Fatigue mais impossibilité de dormir, émotions incontrôlables, mal-être généralisé... Le stress professionnel est un jour devenu ingérable pour vous. Jusqu'à ce que vous repreniez le dessus. Racontez-nous.
La chape de béton de la FTP... 3 ans et encore dedans
Glad, Riec Sur Belon
Comment s'est manifesté votre burnout ?
Par un "pétage de plomb" en février 2006, après une rencontre avec le directeur de la structure dans laquelle je travaillais, une fois dans mon bureau je me suis mise à pleurer et cela a duré 3 heures sans pouvoir arrêter, y compris à une réunion en présence de partenaires... Après visite à la médecine du travail, mon médecin traitant m'a arrêtée pour "dépression nerveuse traumatique réactionnelle aux conditions de travail entraînant une souffrance psychologique". Il a fallu 2 ans et demi sans comprendre ce qui m'arrivait avant que je ne m'écroule et que je sois arrêtée mais j'avais enfin des mots sur mes maux...
Avant donc de pouvoir mettre des mots sur mes maux, j'ai perdu le sommeil, j'ai perdu aussi tout désir : "envie de rien". Aller au cinéma ou au restaurant devenait une corvée, je ne vous parle pas de promenade, là l'envie était encore moindre. Et mon corps pourtant parlait : en 2003 (fin d'année) un ulcère au duodénum fait son apparition, il n'est pas dû à l'hélicobactère donc il est nerveux. En 2004 je suis tombée et je me suis cassée le nez en plein travail (nov 2004 - n'est-ce pas magnifique comme signe ! Se casser le nez ! ). En 2005, outre la sciatique qui me gêne régulièrement, l'estomac douloureux et "brûlant", mes canaux carpiens me réveillent toutes les nuits, je suis donc opérée en juillet et septembre des mains... Et arrêtée 6 mois. A la reprise en mi-temps thérapeutique (déc 2005), rien n'est fait pour que les choses s'arrangent et le burn out survient brutalement le 17 février 2006... Toutes ces années sont émaillées d'allergies de contacts qui m'obligent parfois à porter des gants, de furoncles divers, d'orgelets, etc...
Mais ne comptez-pas sur la Fonction Publique Territoriale pour vous sortir d'affaire ! A la suite de l'arrêt ce fut encore pire !
Qu'avez fait pour remonter la pente ?
Je n'en suis malheureusement pas encore sortie même si je fais ce qu'il faut pour...
Il faut dans ce cas se faire aider, je suis donc en psychothérapie depuis le 17 février 2006. J'ai eu une chance énorme, par hasard, je suis suivie par un psychiatre spécialisé dans le harcèlement moral. Evidemment je suis sous antidépresseur, anxiolytiques et somnifères...
Bien sûr j'étais dès le départ en relation avec mon syndicat (étant représentante du personnel au moment où cela est arrivé) donc médecin et syndicat m'ont dit de présenter un dossier de maladie professionnelle et j'ai été reconnue en maladie contractée en service par la commission de réforme de la fonction publique territoriale... Une première en France visiblement. Cela n'a fait que provoquer la colère de mon employeur qui a alors refusé de reconnaître la maladie comme étant contractée en service, il m'a alors fallu faire une requête au tribunal administratif...
Après la phase de soulagement d'avoir été reconnue en maladie contractée en service et donc pas coupable de ce qui m'arrivait comme on voulait me le faire croire, le refus de mon employeur de reconnaître une décision de médecins et experts m'a fait replonger dans une espèce de léthargie incroyable... Je ne pouvais plus passer par le lieu où se trouvait mon bureau car je vomissais sans pouvoir contrôler ces nausées et vomissements... Pendant deux ans j'ai eu des nausées, des suées, et cette peur constante et continuelle... Après trois ans, la peur s'estompe, les nausées ont disparu, mais le corps parle toujours... Furonculose avec opération en 2008, tendinite au bras droit, sciatique, et abcès dentaires (2009) qui m'ont valut 5 dents en moins...
Actuellement je suis en procès au pénal contre mon directeur, et au tribunal administratif contre mon employeur... Car à plusieurs reprises avec mon avocat (celui du syndicat) nous avons fait des propositions pour sortir de ce bourbier mais rien, rien n'y fait, il n'y a aucune volonté à arranger les choses, aucune volonté à trouver une solution autre que celle de me remettre sous les ordres de la personne que je considère comme responsable en très grande partie de mon état...
Quoique je fasse, j’ai l’impression de me retrouver systématiquement devant un mur. Je ne peux pas imaginer d'avenir et les solutions proposée (7) n'ayant pas d'écho, je n'ai plus d'idée... Il a aussi fallu, pour cause de tracasseries administratives du fait de mon employeur, faire intervenir le Médiateur de la république qui m’a aidée efficacement sur ces points. Maintenant, il me faut donc attendre que la justice fasse son chemin et c'est long. Je me sens comme un goëland mazouté …...
Pour essayer de vivre à peu près correctement, je fais des activités très terre à terre et qui surtout ne nécessitent pas de réfléchir : des conserves (confitures et soupes), cueillette, promenades, relaxation, cinéma...
Je suis arrivée à diminuer les anxiolytiques mais c'est tout... Je m'éloigne très vite des personnes que je ressens comme toxiques pour moi... En effet, ce genre d'expérience de vie fait qu'ensuite vous avez des antennes pour repérer qui vous sera bénéfique ou pas... Mais je m’isole, je deviens plus dure… Par contre je suis maintenant persuadée que je ne suis pas la première responsable de ce qui m’est arrivé et j’ai compris le mécanisme qui m’a amenée dans cette galère …. Il faut donc se battre pour rendre à césar ce qui lui appartient ….