Créer des ambassadeurs du développement responsable : bons sentiments ou bonne gestion ?

De plus en plus d'entreprises à sites multiples se dotent d'ambassadeurs du développement durable. Dépendant directement de la direction du même nom, ces électrons un peu plus libres consacrent une partie de leur temps à mobiliser leurs collègues autour des grands programmes lancés par celle-ci.

Pourquoi doubler sa hiérarchie d'un réseau transverse RSE ?

Celle-ci n'est-elle pas en mesure de "traiter" ce sujet, comme tous ceux qui ont trait à l'activité et à la performance de l'entreprise ? La réponse est en quelque sorte dans la question. On ne déploie pas autant d'énergie à gérer une énième tâche s'ajoutant à une liste déjà longue qu'à repousser les limites d'un poste dans lequel on se sent un peu à l'étroit. 

On obtient aussi moins facilement l'adhésion de ses subordonnées que de ses collègues, même pour une bonne cause. Ces deux remarques de bon sens expliquent aussi pourquoi la création d'ambassadeurs du développement durable ou responsable peut apporter bien plus à l'entreprise qu'une nouvelle dynamique RSE. 

Elle constitue en effet, pour les collaborateurs concernés, un puissant moteur d'engagement et un révélateur de talent. Pourvu que cette mission soit positionnée sur l'ensemble du champ de la RSE, ils s'ouvrent à de multiples aspects de la vie de l'entreprise : optimisation des pertes et des déchets, bien-être au travail, respect de la diversité, relation avec l'écosystème institutionnel et associatif local mais aussi avec les autres sites ou services, les clients, les fournisseurs.... Ils étoffent leur propre réseau et, ne pouvant se prévaloir d'une quelconque autorité, cultivent l'art de susciter l'enthousiasme. 

Ils apprennent aussi à faire circuler idées et bonnes pratiques. Faut-il rappeler que ces compétences comptent parmi les plus précieuses pour les organisations et peuvent conditionner la réussite des collaborateurs concernés dans des fonctions ultérieures ? Quant aux projets rendus possibles par cette organisation décentralisée, qui touchent souvent aux engagements et aux solidarités locales les plus fortes, ils nourrissent la fierté d'appartenance et le besoin de sens de l'ensemble des collaborateurs de l'entreprise. Or, ce dernier est de plus en plus fort parmi les générations montantes (les célèbres Millenials) mais aussi chez leurs aînés, qui se préoccupent évidemment de l'avenir de leurs enfants.

Comment réussir son réseau ? 

Le contrat passé avec l'ambassadeur doit lui donner les moyens d'agir, tout en préservant le sens de son engagement initial, nécessairement basé sur le volontariat. 

Il doit donc être signé par toutes les parties prenantes (la direction du développement durable, le collaborateur et son manager) qui doivent pouvoir, à tout moment et sans préavis, le rompre s'il ne répond plus à leurs attentes ou à leurs contraintes. Impossible, en effet, d'envisager cette mission dans un contexte dégradé ou subi. Ce qui ne saurait l'affranchir, bien sûr, du respect du rôle et des prérogatives du manager, amené régulièrement à dégager des ressources pour la réalisation d'actions ou d'événements. 

Celui-ci doit donc être informé au fil de l'eau des échanges du réseau pouvant le concerner. La question de l'évaluation du collaborateur dans son rôle d'ambassadeur est plus ouverte ; on imagine mal, toutefois, que son impact sur la performance de son site ou de son équipe de rattachement ne soit pas évoqué lors de l'entretien annuel... 

Le choix des ambassadeurs ainsi que leur nombre est, enfin, directement influencé par l'organisation fonctionnelle de l'entreprise, car ils doivent, sur leur périmètre, en maîtriser correctement les rouages. Au siège et dans les fonctions centrales, les assistantes font souvent d'excellentes ambassadrices ; en région, on trouve plutôt des chefs de sites, déjà amenés dans leurs fonctions à entraîner des équipes et à participer aux réunions de coordination. 

Le seul mot d'ordre est l'efficacité : mieux vaut une solution pragmatique qu'un réseau idéal lourd à mettre en place et à maintenir en fonctionnement. Dans tous les cas, une ou deux réunions plénières par an doivent suffire. Une seule chose, au fond, ne change jamais d'une entreprise à une autre : les qualités qui font un bon ambassadeur. Il doit être à l'aise dans sa fonction première, bien organisé, curieux, bon communicant et... ne pas être rebuté par les obstacles ! 

Plusieurs clubs d'entreprises dédiés au développement responsable existent aujourd'hui. Ils sont très utiles pour bénéficier de l'expérience des autres. De nombreux dirigeants y confirment qu'un réseau de quelques dizaines d'ambassadeurs peut irriguer toute une entreprise d'une belle énergie positive. Certains disent même que cette énergie les portent dans les moments de doute ou de découragement. C'est un mode de gouvernance d'avenir, dont nous n'avons pas épuisé les vertus en 7 ans. 

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