Football et société : entre polémique et exagération

Les incendies démarrent toujours par un petit feu de forêt dit-on. Il peut être naturel ou humain. Criminel et intentionnel ou accidentel et involontaire. «Le joueur typique africain» aurait donc comme traits premiers la puissance et les qualités athlétiques.

La mèche allumée involontairement par l’entraîneur des Girondins de Bordeaux Willy Sagnol n’a pas échappé à la propagation rapide.
Les incendies démarrent toujours par un petit feu de forêt dit-on. Il peut être naturel évidemment, ou humain. Criminel et intentionnel ou accidentel et involontaire. « Le joueur typique africain » aurait donc comme traits premiers la puissance et les qualités athlétiques, alors même que « le foot ce n’est pas que ça, (…) c’est aussi de la technique de l’intelligence et de la discipline ». La mèche allumée involontairement par l’entraîneur des Girondins de Bordeaux Willy Sagnol n’a pas échappé à la propagation rapide.

Faux procès ?

Au-delà des réactions émotionnelles dans la foulée des déclarations, il ne s’agit évidemment pas de faire le procès de Willy Sagnol. Disséquer ses propos, les comparer, rechercher des précédents et mettre en exergue les « petites phrases » les unes à la suite des autres n’a que peu d’intérêt.
Les commentaires suite aux déclarations de l’entraîneur de Bordeaux ont ouvert le bal de ses détracteurs et des tenants de la bien-pensance, opposés aux grands défenseurs du « on ne peut plus rien dire, tout est interprété ».
L’indignation est de mise pour les commentateurs épisodiques du sport qui semblent oublier qu’il est difficile de demander au sport d’être plus vertueux que la société elle-même.

Images fabriquées et ancrage des clichés 

Parce qu’il s’agit bien ici de cela. La découverte une fois de plus que nous véhiculons des stéréotypes, des clichés, des images fabriquées et simplifiées sur les autres. Le phénomène est amplifié lorsque l’on évoque ici les footballeurs africains. Amplifié parce que notre société française vit au rythme de l’obsession de l’étranger et des origines ethniques et n’assume peut-être pas ses tabous.

Le football n’échappe évidemment pas à cette logique

Mais peut-on aller jusqu’à qualifier ces propos de racistes ? A-t-on le droit de poser la question de la corrélation morphologie/ethnie ?
Le racisme se fonde sur deux dimensions : d’un côté l’infériorité supposée des individus en fonction de leur appartenance à des prétendues races différentes ; de l’autre, la spécificité intellectuelle, physique, mentale affectée aux personnes de « races » différentes.

« La naturalisation des capacités sportives des Noirs renvoie à du racisme car il n’existe aucune propriété physiologique spécifique chez les athlètes noirs ou de qualité intrinsèques supérieures » [1].
La conclusion est assez simple : le footballeur africain (puissant, combatif et athlétique) n’existe que dans les yeux des observateurs obtus du football et de la société. On ne peut évidemment assigner des caractéristiques physiques à des populations aussi diverses que celles qui peuplent le continent africain.

Stéréotypes contre stéréotypes 

Le problème se trouve ailleurs : la formule de Willy Sagnol paraît incomplète et laisse place à l'interprétation. Les amoureux des petits phrases et des polémiques clé-en-main ont sauté sur l’occasion. C'est ici que le commentaire opportun s'engouffre, spécule et extrapole. Jusqu’à en faire un sujet politique [2].
Le sport est une proie facile. Un milieu d’écervelé, dont les porte-étendards manquent cruellement de bagage intellectuel et de capital social. Au point que l’on en viendrait à ne plus s’étonner des dérives de langage et de comportements des acteurs du football, français comme européen.
C'est vrai. Pendant des années, le football et ses instances se sont présentés comme victime d’un racisme ambiant qui les dépassait et qui était avant tout un mal sociétal. Après tout, « le sport est le reflet de la société », n’est-ce pas ? Aussi neutre qu’on veuille le rendre, le stade n’a jamais dérogé à la règle et le football n’avait – disait-il -pas les moyens de lutter contre les dérives sociétales.

Le discours a changé et cette position est largement contestable aujourd’hui. Dans les fédérations, nationales comme européennes, les clubs, les supporters et les joueurs se sont engagés dans cette lutte pour la préservation de l’intégrité du sport. L’UEFA en tête, avec des campagnes de communication et par le soutien au réseau Football Against Racism in Europe (FARE)[3], décliné en France depuis 2011 par la FFF [4]. La FFF au plan national distribue chaque année un programme éducatif et pédagogique de lutte contre le racisme à 17 000 clubs. 

64 % des citoyens européens voient dans le sport un moyen de lutter contre les discriminations[5]. Peut-être serait-il temps de jeter un œil plus attentif sur ce que le football a accompli de positif, plutôt que de lui faire porter le costume de pyromane à la moindre étincelle.

Chronique rédigée par Julian JAPPERT et Maxime LEBLANC, Directeur et chargé des affaires européennes du Think tank Sport et Citoyenneté. 

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[1] William Gasparini, « Sport et Discriminations : les contradictions d’une pratique universelle », in Sport et Citoyenneté, Revue n°17 Sport et Discriminations, Décembre 2011, p. 12.
[2]
L’Express, Pour le PS, Willy Sagnol doit être sanctionné par la FFF, www.lexpress.fr/actualite/sport/football/pour-le-ps-willy-sagnol-doit-etre-sanctionne-par-la-fff_1619170.html
[3]
www.farenet.org
[4]
Fédération Française de Football, Pour dire non au racisme,
www.fff.fr/actualites/355-544407-pour-dire-non-au-racisme
[5]
William Gasparini, « Sport et Discriminations : les contradictions d’une pratique universelle », in Sport et Citoyenneté, Revue n°17 Sport et Discriminations, Décembre 2011, p. 12.

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