La concertation digitale, solution miracle ?

Les modalités de concertation classiques soulèvent un certain nombre de questions : où sont les moins de 30 ans ? Où sont les actifs avec enfants ? A l’heure de la société 3.0, le digital serait-il la solution providentielle pour innover et sortir des cadres prédéfinis ?

La digitalisation possède de nombreux atouts.

Parmi les nombreuses initiatives qui fleurissent actuellement– de la carte interactive au débat en ligne, de la visioconférence au serious game qui mobilise des techniques de gamification, notamment dans des COOC - ne boudons pas notre plaisir de voir émerger de nouvelles solutions. 

Par exemple, on observe avec beaucoup d’intérêt l’ouverture d’espaces de dialogue neufs, situés en-dehors des moments collectifs in real life. Voilà de quoi apporter des réponses à certaines préoccupations des concertants comme des concertés. Avec une continuité potentiellement ininterrompue, puisque les espaces virtuels ne connaissent pas d’horaires. A tout moment, le participant qui a une idée peut aller la poster en ligne, sans attendre la prochaine réunion. 
L’initiative de la Mairie de Paris à l’occasion de la modification du PLU en est un bon exemple. La plateforme  "imaginons Paris" a permis d’aller plus loin et au-delà des simples réunions publiques. On regrette simplement la surreprésentation sur cette plateforme des profils experts, professionnels de la Ville…

Ne sous-estimons pas, d’autre part, l’avantage indéniable de pouvoir se dégager des contraintes horaires et spatiales de ladite réunion. Et puis, bien sûr, chacun peut s’exprimer plus facilement que devant un groupe d’inconnus. Pour les personnalités timides ou pour ceux qui se sentent moins légitimes à prendre la parole en public, cela devient tout de suite plus simple. 

Et puis, nous y voyons un autre avantage majeur : l’instauration d’une nouvelle temporalité. Chacun peut prendre le temps de mûrir sa réflexion, de revenir sur sa contribution ou de ré-examiner celles des autres, ce qu’offre beaucoup moins facilement l’instantanéité de la réunion. D’ailleurs, les espaces d’échanges  "on line" peuvent également s’avérer propices à la co-construction (comme le démontre les expériences de Carticipe sur différents projets). A condition que le community management y soit efficace… 


Le digital n’est pas une solution ex-nihilo.

Le manque d’animation humaine, voilà l’un des écueils qui menace l’intérêt du digital dans les procédures de concertation. En effet, nous observons une tendance à la gadgétisation.  "Il faut faire du digital pour être moderne, ouvrons un espace en ligne dans le cadre de notre concertation". Oui, et ensuite ? Si l’outil n’est pas animé, s’il n’est pas pensé comme une partie du dispositif ? Bref, lorsque l’ouverture digitale ne consiste qu’en un maigre relais des réunions en salle, cela laisse perplexe. Et peut venir alimenter les déceptions autour de la concertation, déjà fort nombreuses. 


Le digital est un outil, il a donc besoin d’être maîtrisé.

Oui, c’est une lapalissade, mais elle nécessite néanmoins d’être réaffirmée : le digital est un outil. Et, comme tout outil, il nécessite d’être pensé en amont, d’être adapté à son usage. Les magnifiques opportunités proposées par ces innovations doivent faire l’objet d’un choix réfléchi, servir une stratégie définie en amont avec le porteur de projet. Surtout, elles doivent s’intégrer dans un dispositif de concertation cohérent et adapté au contexte local. Est-ce que le territoire est en attente d’un outil digital ou cherche-t-on à se faire plaisir ? Enfin, et c’est à nos yeux l’essentiel, la mise en place d’outils digitalisés implique des ressources humaines. Des personnes compétentes, disponibles, qui animent, fédèrent, cadrent et relancent le débat. Car, on a tendance à l’oublier, l’animation intelligente et efficace d’un groupe ne s’auto-génère pas par magie derrière les écrans. Il faut de l’humain, encore et toujours. 

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