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http://www.journaldunet.com/management/0702/0702176-chat-business-angel.shtml

Daniel Zumino (business angel) : "Il ne faut investir que ce que l'on est prêt à perdre en totalité"

Qu'est-ce qu'un business angel ? Comment le devenir ? Comment se déroulent ses journées ? Quel est le taux d'échec des investissements ? Les réponses de Daniel Zumino.

 

Daniel Zumino
 
Daniel Zumino
 

Daniel Zumino est devenu business angel il y a 10 ans. Lors d'un chat, il a répondu à de nombreuses questions sur ce "métier" un peu particulier.

 

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un business angel ?

Daniel Zumino. Un business angel est un particulier qui apporte de l'argent, des compétences et du temps à de jeunes entreprises. Il intervient soit avant la création, lors de la création, ou à un moment plus tardif, quand l'entreprise a besoin de décoller.

 

Combien compte-t-on de business angels en France ?

Le nombre de business angels est un sujet central pour l'action de France Angels et de tous ceux qui essaient de développer ce métier, mais il n'existe pas de source fiable pour le connaître. Et surtout, tout dépend de la définition précise. En effet, il y a de nombreux particuliers qui apportent de l'aide à leurs proches : c'est ce qu'on appelle le capital de proximité, ou love money. Cela ne rentre habituellement pas dans la définition de business angel car, dans ce cas, le lien entre l'investisseur et l'entrepreneur repose sur leur connaissance préalable plus que sur la réunion de compétences.

 

Ensuite, il y a de nombreux investisseurs, souvent entrepreneurs eux-mêmes, qui n'investissent pas de façon fréquente ni organisée. On en compte facilement une dizaine de milliers.

 

Les investisseurs qui ont choisi une approche plus systématique, on estime qu'il y en a approximativement 4.000. Environ la moitié d'entre eux sont actifs au sein de clubs de business angels. Les autres ne sont pas repérables car ils ne participent pas à une action de groupe.

 

Est-il nécessaire de disposer de beaucoup de fonds propres pour devenir un business angel ?

La chose la plus importante, c'est de n'investir que ce que l'on est prêt à perdre en totalité. Il n'est donc pas recommandé d'investir dans de jeunes entreprises si l'on n'a pas d'abord sécurisé sa propre situation financière ainsi que celle de sa famille.

 

Daniel Zumino, business angel
"Il y a un besoin énorme de financement pour des projets entre 50.000 euros et un million d'euros."

Il est clair que certaines créations d'entreprises ne nécessitent pas énormément d'argent. Par conséquent, une mise modeste (par exemple 20.000 euros) peut jouer un rôle tout à fait décisif pour aider l'entreprise. De jeunes entrepreneurs ou des cadres dirigeants peuvent avoir des revenus suffisants pour investir, même s'ils n'ont pas un patrimoine important.

 

Par contre, il est capital pour l'investisseur de faire un diagnostic des besoins de financement jusqu'à l'atteinte du point mort, et de ne pas être aux limites de ses possibilités lors de son premier investissement.

 

Où vous situez-vous par rapport aux autres acteurs du capital risque ?

Le capital de proximité (famille, amis, anciens collègues de travail) joue souvent un rôle important pour le démarrage d'un projet, mais les sommes apportées sont la plupart du temps très modestes. De l'autre côté, les gestionnaires de fonds d'investissement ne peuvent intervenir que pour des montants élevés (souvent à partir d'un million d'euros). Par conséquent, il y a un besoin énorme de financement pour des projets entre 50.000 euros et un million d'euros. C'est là que les business angels sont irremplaçables.

 

Comment expliquez-vous que la France manque autant de business angels, notamment par rapport à d'autres pays européens ?

Le développement du métier de business angel est récent. Il est associé à l'évolution de la nature des nouvelles entreprises, qui mobilisent aujourd'hui essentiellement des technologies nouvelles ou des compétences. L'absence d'actifs tangibles rend un financement conventionnel (bancaire) impossible.

 

"Un bon business angel est celui qui pourra pallier efficacement aux faiblesses de l'entrepreneur"

 

Les business angels répondent donc à un besoin qui est en partie nouveau et ils se sont davantage développés dans les zones tournées vers ce nouveau type de création d'entreprises : autour de Cambridge et d'Oxford, dans la Silicon Valley, etc.

A cet égard, la France ne fait que se trouver en décalage temporel par rapport à ces régions.

 

Il y a une deuxième explication au développement insuffisant des business angels : l'environnement politico-fiscal national crée trop d'incertitudes sur l'intérêt financier et la gratification sociale associée à l'investissement dans les jeunes entreprises.

 

Le temps est un élément critique pour tout projet. Combien de temps peut s'écouler entre la première rencontre avec l'investisseur et le déblocage des fonds ?

Réponse facile : tout dépend de la maturité du projet. Plus sérieusement, si l'entrepreneur est très aguerri, déjà familier avec le financement de création et d'amorçage, et qu'il connaît de nombreuses personnes compétentes, il aura probablement l'embarras du choix pour trouver des investisseurs, et les choses peuvent aller très vite.

 

Parfois, au contraire, le business angel jouera un rôle clé pour faire mûrir la nature même du projet, tant dans la définition de la cible de marché, du business model que du plan opérationnel. Dans ce cas, et cela m'est arrivé plusieurs fois, il peut s'écouler quatre, six, huit mois, avant la création même de l'entreprise.

 

Quelles sont les qualités d'un bon business angel ?

La variété des besoins des entrepreneurs est telle qu'il n'y a pas de réponse standard à cette question. Un bon business angel est celui qui pourra pallier efficacement aux faiblesses de l'entrepreneur. Un juriste peut jouer un rôle clé dans certaines situations et être inutile dans d'autres. Celui qui peut ouvrir les portes d'entreprises majeures pour négocier un partenariat contribue de manière décisive à la réussite du projet. Dans d'autres cas, c'est l'interaction humaine (le coaching) qui, à lui seul, peut s'avérer vital. On rend possible le recrutement de talents en expliquant à l'entrepreneur qu'il doit partager l'actionnariat et le pouvoir avec d'autres, par exemple.

 

Sur l'ensemble de vos investissements, quel a été le pourcentage d'échecs?

Il y a deux manières de compter. Premièrement, le taux d'échec : pour des créations ex-nihilo, la réussite financière est rare (de l'ordre de 10 %) ; pour des entreprises qui ont déjà des clients, le taux de réussite sera plus élevé.

 

Deuxièmement, la rentabilité moyenne de l'activité : elle dépend essentiellement du niveau de réussite du meilleur investissement. Lorsqu'on a la chance d'accompagner une très belle réussite (une cotation au bout de quelques années, une position de leader...), l'investissement peut être multiplié par 10, voire 30, ou même plus...

 

Quelles étaient vos motivations quand vous avez décidé de devenir business angel ?

Chacun doit déterminer ses propres motivations et en déduire une politique d'investissement associée. Mais les trois raisons qui m'ont amené à cette activité se retrouvent à des degrés divers chez la plupart des business angels :

 

Daniel Zumino, business angel

- pour le plaisir de créer, de satisfaire des besoins nouveaux, de bâtir un succès avec des gens de talent ;

 

- pour développer mon patrimoine, en acceptant au départ que je pouvais perdre la totalité de ce que j'avais décidé d'engager dans cette activité ;

 

- pour l'utilité sociale, la contribution à la création d'emplois et de richesses, le soutien à cette forme achevée d'exercice de la liberté qui consiste à se soumettre à la sanction du marché pour réussir.

 

A qui s'adresser pour contacter un business angel ? Quels sont les éléments à lui présenter pour le convaincre ?

Le moyen le plus sûr d'attirer l'attention d'un investisseur est de pouvoir se recommander d'une autre personne en qui il a confiance.

A défaut, je suggère de prendre contact avec les diverses associations de business angels dont on peut trouver la liste sur le site de France Angels.

 

Prêter de l'argent à des entreprises à leurs débuts c'est bien. Mais c'est la fin du monde pour elles quand vous choisissez de vous retirer après quelques années. Qu'en pensez-vous ?

Si seulement votre crainte pouvait être justifiée ! Le problème principal auquel font face les business angels, c'est justement d'être dans l'incapacité de se retirer. En effet, très souvent, les entreprises survivent, payent des salaires, rémunèrent leurs dirigeants, mais n'ont ni les résultats, ni la taille suffisante pour trouver un acheteur pour les titres détenus par le business angel.

 

Les récentes mesures fiscales initiées par Renaud Dutreil ont-elles eu un réel impact sur vos activités ?

La seule qui en ait eu concerne l'aide aux clubs de business angels. Sinon, les autres mesures s'accompagnent de trop de contraintes pour accroître réellement l'intérêt du métier.

 

Daniel Zumino, business angel
"Le problème principal auquel font face les business angels, c'est d'être dans l'incapacité de se retirer."

Existe-t-il des formations pour devenir business angel ?

Certains réseaux de business angels organisent des sessions de formation. Ce fut l'un des axes majeurs d'action de France Angels, qui a réalisé des dizaines de journées de formation à travers la France.

Certains business angels sont eux-mêmes compétents sur certains aspects, notamment ceux qui sont des professionnels de la finance ou du droit.

 

Concrètement, comment se déroule une de vos journées type ?

A brûle pourpoint, il m'est impossible de savoir ce qu'est une journée type, mais ce qui me vient à l'esprit, c'est :

 

- examen du contrat d'investissement X et coup de téléphone de vérification auprès du conseil juridique ;

 

- rendez-vous téléphonique avec un porteur de projet pour améliorer sa présentation, destinée à susciter l'intérêt des business angels d'HEC Angels ;

 

- rendez-vous avec une équipe projet pour élaborer les modalités d'un deuxième tour de financement ;

 

- participation à la présentation des projets sélectionnés par Paris Business Angels.

 

Parfois, je passe la journée en Belgique où je participe à une réunion de BAMS Angels Fund.

 

Est-ce qu'on peut gagner correctement sa vie en tant que business angel ?

Globalement, l'activité n'est probablement pas particulièrement rentable, mais la moyenne résulte d'une formidable dispersion des résultats.

Je suis convaincu que cette activité, menée avec professionnalisme et rigueur, peut permettre une augmentation de son patrimoine. Et si on la pratique avec plaisir, la rémunération du temps qu'on y passe est secondaire.

 

N'est-ce pas frustrant d'investir dans des entreprises sans s'impliquer totalement ?

 
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Il faut que chacun décide du temps et de l'énergie qu'il souhaite consacrer aux entrepreneurs, et les choisir en conséquence. Les meilleurs entrepreneurs sont particulièrement avides de s'entourer de personnes compétentes et expérimentées.

 

 

J'aimerais souhaiter à tous les entrepreneurs de talent de trouver une écoute et une aide efficace auprès de business angels !

Et qu'ils nous pardonnent de parfois manquer de disponibilité, mais cela résulte de l'asymétrie structurelle de la situation : un entrepreneur a un projet à défendre alors qu'un investisseur aguerri a accès à des centaines de projets dignes d'intérêt.

 

 

 

 
PARCOURS
 
 

»  Business angel, co-président d'HEC Angels, associé de BAMS Angels Fund, administrateur France Angels

»  Administrateur délégué de Dilen SA, holding de participations

»  Désigné "Investisseur de l'année 2005" par le Nouvel Economiste

 

 

»  1990 - 1994 : directeur financier de GSI (Générale de Services Informatiques)

»  1986 - 1989 : directeur général adjoint - Beghin-Say-Kaysersberg

»  1986 : fondateur et premier président bénévole d'HEC-Partenaires, fonds de capital risque

»  1972 - 1986 : partner - Boston Consulting Group

»  1969 : MBA à Stanford

»  1967 : Diplômé d'HEC Paris

 

 

En savoir plus www.franceangels.org

 


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