3ème pilier de la gestion du temps de travail : faire des listes
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La plupart des experts ès organisation ont élevé les listes
au rang de dogmes de leur religion, mais les adorateurs les plus fanatisés
sont sans doute les adeptes du gourou de la productivité personnelle :
David Allen. A l'en croire, lui et ses légions de dévots, coucher
sur le papier les tâches et les obligations quotidiennes ou hebdomadaires
– éventuellement sur un ordinateur, surtout depuis qu'Allen vend des logiciels
– a pour effet immédiat d'alléger l'anxiété et d'accroître
la concentration. S'il en est ainsi, on comprend mal pourquoi ceux qu'une simple
liste peut sauver de leurs péchés n'en ont pas eu l'idée
avant qu'Allen ne la leur souffle. Non que les listes soient en elles-mêmes
une mauvaise chose. C'est la foi qu'on leur voue qui pose problème. Mis
à part ce qui est perdu ou n'est pas exprimé dans une liste on risque,
en ne se souciant que de ce qui figure sur cette liste ou plutôt, soyons
réalistes, de ce qui figure en haut de cette liste, de ne jamais accomplir
certaines tâches, soit parce qu'elles n'y figurent pas du tout, soit parce
qu'elles figurent au bas de la liste.
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"La plupart des experts ès organisation ont élevé les
listes au rang de dogmes de leur religion" © Getty |
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Comment être certain que
les choses importantes sont toujours dans la liste et toujours dans la bonne séquence
? Cela dépendra du gourou de la productivité auquel vous aurez fait
allégeance. Pour Allen, çest la praxis qui détermine
la façon dont sont arrangés les éléments de la liste
– à savoir, par exemple, que les tâches pouvant être accomplies
ensemble doivent également figurer groupées sur votre liste. Stephen
R. Covey, qui répond au pseudonyme d' "Efficacité incarnée",
insiste plutôt pour que soit placé en tête de liste ce qui
est le plus important dans la réalisation de vos objectifs. Le choix peut
donc se résumer ainsi : rédiger le rapport crucial dont dépend
votre avenir, mais oublier par la même occasion de remplacer la lumière
du hall d'entrée ; ou penser à acheter du chatterton en même
temps que l'ampoule du hall, mais reporter aux calendes grecques le rendez-vous
pour le contrôle technique de votre auto.
| "Comment être certain que les choses importantes
sont toujours dans la liste ?" |
Les livres vaguement
New Age d'Allen et de Covey ont beaucoup de succès. Mais qu'en serait-il
si le plaisir des lecteurs et leur foi dans les techniques prônées
par ces auteurs ne dépendaient pas du surcroît de travail accompli
et de la satisfaction qui peut en découler, mais témoignaient plutôt
du talent effectivement développé par ces gourous à convaincre
les gens qu'en suivant leurs conseils ils deviendront meilleurs ? C'est par
excellence le talent dont les gourous de l'organisation et de la productivité
personnelle ne semblent pas manquer ; ils en ont même à revendre,
si l'on se fonde sur leur succès. Il est intéressant de noter que
dans leurs livres les plus récents Allen et Covey suggèrent que
toutes ces histoires de listes, de fichiers et d'habitudes n'ont d'autre but que
de vous inciter à prendre le temps de réfléchir au sens de la vie et à
la place unique qui est la vôtre dans l'univers. Peut-être avez-vous
réellement besoin de suivre l'ensemble rigide de règles qui forment
le prêt-à-porter de la gestion du temps de travail pour comprendre
ce que vous avez d'unique ? Mais il n'est pas non plus impossible que les gourous
de la productivité eux-mêmes en viennent à s'interroger sur
leur propre place dans l'univers. »
Extrait
de Un peu de désordre = beaucoup de profit(s), Eric Abrahamson et David
H. Freedman, Editions Flammarion, janvier 2008, p.118-119.