Avec la gamification, se former devient un jeu d'enfant

Les entreprises investissent de plus en plus dans des programmes de formation digitale qui permettent à leurs collaborateurs d'apprendre de manière ludique.

Imaginez un open-space avec quatre collaborateurs qui, derrière leurs écrans, répondent à des quizz, s'affrontent en équipe et comparent leurs scores. S'amusent-ils ? Sûrement. Mais ils apprennent avant tout, grâce à ce qu'on appelle la gamification. Et en français ?  Il s'agit de l'utilisation des mécanismes du jeu dans un objectif d'apprentissage, de performance ou de fidélisation.

Depuis cinq années environ, la gamification monte également en puissance dans le monde de l'entreprise. Ce développement est lié à la conjonction de plusieurs facteurs : la nécessité pour les salariés de se former en permanence, la montée en puissance des réseaux sociaux la digitalisation des salariés, ainsi que le désir d'apprendre de manière collaborative. Ajoutons également que les progrès technologiques (réseaux d'entreprises, essor du web social…) permettent de plus en plus facilement de développer des programmes de gamification.

La gamification peut se définir comme l'utilisation des mécanismes du jeu dans un objectif d'apprentissage, de performance ou de fidélisation.

Des badges sur le MOOC "Make me digital". © LCRM

Les entreprises sont parfois réticentes à mélanger la formation et les mécanismes du jeu. "En France, traditionnellement, nous avons tendance à penser qu'une formation réussie doit se dérouler en salle avec un formateur omniscient, qui pratique une pédagogie descendante. Pourtant, la gamification permet aux managers d'aligner leurs objectifs sur les besoins et les habitudes du collaborateur. Toutes les parties sont donc gagnantes", souligne Clément Muletier, consultant en gamification, créateur du site El Gamificator et co-auteur du livre  la gamification ou l'art d'utiliser les mécaniques du jeu dans votre business. Selon lui, la gamification utilisant le digital convient à tous les acteurs d'une entreprise. "J'entends souvent dire que si la génération Z peut se former grâce à la gamification digitale, ce ne serait pas le cas des salariés plus âgés. C'est faux. Le jeu est transgénérationnel. De plus, savez-vous qui joue le plus sur Facebook ? La génération des 50-59 ans", poursuit le spécialiste.

 

Clément Muletier co-auteur de l'ouvrage "La gamification ou l'art d'utiliser les mécanismes du jeu dans votre business". © CM

Pour Jérémie Sicsic, co-fondateur d’Unow, une société spécialisée dans la formation digitale, "la gamification est engageante et immersive. Elle permet de s'investir dans l'apprentissage de compétences qui peuvent être très techniques, sans passer des heures dans des salles de formation. Un MOOC gamifié réalisé en collaboration avec Total et l’Institut français du pétrole permet par exemple de se former aux grand défis énergétiques".

Les entreprises tirent profit de la gamification. Leurs collaborateurs sont plus investis lorsque l’atteinte d’objectifs de performance devient un jeu. "Les chiffres parlent d'eux même. Lorsque l'on inclut de la gamification dans la formation, le taux de complétion, c’est-à-dire la proportion de participants qui vont jusqu'au bout de la formation, augmente fortement", souligne Jérémie SicSic. "Une formation en présentiel immobilise les salariés plusieurs heures, un MOOC classique a un taux de complétion de 10% en moyenne. En y insérant des éléments de gamification, il est possible de dépasser les 50%, ce qui est intéressant pour un manager et pour une entreprise. Avec la gamification, on apprend bien, on ne perd pas de temps et on s’amuse", complète-il. Pour atteindre de tels résultats, certaines règles sont toutefois à respecter.

Les recettes d'une stratégie de gamification réussie

"Pour réussir un programme de gamification, je conseille d'avoir recours à un système de badges et de points. Cela rappelle les bons points à l'école. C'est un moyen ludique d'apprendre en s'amusant", estime Jérémie Sicsic.

Clément Meslin, chef de projet digital chez Learning CRM, un institut de formation spécialisé dans la formation professionnelle et la conception de MOOC et de COOC est sur la même longueur d'onde : "Les badges et les points sont incontournables. Un système de points reflète les progrès effectués et stimule l'apprentissage. Il est possible d’attribuer des badges pour beaucoup de choses. Nos plateformes de MOOC mettent l'accent sur la gamification en utilisant des badges de connaissances quand on répond à un quizz et des badges de compétences lorsqu’on est évalué entre pairs". Il perçoit même un autre intérêt : celui de montrer au public l'étendue des compétences acquises… et de séduire les recruteurs.

"Notre société a participé à la création d'un MOOC réalisé pour Orange en partenariat avec Pôle emploi. Ce programme met à l'honneur la gamification grâce à un système de badges, de points, de jeux en équipes. Il permet aux participants d'acquérir des compétences sur la relation client digitale. 500 participants ont été certifiés par des badges acquis en s'amusant. Les résultats pouvaient être publiés sur LinkedIn, ce qui a permis à certains participants qui étaient en recherche d'emploi de trouver un travail de community manager", développe-il.

Le système de points et de badges propre à la gamification permet à l'apprenant de recevoir un retour immédiat de ses performances, notamment grâce à des scores qui apparaissent sur l'écran après les cours et les exercices d'application. Cela lui permet de mesurer son niveau et sa progression sans être déconnecté de l'action.

Un quizz ludique et un score qui donne un retour immédiat au participant. © Unow

Une stratégie de gamification réussie permet également de stimuler l’esprit d’équipe. Elle doit amener les apprenants à collaborer tout en se mesurant les uns aux autres. "Cette alliance entre compétition et collaboration est le propre du jeu", estime Clément Meslin. "Dans le MOOC que nous avions conçu avec Orange, les apprenants acquerraient des connaissances puis se scindaient en deux équipes pour se lancer des "battles" au cours desquelles ils se défiaient puis se corrigeaient. Un bon moyen de mettre en avant l'apprentissage collaboratif".

Attention toutefois à manier cet aspect compétition avec précaution. "Il ne s’agit en aucun cas de monter les salariés les uns contre les autres, ni de critiquer les perdants. Plus que la compétition, le but est de créer une communauté d’apprenants. On ne doit en aucun cas commencer une formation gamifiée avec la crainte de perdre ou d'être jugé", avertit Clément Muletier.

Selon Clément Muletier, la gamification en entreprise a de beaux jours devant elle en France. "En matière de gamification, nous sommes  partis avec un retard sur les Etats-Unis. Je travaille dans le secteur depuis trois ans et j'observe que de plus en plus de grands groupes comme Carrefour, Schneider ou la RATP sont intéressés. Je m'attends à une très forte croissance du secteur de la gamification pour les années à venir", se réjouit l'entrepreneur.

E-RH