Un CV rendu "anonyme", sans nom, prénom, âge, sexe, date et lieu de naissance, nationalité, situation familiale et photographie seront bannis du document, est-il une bonne idée ?
Non, juste une bonne intention.
Que proposeriez-vous pour lutter contre la discrimination à l'embauche ?
C'est non seulement que cela marcherait difficilement et peu de temps, mais que l'espace du travail change vite et se mondialise. Puis, l'on voudrait assortir ces contrats de travail de garanties de stabilité. C'est vrai que nombre de personnes qualifiées payent le prix fort à cause de clichés ethniques forgées par des brebis galeuses à coup de faits divers, étalés sur les médias et par des expériences propres : voisinage ou voie publique, faits récents ou passés, vécus ou appris par untel qu'a dit qu'untel a vu... La différence et les particularismes, raciaux ou autres, est perçue par les recruteurs plus comme un facteur d'échec que comme un avantage pour l'entreprise. Avec exceptions. Des recruteurs de haut vol, les chasseurs de têtes, vont souvent jusqu'à faire l'étude astrale des postulants. Non pas parce qu'ils y croient le moins du monde, mais si jamais la nouvelle recrue résulte un échec, très cher parfois, l'employeur pourrait le lui montrer que son horoscope le prévoyait clairement... Donc pas de risque, pas de différence ni rien que dépasse. Cela change sûrement avec le cosmopolitisme de la mondialisation et les exigences de l'import-export, mais l'exemple montre les ressorts qui meuvent les mécanismes de l'embauche. Les cultures différentes créent chez les employeurs un recul devant l'incertain, ils cherchent à minimiser les risques d'inadaptation, parfois même une peur de ne pas savoir gérer les cas "spéciaux". Or, les candidats sont au début tous également inconnus, d'où la minimisation de variables de risque et ils prennent alors le non spécial, tant qu'à faire... C'est parfois un gâchis... Il faut répéter que les entreprises ne sont pas des institutions à but social, mais foncièrement vénal : argent, gain maximal, risque minimum, investissement réduit et elles sont en pleine et féroce concurrence pour survivre. Pas le temps pour faire charité. Ce n'est plus à la mode. Une solution serait peut-être une sorte d'homologation préalable (c'était jadis la lettre de recommandation, le certificat de moralité, etc... ) mais c'est tellement délicat et contestable par les libertaires tous azimuts... Et vite déconsidérée par cause de corruption ou d'incompétence, ou encore par désaccords des examinateurs. On ne peut légiférer sur tout, moins encore si chacun veut vivre comme il l'entend, se donner les valeurs qu'il choisit et ne point être en conformité avec rien du socialement correct. Nous sommes des originaux, donc imprévisibles et très mélangés. Je suis ingénieur, polyglotte, polyvalent, bosseur et honnête, mais vieux, étranger, avec accent et sans diplômes. Le cas bizarre. Je n'ai jamais trouvé du travail que par des relations, des recommandations, jamais par "lettre de motivation" laquelle n'est qu'une invitation au mensonge. Du vent. La moindre offre d'emploi crée tant de réponses qu'un premier tri grossier est inévitable. Pas de lecture, ou en diagonale. Il compte davantage la mise en page, l'originalité, des éléments externes. Papier froissé ou écorné, écriture de classes primaires, fautes d'orthographe rédhibitoires, etc. C'est l'anatomie de la lettre, pas son contenu qui fait le premier tri. 20 ou 30 candidats à vraiment lire. Selon l'importance du poste. Ou bien qui arrive le premier. Allez savoir. C'est un bonhomme qui sélectionne, avec ses penchants et une idée déjà faite, pas une loi.
Georges Biagini
Je suis entièrement d'accord avec ce témoignage. Il faut tenir compte du fait que sélectionner quelqu'un parmi un lot de candidatures est toujours très délicat. Comment savoir si la personne retenue va s'intégrer à l'entreprise ? Comment faire pour apprécier une candidature hormis des critères purement professionnels ? Quel poids faut-il accorder aux références du passé ? Quels sont les éléments porteurs d'avenir dans un environnement économique totalement inédit ? Au total comment être sûr que l'on a fait le meilleur choix, et surtout que la réciprocité sera pérenne ?
Il y a toujours un pari dans une embauche. La période d'essai est le meilleur moyen de tester (de part et d'autre). La loi actuelle est trop restrictive et inadaptée ; d'où certaines dérives pratiquées pour en détourner l'esprit