Pourquoi ce n'est plus le contrat qui doit définir le travail

Les contrats aidés sont bel et bien enterrés ! Muriel Pénicaud a acté leur remplacement par les "Parcours emploi compétences" , un nouveau dispositif qui fait du tryptique emploi-formation-accompagnement personnalisé une condition sine qua non pour les employeurs désireux d’en bénéficier.


L’échec des contrats aidés nous indique clairement que l’emploi seul n’est plus la recette miracle à une insertion durable sur le marché du travail. La conviction de la ministre du Travail ? La clé n’est plus le contrat de travail à proprement parler, mais bien la compétence.

Nous-mêmes, professionnels des métiers de l’emploi, nous le constatons chaque jour. Selon Pôle Emploi, entre 200 000 et 330 000 projets de recrutement ont été abandonnés "faute de candidats" en France en 2017. Un véritable gâchis économique et humain, dans un pays où le taux de chômage est toujours supérieur à 9% de la population active.

Si cela n’était pas suffisant, les mutations du marché du travail annoncées à moyen terme promettent de rebattre totalement les cartes. Le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) prévoit que plus de la moitié des métiers devraient voir leurs contenus radicalement transformés d’ici à 15 ans. C’est bien simple, personne ne peut plus répondre à la question suivante : à quoi ressemblera le marché du travail de demain ?

Pas de formation sans stabilité de l’emploi

Une chose est en revanche certaine : si rien n’est fait, l’état du marché du travail est appelé à se dégrader. La polarisation que nous observons déjà ira croissante avec, d’un côté, ceux qui ont les compétences recherchées par les entreprises et, de l’autre, ceux qui ne les ont pas.

Il s’agit d’une véritable fracture, qui menace jusqu’à notre cohésion nationale et le contrat social qui régit le vivre-ensemble de notre société. Peut-on vraiment attendre de ces "laissés pour compte de la révolution numérique" qu’ils se forment à de nouvelles compétences sans aucune forme de stabilité professionnelle ? Il est de notre responsabilité de répondre à ces besoins en créant les conditions d’une formation adaptée et efficace.

C’est pourquoi nous contribuons, avec tous les acteurs du secteur de l’emploi au développement de nouvelles formes de travail comme le CDI intérimaire. Ce dispositif, qui permet à des intérimaires d’effectuer des missions dans des entreprises tierces, tout en bénéficiant des avantages d’un CDI classique signé avec leur agence d’emploi, a déjà séduit plus de 20 000 personnes en France.

Le CDI intérimaire fait du temps d’intermission un temps 100% dédié à la formation, à l’accompagnement personnalisé et à l’actualisation des compétences. A la clé, un taux d’emploi moyen des bénéficiaires qui dépasse les 90%.

L’innovation pour révéler les potentiels

De même, il est grand temps de changer notre logiciel en matière d’évaluation des profils et de recrutement. Les entreprises ne peuvent tout simplement plus recruter comme avant. Comment un CV et un entretien d’embauche classique suffiraient-ils, par exemple, à évaluer la capacité d’apprentissage ou de travail collaboratif ?

Les progrès technologiques, pour peu qu’ils soient mis au service de la révélation du potentiel et du développement de chacun, promettent des avancées. Le recours à de nouveaux outils d’évaluation digitaux permet déjà de poser un regard différent sur les talents, d’éviter les biais de jugement et autres déterminismes sociaux. Ces solutions, nous les co-construisons avec un écosystème bouillonnant de start-up, au sein de notre cellule d’innovation Eclaireur Office.

D’autres expérimentations peuvent et doivent être imaginées. Dans un monde à l’orée d’une nouvelle révolution industrielle, nous devons collectivement faire preuve de créativité et agir maintenant, pour relever les nouveaux défis économiques et sociaux qui se posent à nous.

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