Le burn-out ou la depression des cadres

Anxiété, problèmes relationnels, stress, inhibition au travail : les symptômes du burn-out sont envahissants et s’installent petit à petit. Gros plan sur un malaise de plus en plus persistant dans le monde du travail.

L’épuisement au travail est de plus en plus répandu dans nos sphères professionnelles. Certains le subissent sans savoir quel mal les ronge, d’autres finissent par se faire hospitaliser. Ce mal-être devient récurrent. La société est de plus en plus stressante. Les demandes dans le cadre du travail de plus en plus branchées rendement et profit.

Le stress est inhérent au monde du travail. Si la finalité de toute fonction professionnelle est en lien avec des objectifs précis, les entreprises utilisent de plus en plus une forme de management du stress. Serait-ce là que l’on trouve la racine de ce mal-être ? Aucune recherche ne le prouve, pourtant le constat est là : de plus en plus d’entreprises sont confrontées à la dépression de leurs employés, y compris leurs cadres.

Un mal-être psychologique et physique

« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. », explique le psychanalyste Herbert J. Freudenberger.

Les symptômes sont en premier lieu un sentiment de fatigue qui ne disparaît pas avec le repos. D’ailleurs le sommeil est de moins en moins réparateur, voire particulièrement perturbé. L’insomnie est un des éléments de ce syndrome. Cette fatigue devient chronique et s’ajoute aux changements physiologiques que l’individu rencontre. L’irritabilité, la sudation, les maux de ventre, musculaires, sont des symptômes souvent présents. Par ailleurs le burn-out expose l’individu à des risques cardio-vasculaires. Ce panel de symptômes n’est pas exhaustif mais rend compte de l’importance de dépister et de comprendre ce qui peut être révélateur de cette maladie.

Sur le plan psychologique, nombreuses sont les formes que peuvent prendre les symptômes. En outre on distingue une chute de l’estime personnelle, un désintérêt pour le travail, un sentiment de désespoir, d’impuissance. L’individu a du mal à se concentrer, et est souvent envahi par des pensées anxiogènes. Travailler est donc de plus en plus pénible, et la plupart des personnes atteintes se replient sur elles-mêmes ; la communication, que ce soit avec les clients, les collègues ou les proches, devient beaucoup plus problématique. La relation à l’autre se vide de sens, la personne perd le contact, se désintéresse de ses proches ou même s’en prend à eux. C’est un des changements de comportement qui peut alerter l’entourage : ils ne reconnaissent plus leur ami, parent, conjoint devenu agressif. Ou alors, ils ne le reconnaissent pas tant il est devenu silencieux, absent, triste.

Rappelons que n’importe quelle personne exposée à une forme de stress dans le cadre de son travail est susceptible de vivre un burn-out. Cela dépend non pas de la personnalité de chacun, même s’il s’agit d’une variable à prendre en compte, mais bel et bien du contexte professionnel.

Malaise dans la société

Notre société créerait-elle ces maux ? Serait-elle le terreau de maladies qui handicapent l’individu tout comme l’organisation professionnelle ? Car c’est un cercle vicieux, plus les professionnels-individus sont touchés moins les rouages professionnels qu’ils occupent fonctionnent. Ce concept est vrai dans l’ensemble des réseaux professionnels tout comme dans la plus petite des start-up en devenir. Le stress, les nouvelles formes de management, le rapport de chacun au travail et à la hiérarchie, tributaires de ce que la notion de profit impose, ont créé un malaise dans notre société.
Bien sûr, toute fonction, à des degrés divers, implique investissement et responsabilité. Pour la plupart d’entre nous cela peut générer du stress. A un faible niveau, le stress, qui s’apparente plus à une pression, peut être un moteur à la réussite, un activateur de potentiel. Mais ce stress-là doit avoir comme objectif la réussite comme finalité, comme satisfaction personnelle, pas uniquement la finalité visée par l’organisme pour lequel on travaille.

La dépression des cadres, le manque de motivation des employés, a grandi avec l’augmentation de la concurrence, le changement sociétal qui en a découlé. La mondialisation, en terme de capitalisme, est peut-être un plus, mais sur le plan individuel, elle aurait dû être accompagnée de prise en compte des mécanismes psychiques. Une personne, sereine sur le plan psychique, peut être soumise à une grande pression, à de grosses demandes, elle ne craquera pourtant pas. Un individu qui commence à entrer dans le cercle vicieux du stress maladif pourra subir une infime pression qu’il s’effondrera. Il est donc fondamental lorsque l’on est chef d’entreprise, manager ou directeur des ressources humaines de considérer l’individu dans sa globalité et non simplement comme celui qui occupe une fonction et produit des résultats.

Le premier pas vers le burn-out est probablement lorsque tout ce que l’on fait, on le fait sans y croire juste pour répondre à la demande d’une hiérarchie. Le deuxième pas, c’est l’acceptation de cet état, la résignation. Pour lutter contre ce mal, plusieurs facteurs peuvent être mise en place à plusieurs niveaux.

Prévenir et guérir

L’entreprise peut, si elle est désireuse de prévenir le burn-out, mettre des garde- fous. Un psychologue, un médiateur, des sessions de reprise de la pratique sont un bon moyen de faire tampon entre les différents rouages de la hiérarchie. Si l’entreprise a un fonctionnement qui génère du stress, vous devez prendre en compte l’impact sur vos cadres, sur vos employés. Le type de management que vous choisissez a son importance. Le management participatif semblerait être le fonctionnement qui génère le moins de dépression du travail. A cela plusieurs raisons : chacun se sent investi, la réussite de l’entreprise a un impact sur l’image de chacun, la pression et la responsabilité sous-jacente sont à la fois pour soi-même mais aussi pour l’organisme professionnel que l’on représente et qui sait reconnaître la valeur de ceux qui la représentent.

Sur le plan personnel, si vous êtes cadre, employeur, ou bien chef d’entreprise et ressentez ces symptômes, vous aussi vous pouvez les prévenir.

Le premier point important est de ne pas chercher à faire cela seul. Des techniques existent ; avec l’aide d’un psychologue, d’un médiateur ou d’un coach, vous pouvez apprendre à gérer mieux le stress, la pression et les attentes des collaborateurs ou de la hiérarchie. Les méthodes ne seront pas les mêmes, faites-en le tour pour savoir celle qui vous correspond le mieux. Dès maintenant, dans votre vie de tous les jours, sachez faire étanchéité entre le travail et votre monde social, privé. Vous pouvez être passionné, fou du travail, pour autant vous devez vous garder un espace à vous. Que cela soit par la pratique d’un sport ou de la méditation, prenez en compte le lien étroit esprit-corps et sachez garder une partie de votre temps qui ne sera infiltrée en rien pas la sphère du travail.

Des exercices de méditation existent pour prévenir le stress, réalisables même sur le lieu de travail. Il est intéressant d’en faire le tour, ne serait-ce que pour apprendre à faire le vide dans certains moments-clés de la journée, avant un meeting ou une rencontre importante par exemple.

En second lieu, le rapport à la demande, à la hiérarchie aussi, vous pouvez les travailler. Les attentes, les objectifs, vous devez les vivre comme un challenge et non comme un effort angoissant, insurmontable. Si tel est le cas sachez vous décaler entre la demande normale d’une hiérarchie que ses employés se donnent à fond, et la réalité du terrain, ce qu’il est vraiment possible de faire. Les sommets, vous ne pourrez les atteindre qu’avec sérénité.

Troisième point important, renseignez-vous sur vos droits, sur votre activité, cherchez toujours à en apprendre plus. On se sent mieux lorsqu’on avance en pleine lumière, avec la connaissance comme boussole. Si vous savez que vous faites au mieux, les exigences vous aurez en vous de les juger, de savoir par quel chemin passer et surtout de savoir que vous en êtes capable. Ne soyez jamais les pions d’une organisation professionnelle, mais décidez d’être bel et bien acteur de votre carrière et de votre réussite.

Si malgré tout cela vous ne vous sentez pas mieux dans votre contexte professionnel, n’hésite pas à en changer. Le stress n’est pas inhérent au monde du travail, tout dépend de la visée entrepreneuriale de l’entreprise.

Lorsque le burn-out est bien installé  

Dans les stades les plus avancés du burn-out, il y a une réelle incapacité à travailler. N’hésitez pas à consulter un médecin, psychologue ou psychiatre, car c’est une maladie qui demande des soins et des changements au niveau professionnel. Le chemin pour en sortir totalement existe, il passe par la psychothérapie et parfois par la voie médicamenteuse (demandez toujours un deuxième avis).
Dans ce cas-là gardez bien en tête que votre ressenti sur vous-même sera biaisé par ce que vous êtes en train de vivre psychiquement. La baisse d’estime de soi provient totalement du burn-out et ne peut être en rien indicateur de votre valeur.

Lors de la reprise du travail, vous risquez de ressentir angoisse et pression de votre propre inconscient. Là aussi, faites-vous accompagner et sachez bien que ces symptômes vont s’amoindrir jusqu’à leur totale disparition lorsque vous aurez repris le cours normal de votre activité professionnelle dans un contexte adéquat.

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