Lancer l'impression

http://www.journaldunet.com/management/0704/0704182-chat-thomas-chaudron.shtml

Thomas Chaudron : "Au CJD, nous défendons un libéralisme responsable"

35 heures, contrat de travail unique, aides publiques aux entreprises... Thomas Chaudron, président du Centre des Jeunes Dirigeants, commente les propositions des candidats aux présidentielles et soumet les siennes.

 

Après Sophie de Menthon du mouvement patronal Ethic, c'est Thomas Chaudron qui a répondu aux questions des lecteurs de JDN Management. Le jeune chef d'entreprise de 31 ans a défendu les propositions formulées par le CJD (Centre des Jeunes Dirigeants), mouvement patronal qu'il préside depuis 2006. Il a commenté les propositions des candidats aux présidentielles et fait part de sa vision d'un libéralisme responsable.

 

Thomas Chaudron, président du CJD
 
Thomas Chaudron, président du CJD
© JDN / Agathe Azzis
 

Quelle est votre spécificité de "jeunes dirigeants" par rapport aux autres mouvements patronaux ?

La spécificité du CJD c'est de défendre depuis 70 ans des convictions : notamment celle d'une économie au service de l'Homme. Mais c'est aussi, effectivement, de permettre à de jeunes dirigeants, d'échanger, de se former et de rompre leur isolement.

 

Êtes-vous en relation avec le Medef ?

Le CJD est totalement indépendant, tant au niveau de ses idées que financièrement. Nous sommes organisés en une centaine d'associations locales, et c'est à ce niveau que se nouent les principaux liens avec les syndicats patronaux (MEDEF, CGPME), ou les Chambres de commerce et d'industrie. Au niveau national, nous sommes amenés régulièrement à travailler sur des sujets communs, comme par exemple le Tour de France de la diversité ou la semaine Ecole / Entreprise.

 

Etes-vous favorable, comme François Bayrou et Ségolène Royal, à un syndicalisme de masse ?

Le CJD a toujours défendu le fait syndical. Nous pensons qu'un dialogue social formalisé est facteur de performance. La faiblesse des syndicats pose actuellement un vrai problème. Je pense néanmoins que la question à poser est plus "comment dynamiser le dialogue social ?", au niveau interprofessionnel comme dans les entreprises, que faire en sorte que chaque salarié soit syndiqué. Le syndicalisme de masse peut être une réponse, mais si c'est la seule qui est apportée, alors nous passerons encore une fois à côté de la vraie question.

 

Etes-vous pour un contrat de travail unique et quel avenir souhaitez-vous au CNE ?

Nous nous sommes prononcés pour un contrat de travail générique, car il existe actuellement 27 contrats de travail et il sera difficile de passer à un seul. Sur le fond, notre contrat générique permettrait à tous les salariés d'avoir un socle de droits communs, qui serait plus favorable que les droits donnés par les contrats précaires aujourd'hui. Mais, dans le même temps, nous pensons que des éléments comme la durée du travail ou les avantages liés à l'entreprise devraient pouvoir être négociés dans l'entreprise, ce qui serait un facteur supplémentaire de vitalité du dialogue social. Quant au CNE, il est maintenant entre les mains de la justice et la plupart des employeurs se méfient de la suite...

 

Comment le CJD s'est-il positionné sur la question des 35 heures ?

Je crois que ce serait une erreur de demander aux entreprises de négocier pour revenir aux 39 heures pour tout le monde. Le temps passé depuis presque dix ans dans les entreprises pour s'adapter ou se réorganiser n'a pas toujours été du temps perdu. Pour nous, le débat sur le temps de travail est du passé et l'idée d'alléger le coût des heures supplémentaires est plus intéressante à explorer que celle de la durée en elle-même.

 

Thomas Chaudron
"Nous souhaitons que l'administration évolue vers un rôle de conseil et non plus simplement de contrôle"

Dirigeant de PME, j'ai le sentiment que l'administration ne connaît rien à notre quotidien, ne se coordonne jamais dans ses démarches et est plutôt là pour nous mettre des bâtons dans les roues. Comment pensez-vous que les politiques pourraient faire évoluer cela ?

Concernant les difficultés administratives, nous avons demandé la création d'un guichet unique entre les entreprises et l'administration, comme cela a déjà été fait avec par exemple NetEntreprises.fr. De plus, dans un rapport que nous avions intitulé "Entreprise et administrations : passer de la défiance à la confiance", nous souhaitions que l'administration évolue vers un rôle de conseil, et pas uniquement de contrôle comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui.

 

Quelles sont vos propositions pour mettre fin aux discriminations de toutes sortes dans les entreprises ? Et la Halde joue-t-elle à ce niveau un rôle positif ?

La Halde joue un rôle très positif à deux titres. D'abord par la prévention, dont la simulation pour les recrutements qui est disponible sur son site internet depuis peu - si vous ne connaissez pas, allez voir. Ensuite, par la possibilité de saisie en cas de discrimination, voire de sanction, elle répond bien à mon avis à tous les niveaux du problème. Sur le fond, nous avons beaucoup travaillé depuis trois ans sur ces questions de discrimination et de diversité et on se rend compte, surtout dans les petites structures, que la diversité est plutôt vue comme un risque de problème que comme une richesse. Nous avons réalisé des guides pour sensibiliser nos membres à cette question, car la prise de conscience est une première victoire.

 

Comment pourra-t-on convaincre enfin le monde universitaire que tous, élèves, enseignants et entrepreneurs, avons intérêt à ce que l'entreprise prenne un peu plus de place dans les universités ?

L'intérêt est double : non seulement pour l'université qui a tout à gagner à faire intervenir des professionnels issus du monde de l'entreprise, mais aussi pour les entreprises à s'appuyer sur l'expertise du monde universitaire. Les choses sont en train de bouger, lentement, je vous l'accorde, mais arrêter de voir l'université comme un repaire de soixante-huitards et les entrepreneurs comme des requins assoiffés de dividendes serait un bon début. Je ne crois pas en une loi sur la question, mais plutôt à la rencontre d'intérêts partagés.

 

Vous proposez d'instaurer un système de "capital point". Beaucoup de candidats évoquent le sujet de la sécurisation des parcours professionnels. Lequel semble, sur cette question, aller dans le même sens que votre projet ?

 
Site
 
 
 

Je vous avoue qu'il est assez difficile aujourd'hui de voir ce que les candidats mettent derrière la sécurisation des parcours professionnels. Notre idée est d'ailleurs de dépasser la simple question d'un revenu en cas de cessation d'activité, pour aller vers une logique de sécurisation des parcours de vie. Les propositions, comme par exemple verser X % du dernier salaire pendant X mois, qui sont souvent évoquées, ne permettraient pas, à notre avis, de régler les problèmes que nous souhaitons résoudre avec notre capital points. Il nous semble que cela devrait englober d'autres aspects comme la formation à d'autres métiers ou l'investissement dans des actions citoyennes notamment.

 

Proposez-vous des mesures spécifiques pour l'accès des jeunes à la création d'entreprises ?

Non, car créer une entreprise ce n'est pas juste déposer 7.600 euros de capital sur un compte en banque. Beaucoup de mesures ont été prises récemment pour favoriser la création d'entreprise. Je pense que nous devrions nous atteler aujourd'hui à favoriser la survie des entreprises à cinq ans et la croissance de ces jeunes pousses.

 

Vous avez remis aux candidats un rapport très critique sur l'utilisation des 65 milliards d'euros de l'aide publique aux entreprises. Comment expliquez-vous que l'on soit arrivé à une telle inefficacité dans l'utilisation du denier public ?

Par manque de vision économique de la part de nos décideurs politiques - ce qui a engendré un saupoudrage monumental des aides - et par le poids de l'administration, qui créée des outils "d'aide aux entreprises" sans en mesurer ensuite l'efficacité - il n'y a pratiquement jamais d'évaluation.

 

Thomas Chaudron
"Nous prenons le terme libéralisme dans son sens premier : liberté de penser, d'entreprendre, de se former"

En quoi votre contribution sociale sur la consommation [CSCO, ndlr], serait-elle différente d'une hausse de la TVA ? Et êtes-vous certains que les entreprises répercutent sur les prix les baisses de charges obtenues ?

La différence entre notre CSCO et la TVA sociale est très technique. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais sur le fond l'idée est la même : transférer sur la consommation une partie des charges qui pèsent aujourd'hui sur le travail. La baisse du coût du travail doit permettre aux entreprises d'être plus compétitives et nous pensons qu'une partie de ce gain peut être affectée à baisser le coût de vente des produits ou services pour éviter les effets d'inflation pour ce qui est produit et vendu en France. Seuls les produits importés seraient alors impactés.

 

Qu'est-ce que le droit à l'expérimentation sociale ?

C'est faire confiance aux partenaires sociaux, localement : la France est certes une République une et indivisible, mais la situation sociale n'est pas la même actuellement à la Défense et dans les Ardennes. Ce droit à l'expérimentation, c'est permettre, sur le terrain, de mettre en place des mesures, peut-être nouvelles, voire contraires au Code du travail, si l'Etat ou les collectivités locales et les partenaires sociaux le décident ensemble. Ce serait une expérimentation cadrée sur ses moyens, sa durée et son objectif.

 

Si une seule réforme d'envergure devait être prise, laquelle choisiriez-vous ?

Un changement de fiscalité avec la CSCO dont j'ai parlé plus haut. Redonner de la compétitivité à nos entreprises en donnant plus de pouvoir d'achat aux salariés me paraît être le plus urgent à faire pour relancer le pays, créer des richesses et faire baisser le chômage.

 

Vous parlez de libéralisme responsable. Quelle est votre définition du libéralisme (économique au moins) ? Où est la frontière avec l'ultralibéralisme ?

Nous défendons un libéralisme responsable en prenant le terme "libéralisme" dans son sens premier : l'idée de liberté de penser, d'entreprendre, de se former. Nous ne sommes donc pas sur le libéralisme dans son approche économique (main invisible des marchés, rôle de l'Etat...). C'est la raison pour laquelle j'ai eu plusieurs débats enflammés avec des défenseurs de la pensée libérale économique, pour qui nos solutions étaient totalement hors sujet.

 

 

 
Thomas Chaudron
 
 

Action politique et syndicale
»  Président du CJD (Centre des jeunes dirigeants d'entreprises) depuis 2006 et jusqu'en 2008. Auparavant, il a été, au sein du mouvement patronal, successivement président de région Ile-de-France (1999-2001), trésorier national (2001-2005) et vice-président en charge de l'international (2002-2005).

»  Membre titulaire de la Chambre de commerce et d'industrie de l'Essonne, Thomas Chaudron est président du groupe de travail «intelligence économique», membre de la commission «développement économique» et membre de la commission «création / reprise d’entreprise»

 

Parcours professionnel et académique
»  En 1997, Thomas Chaudron crée Monobloc Partition SAS «Cloisons Mécanalu». C'est une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de cloisons pour l’aménagement de bureaux . En 2005, la société qu'il dirige comptait 27 salariés pour un chiffre d'affaires de 6 millions d'euros.

»  Il est titulaire d'un DEUG en chimie des matériaux de l'université Paris XI. Il fut également étudiant à Daniel Boone High School à Gray aux Etats-Unis.

 

 



Lancer l'impression