Christophe Catoir (Adecco) "Nous sommes assis sur une mine d'or : notre data"

Le président du groupe Adecco en France souhaite faire du digital un levier de croissance. Pour cela, partenariats avec des acteurs de la e-RH et maîtrise du big data sont au menu.

JDN. Il y a un peu plus d'un an lors de votre arrivée à la tête d'Adecco, vous avez mis en place un vaste plan de digitalisation. Quelle était votre motivation ?

Christophe Catoir est Président du groupe Adecco en France © Adecco

Christophe Catoir. Le monde du recrutement et de l'intérim est un milieu traditionnellement conservateur. Et c'est normal car ce qui est au cœur, c'est l'intermédiation entre un candidat et un recruteur. Mais à l'heure actuelle, toutes les entreprises, y compris celles de l'intérim et du recrutement doivent se différencier et apporter de la valeur ajoutée. Et pour cela le digital est la clé.

En outre, plus de la moitié des personnes qui cherchent du travail sur Adecco ont moins de 26 ans. Il s'agit de la fameuse génération Z pour qui le digital est au centre de tout. D'où l'obligation de nous adapter. Notre croissance passe donc par la maîtrise du digital et de la data.

 

Au bout d'un an, quelles sont les principales avancées ?

Elles sont liées à des partenariats étroits noués avec des acteurs de la e-RH. Ils nous apportent l'agilité et la vitesse d'exécution que nous n'avons pas toujours en interne. Cela nous permet de décrocher de gros marchés. Par exemple, grâce à nos liens avec GoldenBees, une start-up spécialisée dans le recrutement programmatique, nous avons décroché un contrat avec un grand constructeur automobile français qui recrute des milliers de postes chaque année.

"Grâce à nos liens avec la start up GoldenBees, nous avons décroché un contrat avec un grand constructeur automobile"

Notre plan de digitalisation passe également par la mise à disposition de nouveaux outils pour nos collaborateurs. Adecco travaille par exemple avec Talentoday qui a développé une offre qui permet de trouver les meilleurs profils en se basant sur le savoir-être et les soft skills (compétences a priori innées développées par la pratique, ndlr) plus que sur les mots clés classiques. Cela se fait à partir d'un test d'une dizaine de minutes. Et cet outil a permis de révéler bien des talents et de mieux orienter nos candidats vers des métiers en tension.

 

Cette digitalisation a bousculé les habitudes. Cela a-t-il posé des difficultés en interne ?

Chez Adecco, une grande partie de notre personnel est plus âgée que les demandeurs d'emploi. Ce qui a pu causer certaines réticences au changement. Il a fallu faire preuve de pédagogie en expliquant que le digital ne supprimerait pas d'emplois et qu'il permettrait de mieux aider à l'insertion professionnelle. En expliquant bien, la méfiance initiale s'estompe.

"Dans le recrutement le digital automatise les fonctions simples pour créer de la valeur ailleurs"

Nous nous sommes appuyés en interne sur des employés ambassadeurs que l'on a très vite trouvé. Ce sont eux qui convainquent les autres. La pierre angulaire de notre stratégie digitale est d'associer au maximum le personnel des agences. Par exemple, lors du start-up tour organisé dans douze villes, le jury était composé de salariés qui connaissaient les besoins et les spécificités de leur bassin d'emploi.

 

Justement, parlez-nous de ce start-up tour au cours duquel 86 entreprises de e-RH ont pitché dans 12 villes de France. Les lauréats vont-ils participer à la mise place d'outils pour Adecco ?

L'idée était d'inviter des start-up de toute la France à pitcher devant des professionnels d'Adecco. Ce sont ces derniers qui ont choisi les meilleures start-up en se basant sur l'adéquation à des besoins régionaux. Depuis, nous avons par exemple collaboré avec SpeachMe ou Interview App pour le recrutement vidéo. Les start-up participent à la création de nos offres, permettent d'augmenter leur chiffre d'affaires et augmentent leur visibilité. Mais nous ne sommes pas dans une logique d'acquisition.

 

Vous avez lancé le 19 octobre Adecco Analytics, quel est ce projet ?

Nous nous sommes rendu compte que nous sommes assis sur une mine d'or : notre data. Nous avons énormément de données sur les salaires et les besoins du marché du travail dans chaque bassin d'emploi. Bien travaillées, elles apportent une immense valeur ajoutée. C'est l'objectif d'Adecco Analytics qui regroupe une équipe de data scientists, de data designers et d'UX designer.

 

Concrètement, quelles offres propose Adecco Analytics

Avec nos données nous sommes en capacité de répondre précisément à de nombreuses questions que se posent les entreprises : quel salaire proposer pour tel poste, dans telle zone géographique ? Dans quel endroit est-il le plus judicieux de s'implanter ? La data offre également des données précieuses aux salariés et aux demandeurs d'emploi.

"Parmi les clients d'Adecco Analytics nous avons des entreprises et des collectivités locales"

Grâce à elle, ils peuvent connaître les compétences recherchées dans leur bassin d'emploi, les formations qui permettent d'augmenter leur employabilité. Voilà pourquoi parmi nos clients, nous avons des entreprises, mais aussi des collectivités locales, comme la région Paca. Elles fournissent sous forme d'appli des conseils sur mesure aux administrés qui recherchent du travail. Il ne faut pas oublier qu'elles ont de fortes compétences en matière d'emploi et de formation. Les perspectives sont prometteuses, nous avons déjà une trentaine de partenaires et nous comptons également nous implanter à l'international.

 

Dans le recrutement, le digital est partout et fait considérablement baisser les coûts. Dans ce contexte, quel est l'avenir des réseaux d'agences physiques ?

Les agences traditionnelles, où qu'elles soient situées, ne sont pas menacées. Mais à moyen terme elles ne feront pas la même chose. Le digital permet de diminuer considérablement la paperasserie. A terme, certaines missions d'intérim de courte durée, par exemple un contrat de trois heures de stadier, se feront sans intermédiation humaine. Cela libérera du temps aux employés qui pourront mieux accompagner les clients sur leur orientation et leur formation. Autrement dit, le digital automatise les fonctions simples pour créer de la valeur ajoutée ailleurs.

 

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