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LA TRIBUNE DE THIBAUD BRIERE
L'AUTEUR
THIBAUD BRIEREFondateur, Philos MEME THEME
Que faire pour "remettre l'humain au centre" ?
Certaines entreprises, pressées par l'actualité, engagent une réflexion visant à "remettre l'humain au centre", selon la formule du n°2 de France Telecom. Sur quels leviers s'appuyer pour mener à bien cet objectif ? Réponses.
(05/11/2009)
La mise en évidence de l'étendue et de la profondeur des troubles psycho-sociaux conduit les entreprises à s'interroger sur leurs pratiques managériales. Certaines d'entre elles, pressées par les événements, ont d'ores et déjà engagé une réflexion visant à "remettre l'humain au centre", selon la formule du n°2 de France Telecom, Stéphane Richard, le 22 octobre dernier à Lens. Toutes les entreprises sont aujourd'hui concernées par cet objectif, à des degrés divers. Mais que faire, pour remettre l'humain au centre de l'organisation ? Comment cultiver l'humanité dans une entreprise, sans altérer les fondamentaux du business ? Voici quelques éléments de réponse.
1- D'abord, cultiver la culture d'entreprise par tous moyens (formations, séminaires, conférences…), car ce qu'elle cultive, c'est l'homme. En faire la dernière roue du carrosse, en se désintéressant par exemple du type d'humanité qu'elle contribue à façonner, c'est marquer son indifférence pour la figure de l'humain dans son entreprise. Remettre la culture d'entreprise au premier plan des préoccupations, c'est à la fois l'intérêt des salariés, dont sera cultivé ce par quoi ils transcendent leur fonction, et celui de l'entreprise, puisque la qualité de la culture corporate conditionne la manière dont seront reçus tous les savoirs professionnels.
2- Ensuite, réhabiliter la pensée, en quoi consiste toute l'humanité de l'homme. Dans un contexte professionnel où la quantité (d'informations, de techniques et de savoirs) menace toujours d'éclipser cette qualité par excellence qu'est l'humanité, c'est avant tout de pensée dont une entreprise a besoin, étant entendu que "beaucoup savoir n'apprend pas à penser" (Héraclite). On semble en effet avoir négligé que plus croît la quantité, plus c'est la qualité qui fait la différence : qualité du raisonnement, du jugement et du discernement.
3- Enfin, humaniser les formations au savoir-être, afin de rompre avec une approche exclusivement technique du management. Il ne faut en effet pas s'étonner que ceux qui n'ont appris le management que comme un ensemble de techniques traitent tout problème, y compris humain, comme un simple problème technique. Comme le dit Abraham Maslow, "il est tentant, si le seul outil dont vous disposez est un marteau, de tout traiter comme si c'était un clou" (1). A "l'esprit de géométrie" (Pascal) qui règne dans l'entreprise, sous la domination des sciences "dures", il est urgent d'allier "l'esprit de finesse", nourri d'humanités, qui donne de traiter autrement l'humain qu'en le maltraitant. Ce dernier point en particulier implique de changer le contenu même d'un certain nombre de formations qui, en formant le savoir-être sur le modèle d'un savoir-faire, déforment en fait l'être humain au lieu de le former. Il conviendrait en effet de s'aviser que, par définition, le savoir-être n'est pas un savoir apparaître ou un savoir-faire comportemental et que, par conséquent, il ne se développe pas d'abord avec des techniques.
Rompre avec cette approche bancale du savoir-être, cela veut dire, notamment : - Revoir les formations à la communication qui réduisent la communication interpersonnelle à des techniques de communication. - Revoir les formations à l'éthique qui forment à la conformité légale en négligeant toute formation humaine. - Revoir les approches du stress et de la démotivation qui apportent des réponses exclusivement psychologiques à des problèmes existentiels.
Autrement dit, pour "remettre l'humain au centre", il faut, dans le cadre de la mise en place d'une culture d'entreprise plus soucieuse de ce qu'"être humain" veut dire, procéder à une refonte radicale des formations qui, sous prétexte de développement personnel, apportent de mauvaises solutions à de vrais problèmes humains et génèrent autant de frustration que d'incompréhension. Il faut abandonner les recettes techniques simplistes qui prétendent résoudre le problème humain, et privilégier une approche existentielle qui envisage l'homme de manière globale, dans son épaisseur. La philosophie, qui capitalise plus de 25 siècles de connaissance de l'homme, permet d'avoir une approche plus fine, plus consciente des fragilités humaines. C'est pourquoi le colloque qui se tiendra le 19 novembre prochain à l'UNESCO sur la "philosophie en entreprise" mérite une attention particulière : c'est aujourd'hui que se pensent les pratiques managériales de demain.
(1) "I suppose it is tempting, if the only tool you have is a hammer, to treat everything as if it were a nail." (Abraham MASLOW, Psychology of science: a reconnaissance, Chicago, Henry regnery, 1966)
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Que faire pour
(domino)Votre article est une véritable bouffée d'oxygène (16/11/2009)
Que faire pour
(Bernard de La Hosseraye)25 ans d'expérience en Conseil en Ressources Humaines (Recrutement, Formation, Conseil en gestion de carrière) me font partager l'avis de Thibaud Brière.
Il nous rappelle fort à propos, de façon explicite ou implicite, que:
- l'économie est faite pour l'homme et non l'inverse ; tous les dirigeants ont appris cette maxime (en particulier les responsables bancaires des départements financements d'investissements pour compte propre...), mais combien parmi eux la mettent-ils en oeuvre ?
- la principale richesse d'une entreprise, ce sont ses hommes, ses salariés (tout le monde connaît également cette autre maxime, mais combien de managers en tiennent-ils compte quotidiennement ?), c'est-à-dire leur matière grise mais aussi leur personnalité dont, en particulier, leurs qualités humaines et pas uniquement leurs compétences et leurs savoir-faire.
- il est urgent, pour les performances financières de l'entreprise tout autant que pour la motivation de ses salariés de remettre ces derniers, en tant qu'êtres humains, au centre des préoccupations de l'entreprise, et non à la périphérie, quand ce n'est pas à la périphérie de la périphérie, voire quelquefois carrément en dehors du champ de "l'écran radar" de l'entreprise.
- un être humain (du moins dans les économies occidentales) passe, durant plus de 40 années de sa vie, sensiblement plus du tiers de son temps à travailler. Comment parvient-il à concilier travail professionnel et maintien du noyau dur constitué par sa spécificité première d'être humain ? La réponse à cette question est le plus souvent : pas bien du tout...
- comme le disait un écrivain du XXe siècle, il importe pour un être humain "de ne pas perdre sa vie en cherchant à la gagner". On ne peut pas, en se remémorant cette citation, ne pas penser à tous les êtres humains, en France mais aussi dans d'autres pays, qui ont décidé de perdre définitivement leur vie en y mettant brutalement fin, de façon tragique.
- après la notion de B.N.B. (Bonheur National Brut) mise en avant il y a quelques années au niveau macro économique, un autre indicateur socio économique, de nature micro économique (mesuré par l'Insee ?), pourrait s'intituler : "La mesure de la prise en compte de l'humain dans le travail de chaque salarié".
Sous l'effet conjugué de la mondialisation et de la recherche acharnée de l'amélioration permanente de la productivité, l'être humain n'est, souvent (gardons-nous des généralités abusives), même plus devenu une résultante, mais seulement une simple variable d'ajustement, loin derrière de très nombreux autres paramètres.
Ce faisant, l'entreprise, sans le vouloir, se "tire une balle dans le pied" et se méprend sur l'ordre des facteurs à mettre en oeuvre pour dégager une rentabilité satisfaisante, indispensable pour ses actionnaires, ses salariés (participation, intéressement,...), mais aussi ses investissements de demain qui généreront, comme le disait l'ex Chancelier Allemand Helmut Schmidt, ses nouveaux emplois d'après demain .
Combien, parmi les quelque 2,4 millions d'entreprises françaises, ont-elles posées à leurs salariés, en 2009, la question très simple suivante : "dans quelle mesure avez-vous l'impression que votre travail est pris en considération par votre employeur ?". Serait-il iconoclaste de suggérer que les partenaires sociaux organisent, en 2010, un "Grenelle de l'humain dans l'entreprise", en se penchant sur le "moral des salariés", et la souffrance psychologique fréquente de ces derniers, quels que soient leur métiers ou leurs niveaux de responsabilités ?
Ce sujet est, hélas, d'une actualité brûlante, ces derniers mois, dans nombre d'entreprises de notre pays. Mais qui s'intéresse vraiment, dans notre pays audit sujet, au niveau sociétal, mise à part un texte de loi (un de plus...) en préparation au Ministère du Travail et à celui des Finances ?
Les médias, 4e pouvoir important en tant que relais d'opinion, pourraient utilement maintenir la pression sur cette opinion publique pour acter les changements positifs espérés durant les 2 prochaines années.
Les conclusions ne pourraient pas, nous semble-t-il, ne pas représenter un jeu à somme positive, "gagnant-gagnant", tant pour les entreprises que pour les agents économiques qu'elles emploient, agents économiques qui demeureront toujours et avant tout des êtres humains.
Bernard de La Hosseraye.
Coach d'entreprise (14/11/2009)