Parrainage & tutorat : ce qu'il faut connaître pour réussir

De plus en plus nombreuses et actives sont les Associations de parrainage qui œuvrent au bénéfice des jeunes issus de familles modestes préparant les concours des grandes écoles et les examens universitaires de haut niveau.

« L’ascenseur social est en panne » … voilà une constatation qui semble s’imposer depuis de longues années et un cri de détresse de plus en plus souvent entendu.
La valorisation et la promotion de notre jeunesse méritante, voilà une œuvre sociale qui est aussi un impératif économique, un facteur capital pour le redressement et l’avenir de notre pays.
Il est probable que beaucoup de lecteurs du JDN participent déjà de façon intensive à de multiples activités, à divers niveaux, soit à titre individuel, soit dans le cadre de l’entreprise ou dans des structures collectives. C’est devenu une tâche ordinaire pour l’accueil des stagiaires ou des nouvelles recrues. Et s’occuper de filleules et filleuls sur une longue durée, c’est une magnifique aventure partagée.
Voici quelques réflexions, considérations générales et observations, avant de passer à un rappel de principes, conseils et règles d’or pour un parrainage efficace.
Il est maintenant assez généralement reconnu que les barrières culturelles sont souvent devenues les plus graves des barrières sociales.
Depuis « Les Héritiers » de Bourdieu et Passeron (Éditions de Minuit, 1964), de nombreuses études ont montré que l’origine sociale de la famille et le capital culturel des parents sont des facteurs-clés de la réussite scolaire et universitaire. Et malgré les multiples réformes engagées depuis cinquante ans, le déterminisme socioculturel de la réussite (…ou de l’échec !) est toujours aussi pesant.
Et en termes socio-économiques la perte de potentiel humain est un phénomène dramatique en France comme dans les pays du Tiers Monde. Dans notre pays, la « panne de l’ascenseur social » peut et doit être considérée comme une catastrophe nationale, non seulement sur le plan de l’équité, mais encore sur celui de l’efficacité. Dans les pays du Tiers monde, les carences éducatives sont le principal obstacle au développement, et la situation est particulièrement grave en ce qui concerne les jeunes filles.
L’expérience des grands pays industrialisés le prouve, et notamment l’exemple des États-Unis d’Amérique : la clé du développement a été la mobilité sociale, en augmentant les chances de réussite et en favorisant l’éclosion des talents des jeunes générations dynamiques.
Pour nos vieux pays, l’impératif est double : endiguer les pertes énormes de potentiel humain qui sévissent depuis des décennies ; contribuer au renforcement de la cohésion sociale en tissant de nouveaux liens de solidarité entre des générations et des milieux différents.

Pourquoi développer le parrainage

Notre pays subit une très grave crise économique et financière, sociale et (hélas !) même morale.
Le taux de chômage des jeunes n’a jamais été aussi élevé. La distorsion avec les besoins des entreprises est de plus en plus préoccupante. Les carences dans la formation générale comme dans la formation professionnelle sont de plus en plus graves. Et encore une fois « L’ascenseur social est en panne ».
À tous égards, le développement du parrainage permettre d’apporter des éléments de solution. En orientant les jeunes vers les métiers utiles et indispensables, en leur donnant à la fois des objectifs d’intérêt général et les moyens de les réaliser, en faisant d’eux des futurs cadres dynamiques pour les entreprises et des citoyens actifs pour la Nation. Une des très belles devises d’une grande Association est « Aidons nos talents à réussir ».
Voyons comment agir pour que nos jeunes puissent s’exprimer à la hauteur de leurs talents. Pour cela, il faut recruter des parrains bénévoles de plus en plus nombreux et qualifiés.

Les engagements des parrains et la récompense personnelle et sociale de leur zèle

En principe, c’est un engagement fort sur la durée. Il vaut sur le plan pédagogique d’abord, et aussi sur le plan moral : il faut être disponible non seulement pour corriger des copies ou aider à la préparation des épreuves orales et des entretiens professionnels, mais encore pour guider sur le long terme… ou simplement pour « remonter le moral » des jeunes en difficulté.
Les parrains jouent le rôle de « passeurs sociaux », ils doivent contribuer de façon substantielle à rétablir l’égalité des chances dans notre société.
Et réciproquement, ils reçoivent en retour. Les quêtes et requêtes des jeunes pour leur avenir (et même leurs inquiétudes !) sont toujours très éclairantes. Et leurs questions, leurs interventions, leurs suggestions et propositions, comme simplement leur présence, sont un précieux facteur de rajeunissement, à la fois intellectuel et moral.
Je puis en témoigner doublement, ayant été à 17-18 ans jeune étudiant à Sciences Po Paris, puis très jeune stagiaire de l’ENA, bénéficiant des cours et de la tutelle éclairée d’éminents Préfets ou Ambassadeurs de France, et approchant maintenant de quelque 80 ans, et donc avec l’expérience des plus jeunes d’abord, et maintenant celle des plus anciens.

Les engagements des filleuls, leurs attentes et leurs devoirs sociaux

Les filleuls sont en principe méritants, souvent même simplement de par leur situation. Nous devons avoir une pensée particulière pour les pupilles de la Nation, pour les jeunes suivis par Orpheopolis (ils sont plus de 4 000 orphelins de la Police nationale !).
Dans notre pays, les jeunes sont loin d’avoir tous la chance d’appartenir à une famille aisée, de disposer des clés pour réussir, d’effectuer facilement de bonnes études et d’avoir une chance de trouver économiquement et socialement au meilleur niveau leur place dans la société.
Sur la base d’un engagement réciproque et de rapports de confiance, les jeunes vont bénéficier d’une écoute attentive, d’un partage d’expériences, de contacts stratégiques notamment avec les milieux professionnels. Et de soutiens pour leurs activités culturelles comme pour la solution heureuse de leurs difficultés matérielles. En liaison évidemment avec les partenaires que sont les familles et les équipes professorales. Les jeunes doivent savoir qu’il leur faudra se montrer travailleurs, actifs et dynamiques dans tous les domaines, et qu’ils seront aidés généreusement à cette fin.
Ils doivent être conscients non seulement de leurs besoins, mais encore de leurs objectifs et de leurs devoirs. Si la société, avec l’aide et le temps apportés par des personnes bénévoles, leur offre de nouvelles chances, ils doivent d’abord travailler de leur mieux pour acquérir de bonnes formations.
Et savoir qu’ils devront restituer en aidant à leur tour les plus jeunes.

Filleuls et parrains : des relations évidemment « gagnant-gagnant »

Des milliers de témoignages l’ont affirmé : la coopération intergénérationnelle est l’une des plus productives formes d’échange, elle a toujours un remarquable effet multiplicateur. C’est par excellence le domaine du « gagnant-gagnant ».
Les parrains et formateurs transmettent ce qu’ils sont, ce qu’ils ont appris ou observé : leur exemple et leurs expériences. En espérant ainsi transmettre et développer des connaissances, compétences et aptitudes au bénéfice de leurs filleules et filleuls.
C’est un engagement fort que prennent à la fois les parrains et les filleuls : les uns et les autres doivent s’investir dans la durée. Au moins jusqu’au succès à l’examen ou au concours, puis à l’insertion professionnelle. Ou même encore pour les débuts de la carrière… et jusqu’à ce que le filleul puisse devenir lui-même formateur.
Dès le début, et dans la durée, doit se construire une relation positive, ouverte, efficace, avec des temps d’échanges et partages, conseils et travaux suivis, et dans l’idéal des réalisations en équipe.

Principes et règles d’or

Nous reproduisons ici, en élargissant éventuellement leur application (et avec des commentaires ou exemples personnels), les sept principes déterminés par la Fondation Un Avenir Ensemble, placée sous l’égide du Grand Chancelier de la Légion d’Honneur. C’est la notion même de Mérite qui fonde les deux Ordres nationaux et la Médaille militaire.

Principe n°1 : la notion de Mérite

Elle constitue le lien fédérateur entre les acteurs du parrainage et les « filleuls ». C’est une constante pour toutes les Associations de ce type : elle n’est pas forcément synonyme d’excellence scolaire (elle ne se limite pas aux « surdoués »), mais elle requiert une motivation forte et une conduite irréprochable.
Il existe bien entendu d’autres types d’Associations, également très méritantes, qui s’occupent d’autres catégories de jeunes, notamment les jeunes en grande difficulté (extrême pauvreté, délinquance, jeunes en danger du fait de violences de leur entourage…).

Principe n°2 : la durabilité du système

Un bon système de parrainage doit s’inscrire dans la durée.  Elle varie évidemment beaucoup selon les associations et les éléments particuliers de la situation  des parrains ou des filleuls eux-mêmes.
En l’espèce, il s’agit d’un exemple de durabilité longue : avec un avenir ensemble, la moyenne est de huit années. Les trois années de second cycle (Lycée) et cinq années d’études supérieures (Master ou diplôme d’ingénieur). Donc en principe depuis les débuts au Lycée jusqu’à l’entrée dans la vie professionnelle.
C’est évidemment le schéma idéal. Cela dit, des interventions ponctuelles pourront souvent se révéler d’un grand secours pour beaucoup de jeunes, il ne faut pas les négliger… et être prêt pour des actions bénévoles efficaces en cas d’urgence.

Principe n°3 : la sélection des filleuls

Pour une grande Fondation, la sélection s’effectue en collaboration avec l’Éducation nationale, c’est-à-dire avec les proviseurs, conseillers principaux d’éducation et professeurs des grands Lycées. Et il est expressément spécifié que cette sélection « repose sur les savoir-être tout autant que sur les savoirs et savoir-faire ».
C’est évidemment le cas de figure idéal… mais il ne faut pas oublier que des jeunes méritants peuvent se trouver isolés dans de petites structures. Et si l’occasion se présente, il faut être également prêt à les prendre en charge.

Principe n°4 : le choix des études

Un principe de bon sens doit évidemment s’appliquer compte tenu de la situation difficile de notre pays, dans ce contexte de mondialisation et de concurrence exacerbée.
Le choix des études supérieures doit s’inscrire dans un objectif professionnel. Et l’évaluation des choix de formation doit être adaptée aux besoins de notre économie et de nos entreprises.

Principe n°5 : mobilisation et implication renforcée des parrains

La Fondation préconise la mobilisation et le renforcement de l’implication des parrains dans un mouvement commun pour une action d’intérêt général.

Principe n°6 : l’ouverture de la démarche

Une démarche de partenariat doit s’engager avec les différentes partie prenantes (Entreprises, établissements d’enseignement…) autour de problématiques bien identifiées (le recrutement, la situation particulière des jeunes filles…).

Principe n°7 : l’adaptabilité aux spécificités géographiques

La Fondation mène des actions spécifiques dans les pays en développement, notamment ceux de l’Afrique francophone).
Bien entendu, il faut tenir compte des spécificités régionales au sein même de la Métropole.

Questions posées par une filleule de l’Association Les Chemins de la Réussite (CDLR)
  • Que pouvons-nous attendre des associations ?
  • Quelles sont les diverses modalités de l’aide ?
Les modalités varient évidemment selon les Associations, et selon leurs richesses et leurs moyens. L’aide est assurément toujours d’abord d’ordre moral et d’ordre pédagogique : écoute, conseils et méthodes. Puis vient l’aide matérielle et financière, directe ou indirecte : organisation de voyages, séjours universitaires,  activités culturelles et sportives, rencontres et stages, recherche de « petits boulots » ou « jobs d’été » (non, ce n’est pas péjoratif !),  multiples formes d’allocations ou aides financières (parfois sur une longue durée pour les études supérieures).
  • Est-ce que le parrainage est une forme d’assistanat ?
En un sens, il faut bien répondre oui … mais le parrainage ne doit surtout pas être seulement une forme d’assistanat. L’objectif essentiel, c’est la réussite du filleul, dans ses choix d’orientation et dans ses études, puis dans son insertion professionnelle. Il requiert donc expressément une participation active.
  • Quelles sont les relations avec la famille ?
Le principe est le maintien intégral des responsabilités familiales. Le parrain doit collaborer au mieux avec la famille (… lorsqu’elle existe !). Il peut certes se trouver des sources de conflits, et dans ce cas le parrain doit agir avec le maximum de diplomatie. En principe, la décision finale doit revenir au jeune lui-même, puisque le but essentiel est de le préparer à ses responsabilités d’adulte.
  • Peut-on dire que le réseau, les contacts, sont un outil nécessaire dans le monde du travail aujourd’hui ?
  • Le parrainage peut-il aider les filleul(e)s à se constituer leur propre carnet d’adresses ?
Voilà une question particulièrement intéressante pour les lecteurs du JDN. Le volume des textes (et des stages et séminaires !) consacrés aux Relations humaines (et notamment aux réseaux !) en montre bien l’importance stratégique, à la fois pour l’insertion professionnelle et pour la carrière.
  • Quels sont, pour vous, les trois mots-clés de votre action ?
Nous pourrions évidemment en trouver des dizaines en discutant. À l’improviste, en voici trois qui me reviennent en mémoire, ceux qu’un grand Préfet avait prononcés en m’accueillant comme stagiaire alors que j’avais tout juste 21 ans : camaraderie, confiance et courage. Il me considérait comme un jeune camarade, il souhaitait pouvoir toujours travailler en confiance, et il m’invitait à me former au courage dans l’action.
J’en profite pour vous inviter à réfléchir fréquemment à des mots-clés ou notions essentielles. Définir des séries de mots-clés est un exercice intellectuellement très enrichissant (… et un outil de travail indispensable au succès dans les concours ou dans la vie professionnelle, notamment pour les réunions ou conférences, les exposés, les débats).
Un autre exemple intéressant me vient à l’esprit. Lors d’une conférence-débat à la Sorbonne, Michel Pébereau, PDG de la BNP, avait été interrogé sur ses critères de recrutement. Il avait répondu par trois mots-clés : compétences, adaptabilité, créativité. Je vous laisse le soin d’y réfléchir… de façon créative !

Perspectives et prolongements

Dans ce domaine particulier de la formation comme en beaucoup d’autres, et il en va de même pour les stages CCM Benchmark, le JDN peut jouer un rôle très utile d’information et de conseil : il met à notre disposition des centaines et des milliers de pages utiles pour les jeunes comme pour les parrains et formateurs.
Pour que les meilleures idées puissent émerger, être confrontées, se multiplier. Pour que des méthodes et des exemples concrets d’actions puissent être très largement diffusés. Pour que des liens se tissent, des amitiés intergénérationnelles voient le jour, pour que des possibles (et même l’impossible ?) se réalisent. Dans un esprit de méritocratie républicaine, au service de nos entreprises et de nos concitoyens. Pour l’épanouissement d’une jeune France dynamique et compétitive, au service de l’Europe et de l’humanité.
    

Autour du même sujet