Les CCP sont-elles prêtes à assumer le rôle de stabilisateur ?

Certaines chambres de compensation ne sont pas encore prêtes à assurer le rôle de stabilisateur du système financier mondial, et pourtant, avec les bons outils, elles pourraient se protéger du risque systémique et donc assurer cette stabilité.

L’exemple récent de la baisse soudaine du franc suisse face à l’euro et son impact dévastateur sur les courtiers prouve que malgré les modèles de compensation centrale mis en place après la crise financière par les organismes de réglementation comme Dodd Frank et EMIR – créés pour éviter l’accumulation de risques qui pourraient se propager dans le système financier –les CCP, censés mutualiser les risques, pourraient ne pas être en mesure d’absorber les effets dévastateurs de telles variations de cours et donc à maitriser le risque systémique.  

Pourtant, le rôle des CCP est renforcé depuis que le Comité de Bâle a mis en place en janvier une nouvelle directive qui transfère le risque de contrepartie vers les chambres de compensation (CCP), pour une une part importante de leurs transactions. Son objectif vise à inciter les banques à recourir aux contreparties centrales et ainsi permettre aux régulateurs de mieux surveiller leurs flux de transactions et risques encourus. Cette nouvelle directive entraine indéniablement une augmentation des transactions via les CCP, génère une concurrence accrue entre elles, et les positionne désormais sur le devant de la scène en matière de gestion du risque de liquidité, de contrepartie et donc systémique. 

Maitriser tous les risques : opérationnels et de marché

Pour parvenir à endosser ce rôle, les CCP doivent être capable de maitriser tous leurs risques, qu’ils soient simples en apparence ou plus complexes. En effet, de « simples » erreurs informatiques ou de saisie peuvent avoir des répercussions néfastes sur le bon fonctionnement. Les CCP doivent donc pouvoir être en mesure de détecter automatiquement toutes ces erreurs afin de pouvoir les corriger instantanément et alerter les membres sur les éventuelles erreurs.
Elles doivent aussi pouvoir mesurer leurs risques de marché, notamment celui résultant des « crowded trades » récemment mis en avant par le professeur Albert J. Menkveld* (Université d’Amsterdam). Les « crowded trades » sont définies par la corrélation qui lie les portefeuilles de membres. Lorsqu’ils sont exposés aux mêmes facteurs de risque, leurs pertes sont amplifiées car provoquées en chaine. Ce risque de marché nécessite de pouvoir mesurer la corrélation entre les portefeuilles des membres. La solution est alors d’avoir une vision exhaustive de l’exposition des membres les uns avec les autres.. 

La technologie in-memory

C’est là que la technologie joue un rôle fondamental, car les systèmes existants ne peuvent gérer à la fois la détection de simples anomalies opérationnelles et aussi la réalisation de calculs complexes. En effet, les CCP ont besoin de pouvoir gérer des masses de données, des traitements complexes, et assurer des analyses en temps réel, de manière interactive - notamment pour réaliser des scénarios de simulations sophistiqués, une exigence grandissante des contreparties centrales.

La technologie in memory est la seule à ce jour qui permet de réaliser des agrégations et simulations de cette envergure, en temps réel. Avec ce type de plateforme, les contrôleurs de risques pourraient mettre en place de nouveaux instruments de mesure, comme le Crowd Index* (pour évaluer l’ampleur de la multiplication des transactions) préconisé par le Professeur Menkveld. En agrégeant des volumes massifs de données ils calculeraient par exemple les risques de marché et de liquidité,, suivraient automatiquement ces mesures, recevraient des alertes intra-day et fourniraient une gestion efficace par exception. 

Pour maitriser les risques opérationnels, les CCP peuvent ainsi, avec les bons indicateurs en place, détecter les erreurs, et pour maitriser les risques de marché, identifier si plusieurs de leurs membres expérimentent simultanément un même choc de prix. Et lorsque leurs transactions deviennent trop massives elles pourraient leur demander de régler des suppléments pour les marges additionnelles, et les inciter à traiter avec d’autres CCP. De cette manière elles se répartissent le risque de marché entre elles, et peuvent assurer un système financier plus stable.

Une solution d’analyse de données in-memory est une réelle opportunité pour les CCP de maitriser le risque systémique et de se renforcer leur rôle  de stabilisateur du système financier.

* “Crowded Trades: An Overlooked Systemic Risk For Central Clearing Counterparties“ – by Albert J. Menkveld – March 15, 2014, lire l’étude ici.

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