La valeur travail est-elle (vraiment) en crise ?

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Thomas Philippon
 

Thomas Philippon
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Edmund Phelps, prix Nobel d'économie 2006, affirmait il y a peu que le marasme économique européen, et en particulier français, résulte d'une piteuse relation au travail et à l'innovation. Thomas Philippon, économiste à la Stern School of Business de New York, pousse cette analyse plus loin et accuse les insuffisances du dialogue hiérarchique.

 

La valeur travail n'est pas (du tout) en crise

La valeur travail est-elle en crise ? Deux questions posées par le World Value Survey sont révélatrices. La France arrive en tête des pays européens qui répondent "très important" à la question "quelle est l'importance du travail dans votre vie" et qui placent "travailler dur" en tête des qualités à apprendre à un enfant (plutôt que d'autres valeurs comme le respect ou l'autorité). Et sur l'importance des loisirs dans la vie, la France est plutôt à la traîne. Autrement dit, la valeur travail n'est absolument pas en crise. Thomas Philippon ajoute que "les Français en âge de travailler travaillent autant que les autres, en dehors des jeunes et des seniors."

 

D'après lui, on pose généralement deux hypothèses pour expliquer la crise du travail en France. "Soit les Français n'aiment pas travailler, et c'est faux, soit l'économie n'est pas régulée de manière efficace. Si ce deuxième point est sûrement vrai dans une certaine mesure, est-ce qu'il explique 30 % ou 90 % de ce qui se passe ? Télévision et politiques laissent penser que c'est plutôt 90 %." Mais pour Thomas Philippon, la majeure partie de l'explication se situe à un autre niveau. La crise trouverait ses racines dans les mauvaises relations entre dirigeants et salariés. Le confirme d'ailleurs l'observation du palmarès "Best Place to Work". Dans les autres pays européens, les entreprises les mieux notées par leurs salariés sont les entreprises du pays. Mais en France, le haut du classement est occupé par les filiales de sociétés américaines.

 

Un retard dans l'évolution du dialogue hiérarchique

"Le particularisme du management français : il est autoritaire, hiérarchique et ne sait pas déléguer"

Si l'on recherche les sources de cette méfiance et de cette insatisfaction, on se représente immédiatement les clivages jamais surmontés du dialogue social. "Il est vrai que nos syndicats ont une tradition de contestation. Mais ce n'est qu'une partie de l'histoire. Il existe aussi un particularisme du management français : il est autoritaire, hiérarchique et ne sait pas déléguer." Et quand les autres pays développés ont su évoluer vers une forme de dialogue social et de relations hiérarchiques adaptée à la coopération et à l'innovation, la vie d'entreprise en France ne semble pas s'être ajustée aux défis contemporains.

 

Selon Thomas Philippon, "chez nous, l'évolution se fait dans la douleur. Dès qu'il faut s'adapter, conflits et malaises font leur apparition. Dans le secteur public, qui ne subit pas de pression compétitive, la gestion des ressources humaines est quelque chose de terrifiant." Pourquoi les relations sociales n'ont-elles pas davantage évolué ? "Parce que dans le dialogue, il faut à la fois convaincre qu'on est de bonne foi, mais aussi avoir en face de soi un interlocuteur honnête, qui vous donnera le bénéfice du doute. Or nous sommes véritablement formés pour ne par faire confiance." Des spécialistes qui ont comparé les systèmes scolaires ont ainsi noté que ne pas travailler en groupe et suivre des programmes très rigides, plutôt que des objectifs, est très français. "Cela formate les individus."



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