ou parce que les coûts de gestion de tels prêts sont jugés trop élevés [1].
Le microcrédit est apparu en France en 1989 avec la création de l’Adie, acteur qui reste aujourd’hui incontournable. Une des principales missions de l’Adie est de financer les micro-entrepreneurs qui n’ont pas accès au crédit bancaire et plus particulièrement les chômeurs et les allocataires des minima sociaux. Cette association fournit plus de 10 000 microcrédits par an à des créateurs pauvres de micro-entreprises.
  • Mais, quels sont les enjeux du microcrédit dans le contexte actuel ?
  • Le microcrédit est-il un outil pour lutter contre le chômage ?
  • Qu’en est-il de la pérennité des entreprises financées par l’Adie ?

Le microcrédit : un outil pour lutter contre le chômage ?

D’après les dernières prévisions de  l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) le taux de chômage pourrait atteindre environ 11% de la population active en 2014. Il s’agirait d’un niveau jamais atteint depuis le pic de 10,8 % au premier semestre 1997. Encore une fois,  ce sont les jeunes et les seniors, qui sont les plus touchés. Face à la montée du chômage et de la pauvreté, le microcrédit apparait de plus en plus comme un outil d’innovation sociale pour lutter contre l’exclusion sociale et financière. La situation provoque l’émergence de logiques entrepreneuriales comme alternative au chômage et à la précarité qui en découle : créer une entreprise, c’est d’abord créer son emploi.
Environ 92 % des entreprises en Europe sont des micro-entreprises (entre 1 et 9 personnes employées), elles représentent 21,8 % de la valeur ajoutée totale et 29 % de l'emploi total [2].
Ces chiffres sont appelés à augmenter suite à l'augmentation du secteur des services et du développement des nouvelles technologies. Beaucoup d’entre elles n'ont pas accès au crédit, quand celui-ci est proposé par le secteur financier « classique », soit parce qu’il est trop coûteux pour la micro-entreprise, soit parce que l'activité est jugée trop risquée par l'organisme de prêt.
C’est dans ce contexte, où coexistent chômage et exclusion financière, que l’offre de microcrédit se justifie en Europe. À la différence du Sud, où le microcrédit est un outil de lutte contre la pauvreté, en Europe, il est conçu comme un instrument pour combattre le chômage et l’exclusion sociale.

L’Adie : un tremplin efficace vers l’insertion des micro-entrepreneurs

En dépit d’un contexte de crise, 68 % des entreprises créées grâce au soutien de l’Adie sont pérennes après deux ans. Ces taux se révèlent très proches de la moyenne nationale des entreprises individuelles, voire strictement équivalent pour ce qui concerne la survie au bout de 3 ans d’existence. La pérennité des activités créées par les micro-entrepreneurs clients de l’Adie est donc comparable à celle de la moyenne des nouvelles entreprises.
Contrairement à une idée encore trop répandue, les créateurs issus du chômage et des minima sociaux, avec un faible niveau de formation (26 % des clients de l’Adie n’ont aucun diplôme, 7 % sont illettrés) réussissent aussi bien que les autres, pour peu qu’ils bénéficient d’un soutien adapté.
Dans un contexte européen de hausse du chômage en particulier chez les jeunes et face à la pauvreté, la création de micro-entreprises apparait comme une solution et un correctif aux imperfections du marché du travail.
Sur fond de flambée du chômage, la France entend développer le microcrédit, considéré comme un levier pour la création d’entreprise et la réinsertion, en associant davantage les banques et les particuliers à son financement.

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[1] Maria Nowak (2006)
[2] Source : Eurostat (2011)

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