Quand l’hétérogénéité des réglementations nuit à l’emploi logistique français.

Voilà 10 ans que le taux de chômage en France flirte avec les 10% contre 8,3% dans l'UE. Pour redresser la barre, le secteur de la logistique peut tirer son épingle du jeu. A condition de revoir certaines réglementations.

Le transport et la logistique représentent près de 11 % de l’emploi salarié privé en France. Aujourd’hui surreprésenté par une génération de baby-boomers qui s’apprête à partir en retraite, le secteur propose de belles opportunités d’emplois, malheureusement menacées par les lourdeurs administratives et réglementaires de notre pays. 

Aller plus loin dans le "choc de simplification", rester compétitif sur un marché désormais rythmé par les besoins du e-commerce et anticiper l’obsolescence du parc immobilier sont autant d’enjeux qui permettront de valoriser les emplois logistique, comme fer de lance du regain économique français.

La logistique : une industrie créatrice d’emplois

Avec 1,6 millions de salariés, dont près de 85% engagés en CDI, la logistique constitue un véritable levier économique. C’est en effet une fonction support essentielle dont dépend l’ensemble de la chaîne de services et de production. En d’autres termes, une masse d’emplois directs non négligeables, qui impacte l’ensemble des bassins de consommation aux abords des grandes villes. 

Bien que le secteur compte une majorité d’ouvriers et d’employés (près de 80% des effectifs), il n’est désormais plus l’apanage des jeunes en intérim mais plutôt de cadres (6,3%), qui ont pu évoluer. Outre le transport et la manutention, la supply chain est désormais portée par les actions commerciales et marchandes, qui représentent à elles-seules près de 70% de l’activité. 

Peu à peu, elle se transforme en véritable industrie pourvoyeuse de carrières, ouverte aussi bien aux hommes qu’aux femmes, et avide de jeunes recrues. Car si la profession tend à se féminiser petit à petit et compte aujourd’hui un peu moins de 20% de femmes, la croissance de l’emploi féminin, ainsi que l’instauration de circuits d’apprentissage durables pour les jeunes demeurent les deux axes de développement indispensables. Activité économique marchande et emploi logistique sont donc intimement liés. Pourtant les freins sont encore trop nombreux.

La France en perte de compétitivité

En début d’année, l’indicateur de performance logistique “Banque Mondiale” soulignait la chute de la France de la 12ème à la 16ème place, alors que nos voisins allemands trônent toujours fièrement en tête de peloton. 

Pourquoi une telle dégringolade ? Parce que nos collègues européens semblent s’adapter bien plus vite aux contraintes du e-commerce, qui impose désormais l’utilisation d’entrepôts plus grands (entre 60 000 m2 et 100 000 m2), plus automatisés et plus qualitatifs. Du standard peu équipé, l’immobilier logistique tend vers la personnalisation des espaces, pensés autour d’un projet spécifique. Et si ce bouleversement est bien intégré par les professionnels du secteur, nombreux sont ceux qui se frottent à une réglementation encore trop restrictive. A titre comparatif, en Espagne et au Royaume-Uni, il faut en moyenne six mois pour qu’un entrepôt émerge de terre ; alors qu’en France, la simple obtention de l’autorisation de construction prend plus d’un an. 

Qui plus est, la spécificité française faisant de tout entrepôt une ICPE (Installation classée pour la protection de l'environnement), génère des délais dans l’instruction des dossiers et ne fait qu’accroître l’incertitude des promoteurs qui n’ont d’autres choix que de délocaliser leurs plates-formes vers d’autres juridictions européennes plus souples. Le constat est sévère : le parc logistique français est plus facilement délocalisable que ce qu’on ne pensait. Imaginons l’effet désastreux sur l’économie française si notre pays n’était plus en mesure d’accueillir les plateformes nécessaires à son tissu économique ! Car sans support performant à proximité des pôles industriels, l’effondrement du bassin d’emploi est assuré.

Comment maintenir le cap ?

Soutenir le cercle vertueux de l’emploi logistique passe avant tout par l’amélioration des conditions de travail des professionnels. Une promesse pleine d’espoir qu’avait d’ores et déjà formulé le Président de la République lors de l’annonce du "choc de simplification". Mais quatre ans après le lancement de cette mesure, quelles sont les avancées ? Le constat est mitigé, car si les problématiques ont bien été entendues, on déplore une mise en œuvre lente. Pour en finir avec ce dédale de règles et de procédures, pourquoi ne pas optimiser la législation en proposant une logique d’objectifs, valorisant les efforts environnementaux ? A l’échelle locale, la mise en place d’outils fiscaux en faveur d’opérations de réhabilitation du foncier actuel, permettrait le maintien des capacités d’accueil des prestations logistiques, en accord avec les besoins des nouveaux e-commerçants, tout en anticipant l’obsolescence de nos actifs immobiliers.  Et si la péréquation était la solution pour éviter de consommer des terres agricoles ?

La logistique verte a de beaux jours devant elle et la mutation du secteur de l’entreposage nous offre de belles occasions de renouvellement. Plus que jamais, le recrutement en logistique sera déterminant pour notre économie, mais cela ne pourra se faire qu’à condition que la logistique devienne un vraie politique industrielle, soutenue par un cadre législatif souple et stable.

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