Pour une entreprise cotée,
s'adresser aux actionnaires individuels est une démarche lourde et pourtant
incontournable. "Entrer en contact avec les actionnaires institutionnels
est plus simple et demande moins d'argent, note Jean-Yves Léger. Lorsqu'on
entre en contact avec 5 investisseurs, on peut toucher 10 % du capital alors
que l'on peut s'adresser à 10.000 actionnaires individuels et n'en toucher
que 2 %. C'est d'ailleurs pour cela que les entreprises cherchent à
développer l'actionnariat institutionnel. Il faut pourtant bien diversifier
ses bailleurs de fonds. Les actionnaires individuels sont d'ailleurs traditionnellement
plus sereins et plus fidèles."
Les
outils disponibles
| "L'actionnaire
individuel attend de la considération et de la disponibilité, surtout pendant
l'assemblée générale" |
Impossible cependant de toucher individuellement
ces petits porteurs. Une communication financière "grand public"
doit être mise en place. Elle passe par différents outils :
» des documents écrits (le
rapport annuel et les lettres aux actionnaires),
» une
communication par les médias (les articles réalisés dans
la presse et la publicité financière),
» la
rubrique investisseurs du site Internet de l'entreprise,
» les rencontres (l'assemblée
générale mais aussi les réunions en province, les visites
des locaux, les salons spécialisés).
Ce
qu'attendent les petits porteurs
Le comportement plus inscrit dans le long
terme des petits porteurs induit des attentes différentes. S'ils veulent,
comme les autres investisseurs, de la création de valeur et donc une plus-value
à leur sortie, ils sont aussi particulièrement sensibles à
la distribution de dividendes. Au-delà des considérations financières,
un petit porteur souhaite que l'entreprise reconnaisse son existence : "il
attend de la considération et de la disponibilité, surtout pendant
l'assemblée générale", explique Jean-Yves Léger.
Il faut donc lui laisser la possibilité de poser des questions au président
et à la direction à la fin de la présentation. C'est également
l'un des objectifs du cocktail qui suit.
Des relations
privilégiées avec certains
Cette fidélisation passe aussi par la constitution de clubs d'actionnaires.
A l'initiative de l'entreprise, ils proposent à l'actionnaire qui adhère
un certain nombre de services (documents d'information, possibilité de
visite des locaux, formation à la gestion boursière...) et d'avantages
en nature (tarifs préférentiels sur les produits de l'entreprise).
Ce club d'actionnaires peut être approfondi avec la création d'un
comité d'actionnaires d'une dizaine de membres. Ils sont consultés
avant les préparations des AG ou les rédactions du rapport annuel.
Même s'ils ne sont que consultatifs, ces comités ont le mérite
de donner la parole aux petits porteurs. "Ils permettent aussi à l'entreprise
de sentir comment vient le vent, quelles questions importantes risquent d'être
posées pendant l'assemblée générale", ajoute
Jean-Yves Léger.
Le rapport annuel,
bras armé de la communication
| "Les comités d'actictionnaires permettent
de sentir comment vient le vent" |
Il faut garder à
l'esprit que la grande majorité des actionnaires individuels ne sont pas
des professionnels de la finance et qu'il faut utiliser les bons mots pour les
toucher. Le rapport annuel, premier support de communication financière,
doit donc être particulièrement soigné (voir l'encadré
sur sa composition). Il est possible d'y faire preuve de créativité
pour présenter ses résultats et son activité (photos, graphes
stylisés, interviews de dirigeants, de salariés...). Ne pas tomber
dans le jargon interne peut se révéler un exercice difficile. Etre
compris d'un public très hétérogène tout en ne simplifiant
pas à l'excès la réalité l'est aussi. Un avis externe,
du comité d'audit par exemple, est ainsi recommandé.
En revanche, le formalisme est de rigueur dans le document de référence.
Si sa rédaction n'est pas obligatoire, elle est fortement conseillée
car il accélère l'obtention du visa de l'AMF au moment d'une augmentation
de capital. Quant au rapport de développement durable et celui sur le contrôle
interne, tous deux obligatoires, ils sont la plupart du temps insérés
dans le rapport annuel.
Connaître ses actionnaires
individuels
Mais pour bien s'adresser à l'ensemble de ses actionnaires,
il est impératif de savoir qui ils sont et ce qu'ils pensent. "En
France, il existe le titre au porteur identifiable (TPI), rappelle Jean-Yves Léger.
L'entreprise peut, quand elle le souhaite, demander à Euroclear
le listing de ses actionnaires à une date donnée.
Elle dispose ainsi de leur profil et peut à partir de là mener une
enquête sur son image. En répétant l'opération au moins
une fois par an, elle pourra alors dégager les grandes évolutions."
Reste qu'avec un coût pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros,
obtenir ce listing n'est pas à la portée de toutes les bourses.
| | La
composition du rapport annuel | |
| | » Le
message du président, qui doit être convaincant, rassurant et en aucun
cas ne brasser que des banalités. » Les
chiffres clés, présentés dans des graphes compréhensibles
au premier coup d'il. » Les
moyens de la gouvernance : l'organigramme exécutif et non
exécutif et mise en valeur des principaux dirigeants. » Les
orientations stratégiques avec le rappel des choix passés,
leurs conséquences et les nouveaux axes. » La
réalité opérationnelle avec la descritption des
différentes activités, le détail en images du processus de
fabrication le cas échéant et les chiffres afférents à
ces activités. | |