Pourquoi RegionsJob et Viadeo lancent chacun leur incubateur de start-up

Les deux poids lourds du recrutement RegionsJob et Viadeo comptent stimuler les énergies et étoffer leur offre e-RH.

Neuf, bien agencé et bien équipé, l'espace de travail ressemble à de nombreuses entreprises du secteur tertiaire. En ce début d'année scolaire, il n'est pas encore rempli. Pourtant, il est promis à un bel avenir. Son nom ? Vialab, un incubateur de start-up installé dans le siège social de Viadeo situé dans le IXe arrondissement de Paris. Mais le principal concurrent de LinkedIn en France n'est pas le seul acteur du secteur à lancer un incubateur puisque RegionsJob se prépare également à ouvrir le sien courant septembre. Et les deux entreprises ont une petite idée derrière la tête…

RegionsJob a reçu une cinquantaine de candidatures sérieuses pour trois gagnants

David Beaurepaire, responsable développement et stratégie de RegionsJob, a le ton de l'homme heureux d'avoir mené à bien un projet de longue haleine : "Nous murissions ce projet depuis plusieurs années mais ça y est. Nous nous apprêtons à lancer notre incubateur spécialisé dans la digitalisation du recrutement". Mi- septembre, le nom des trois entreprises retenues sera dévoilé au grand public. "Nous avons reçu une cinquantaine de candidatures sérieuses. Sept ont pu pitcher chez nous et il y'aura trois gagnants que nous accompagnerons pendant 6 mois minimum", explique-il.

Viadeo a quant à lui a intégré depuis le mois de juin Coxibiz qui est spécialisée dans le recrutement par challenge, notamment grâce aux possibilités offertes par la gamification. "D'ici la fin de l'année 2016 nous incuberons quatre autres petites pépites pour une durée d'une année minimum", annonce Claire Fouquerand, directrice marketing de Viadeo.

Des start-up chouchoutées…

Pour mettre les jeunes pousses de la e-RH dans les meilleures conditions, les entreprises incubatrices ont mis les petits plats dans les grands. "Nous avons réservé une partie de notre siège social aux start-up mais nous n'avons pas vocation à être un simple fournisseur d'espace de travail, déclare Claire Fouquerand. Nous offrons à ces jeunes entreprises une aide logistique de qualité qui peut aller d'un graphiste à notre équipe de 60 commerciaux. Nous pouvons donc aider à la création de logos, mais aussi à la prospection commerciale. Nous n'oublions pas qu'à notre création nous étions nous aussi une start-up. Nous voulons offrir les choses que nous aurions aimé avoir lors de notre lancement", poursuit-elle.

Emilie Tortora dirige Coxibiz, la première start-up incubée chez Viadeo. © Coxibiz

Le son de cloche est le même du côté de David Beaurepaire : "Nous avons une grosse expertise interne à fournir. Nous partageons un accès à notre base de 10 000 clients, à toute notre data ainsi qu'au service commercial et marketing". Les entreprises incubées peuvent, si elles le souhaitent, intégrer les locaux parisiens ou rennais de la société, mais ce n'est pas une obligation.

Pour le moment, la directrice de Coxibiz, Emilie Tortora, se félicite de cette collaboration : "Les débuts sont vraiment positifs. Outre un cadre haut de gamme pour accueillir nos clients, nous sommes épaulés sur la partie design, nous avons déjà une meilleure visibilité grâce au service communication de Viadeo. Je peux réaliser de belles économies de fonctionnement. Surtout, nous sommes déjà partie prenante des rencontres avec les grands groupes avec qui Viadeo a noué des partenariats. En termes de business, cela s'annonce prometteur", se réjouit la dirigeante.

… pour faire grandir les gros du secteur

Bien entendu, Viadeo et RegionsJob n'agissent pas uniquement par simple plaisir de rendre service. Ces poids lourds de la scène e-RH y trouvent également leur compte.

Pour ces deux anciennes start-up devenues grandes, un incubateur peut les aider à retrouver l'esprit innovant des grands débuts. "Malgré un chiffres d'affaires de 28 millions d'euros en 2016, nous sommes une entreprise digitalisée et agile. Nous n'avons pas besoin de start-up pour développer notre offre. En revanche, le fait d'avoir un incubateur va apporter de l'émulation, du challenge, de la remise en cause, ce qui ne peut que nous dynamiser et élargir notre champ de vision", fait remarquer Flavien Chantrel, responsable médias sociaux et contenu web chez RegionsJob.

Locaux, accès aux graphistes, aux commerciaux et à la communication de Viadeo. Les incubés sont gâtés. © Viadeo

En revanche, du côté de Viadeo, l'incubateur a clairement vocation à étoffer l'offre de solutions du groupe dirigé par Renier Lemmens. Depuis sa nomination en janvier 2016, le dirigeant a choisi de réorienter la stratégie du groupe vers le marché français avec un mot clé : l'expérience candidat. "Cela tombe bien, le recrutement par challenge qui évite les CV et les lettres de motivation classiques est notre spécialité", s'amuse Emilie Tortora. "Améliorer l'expérience candidat passe également par la vidéo, l'assistant de carrière, le recrutement par algorithmes ou encore le recrutement prédictif. Ce sont dans ces domaines que nous recherchons les start-up à accompagner. Pour ce faire, nous sommes épaulés par le Lab RH qui nous renseigne sur les acteurs les plus disruptifs du marché".

"La priorité est de créer des synergies entre les offres de Viadeo et celles des start-up incubées"

Mais Viadeo et RegionsJob peuvent-ils utiliser leur position de grand frère bienveillant pour s'approprier à leur profit des innovations développées par les jeunes incubés ? A priori non assure-t-on du côté de RegionsJob.

"Il n'y a aucune ligne dans le contrat pour utiliser en priorité une technologie ou un produit développé au sein de l'incubateur", assure David Beaurepaire.

Une stratégie qui diffère de celle de Viadeo : "La priorité est de créer des synergies entre nos offres et celles des start-up incubées. Ainsi, si un de nos client souhaite utiliser son compte Viadeo pour recruter 100 commerciaux, nous pouvons implémenter directement sur sa page un produit Coxibiz", souligne Claire Fouquerand.

Toutefois, ni Viadeo ni RegionsJob ne souhaitent s'immiscer dans le travail quotidien des membres de l'incubateur. Ainsi, pour Claire Fouquerand, le mot d'ordre est simple : "Pas d'ingérence". Si ingérence il y'a cela passera par une seconde étape : l'entrée dans le capital. Une idée qui n'est pas exclue, mais qui n'est pas encore d'actualité chez les deux acteurs. "Pour le moment nous n'avons pas prévu de prendre une participation financière. Mais nous n'aurons pas de souci à le faire si nous croyons beaucoup en un produit ou en un service", souligne David Beaurepaire.

 

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