Une fois identifiés les collaborateurs que l'on désire fidéliser,
nos deux spécialistes recommandent un certain nombre d'actions.
Responsabiliser les managers
"30 % des démissions sont dues à des causes extérieures
à l'entreprise, par exemple des raisons familiales. Autrement dit, dans
70 % des cas, c'est l'entreprise qui fait fuir ses démissionnaires.
Et sur ces 70 %, encore 70 % des départs s'expliquent par une
mauvaise relation du collaborateur avec son manager. La première chose
à faire est donc de former et de responsabiliser les managers à
ce propos." Benjamin Chaminade propose ainsi de prévoir des primes
pour les managers capables d'identifier, de développer et de faire rester
dans l'entreprise les talents de leur équipe. (A ce sujet, lire aussi
Organiser
la mobilité interne)
Tenir compte des principales raisons de rester en poste
Selon une enquête
menée par Towers Perrin, les principales raisons pour un salarié
de rester dans son entreprise sont les opportunités de carrière
et l'équilibre vie professionnelle / vie privée. "Même
les jeunes diplômés abordent désormais ce deuxième
point en entretien d'embauche, souligne Gérard Silve. Nombre de jours de
congés, quantité de déplacements qui seront requis
ce critère prend une importance grandissante."
| "Les attentes des salariés en matière
de formation devraient être davantage prises en compte"
Benjamin Chaminade
|
Par ailleurs, les demandes en matière de formation tiennent une place
prépondérante dans la fidélité des salariés
à leur employeur. "D'autant qu'ils sont de plus en plus conscients
de leurs droits." D'après Benjamin Chaminade, les entreprises utilisent
les formations en priorité pour soutenir leur stratégie, puis pour
mettre leurs salariés au niveau de compétences requis par leur emploi
et en dernier lieu seulement, pour répondre à leurs attentes. "Sans
faire tout et n'importe quoi, les attentes des salariés devraient être
davantage prises en compte. Ainsi, chez un de nos clients du secteur de la distribution,
les salariés qui déchargeaient des camions ont émis le souhait
de suivre une formation à Internet. Cela ne leur serait d'aucune utilité
dans leur poste. Le patron a donné son accord et une formation de deux
heures a été organisée. L'impact a été maximum."
Responsabiliser les salariés qui le désirent
D'après le spécialiste, "quelque chose marche très
fort au Canada et en Australie : l'entreprise est ouverte 24 heures sur 24,
les salariés ne sont pas 'fliqués' à l'heure et décident
eux-mêmes de leur emploi du temps. Ils sont évalués au résultat."
Tout faire, donc, pour ne pas infantiliser les collaborateurs est bienvenu.
Fidéliser, ce n'est pas dissuader de partir
D'autre part, il existe des clauses dans les contrats de travail dont l'objectif
à peine dissimulé est d'entraver les départs volontaires.
"Pour ce qui concerne les
clauses de non-concurrence, elles ne sont pas très efficaces et les
Prud'hommes les déclarent facilement non valides", remarque Gérard
Silve. Mais d'autres clauses sont plus efficaces. Ainsi, une clause qui, pour
une durée déterminée, impose au salarié de rembourser,
en cas de démission, la prime à l'embauche qui a pu lui être
versée ou encore les sommes déboursées par l'employeur au
titre de la formation (clause de dédit-formation) ou du déménagement.
La plus explicite sur le sujet est certainement la clause de stabilité
d'emploi : le salarié s'engage à ne pas démissionner
sous peine de payer.
Sauf que pour Benjamin Chaminade, "ce n'est pas de la fidélisation :
c'est de la rétention. Les personnes restent parce qu'elles s'en sentent
obligées. On mise sur l'inertie. Mais si les collaborateurs ne sont plus
mobilisés, ils ne feront plus que du présentéisme."
La preuve par l'exemple : chez Orange Distribution, le salarié qui
ne se plaît plus est encouragé à partir
et à
revenir plus tard s'il le souhaite. "Résultat, un turnover ridiculement
bas".