François Béharel (Randstad) "Nous nous allions avec CornerJob pour devenir incontournable dans l'intérim digital"

Après le rachat de Monster et le lancement d'un fonds d'investissement dans l'e-RH, le géant du recrutement et des services RH poursuit sa stratégie de digitalisation.

François Béharel est le CEO de Randstad France. © Randstad

JDN. Vous annoncez une alliance avec CornerJob. Pouvez-vous nous en dire plus ?

François Béharel. Cette alliance a pour but de créer une synergie entre CornerJob et Randstad Direct qui est notre plateforme d'intérim 100% digitale. La finalité est de proposer aux PME et au TPE un service de recrutement sur mobile rapide, fiable et efficace qui prend en charge tous les aspects du recrutement : de la mise en contact au paiement de l'intérimaire.

Randstad Direct et CornerJob ont chacun de formidables atouts. Chez Randstad Direct, nous apportons notre expertise RH pour évaluer les intérimaires, établir la fiche de paie, rédiger le contrat de travail de manière rapide et surtout totalement dématérialisée. 

De son côté, CornerJob est le leader en matière de recherche d'emploi sur mobile pour les cols bleus, c'est-à-dire les emplois non-cadres. Cette appli dispose de nombreuses qualités. Elle parvient à attirer de nombreux candidats, notamment grâce à la géolocalisation des offres et la possibilité de discuter avec les recruteurs via un système de chat. En revanche CornerJob se limite pour le moment à la mise en relation.

"Nous voulons proposer aux TPE et aux PME un service sur mobile qui prend en charge tous les aspects du recrutement, du matching au paiement"

Avec notre alliance, nous voulons devenir un acteur incontournable de la digitalisation de l'intérim. Le concept de l'offre que nous développons est simple. Une fois le matching entre recruteur et employeur effectué, les utilisateurs de CornerJob pourront via leur mobile, basculer directement vers ce nouveau système géré par Randstad Direct qui s'occupera de valider la mission, évaluer et tester le candidat, rédiger le contrat de travail, la fiche de poste et qui s'occupera de la paie et de la facturation.

"La prestation prend la forme d'un supplément forfaitaire qui est dégressif en fonction de la durée de la mission"

Les profits réalisés seront partagés entre CornerJob qui amène le demandeur d'emploi et nous qui nous occupons de la gestion du recrutement. Cette prestation est réglée via la forme d'un supplément forfaitaire. Par exemple pour un contrat d'intérim de quatre jours, nous facturons 80 euros. Plus le contrat est long, plus l'offre est dégressive. 

L'offre sera disponible à partir de mi-avril 2017 sur le marché français. Il n'est pas prévu de l'étendre à l'international. Pour le moment nous lançons le projet en mode test and learn. Nous n'avons pas établi d'objectifs en termes de contrats signés ou de chiffre d'affaires.

Pourquoi une entreprise de la taille de Randstad ne s'est-elle pas lancée seule sur ce créneau ?

Randstad est plutôt dans une culture d'alliance ou de prise de participation. Nous avions donc tout à gagner à nous associer à un pure player efficace et déjà reconnu comme une place incontournable sur le marché du recrutement sur mobile. 

Cette culture de participation passe notamment par le Randstad Innovation Fund. En quoi consiste cette initiative ?

Il s'agit d'un fonds qui investit dans la e-RH depuis 2014. Nous détectons les pépites dans le monde entier. Puis nous investissons dedans ou alors nous les rachetons entièrement. Les tickets investis sont compris entre 500 000 et 5 millions d'euros. Nous pouvons implémenter les offres de certaines start-up à nos solutions. Mais nous leur donnons également accès à nos bases pour qu'elles puissent se développer.

"Depuis 2014, nous avons investi dans 14 start-up de e-RH"

Pour le moment, nous avons investi dans 14 entreprises. Comme par exemple Checkster pour le contrôle de référence, RolePoint une start up spécialisée dans le recrutement participatif, Twago pour le recrutement de freelances, Hacker Rank pour l'emploi dans la tech ou encore Risesmart, une plateforme d'outplacement. Nous sommes en veille perpétuelle pour agrandir notre réseau.

En août 2016, vous avez acquis le jobboard Monster pour 429 millions de dollars. Aujourd'hui, les objectifs sont-ils atteints ?

Le rachat date d'il y a moins d'un an, il est donc trop tôt pour tirer un premier bilan. Ce qui est certain, c'est que ce rachat nous permet d'être encore plus présent dans le digital et dans le secteur de l'emploi des cadres. Nous observons également que dans certains pays, la notoriété de Monster est plus forte que celle de Randstad. C'est d'ailleurs pour cela que nous n'avons nullement l'intention de changer le nom et l'identité de la marque.

Votre stratégie de développement est notamment basée sur la maîtrise du big data. En quoi cela peut-il répondre aux enjeux du marché de l'emploi ?

Aujourd'hui, le big data est incontournable dans la vie quotidienne. Il permet à beaucoup de célibataires de trouver un conjoint. Dans le monde du travail, il est encore trop peu utilisé. Il doit permettre de se mettre au service des entreprises mais aussi des demandeurs d'emploi.

Par exemple, chez Randstad nous utilisons le big data pour cartographier des compétences. En analysant les compétences, y compris les soft skills, et le marché du travail au niveau d'un bassin d'emploi, nous pouvons trouver des passerelles entre les métiers et aiguiller un candidat vers un poste disponible. De la même manière, nous sommes en mesure de dire pourquoi dans certaines régions il existe des pénuries sur certaines fonctions.

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