Carnets d'un expatrié au coeur de la Chine La fête annuelle du Parti

L'usine en fête

 

« Depuis quelques temps, Zhao Zhen ne s'éternise plus au bureau. A peine reste-t-il une dizaine de minutes au-delà de l'horaire normal. Une subite désaffection pour les dépassements horaires qu'il partagerait avec la plupart de ses collègues directeurs chinois. Tous s'éclipsent vers la même heure. Un étrange changement de comportement dont je m'inquiète auprès de mes collaborateurs immédiats. Où disparaissent-ils ? Que font-ils ? Cette fois la réponse ne me viendra pas des secrétaires mais de l'ingénieur Yang Yang : "Ils répètent des chants patriotiques et révolutionnaires en prévision de la fête annuelle du Parti ". Saine occupation... une fois de plus, nos amis chinois nous donnent une belle leçon du travail collectif. Le temps me tarde de pouvoir entendre le chœur des dirigeants. Zhao Zhen ne se contente pas de répéter ses chansons, il s'habille également : le responsable du Parti pour l'immeuble lui a donné une chemise blanche superbe dans un beau carton rouge.

"Notre étage se vide, non pas dans un bel ensemble, comme à la débauchée de midi ou du soir, mais discrètement, par petits groupes de trois à quatre personnes, et rapidement je me retrouve tout seul"

Enfin arrive le jour de la fête. Le matin, l'usine se pare de fanions multicolores et de calicots. On dresse des estrades. On déroule des tapis rouges un peu partout. On installe même devant le bâtiment de direction un stand avec moniteur TV et enceintes pour une séance de karaoké en plein air.

Si, au bureau, la matinée reste studieuse, l'après-midi l'ambiance change. Notre étage se vide, non pas dans un bel ensemble, comme à la débauchée de midi ou du soir, mais discrètement, par petits groupes de trois à quatre personnes, et rapidement je me retrouve tout seul. Dehors, l'ambiance bat son plein, discours et chansons se succèdent ponctués par les applaudissements. Pourquoi rester, je descends moi aussi. Partout des employés et des ouvriers, la plupart assis sur leur talon, à la chinoise, je distingue même quelques Occidentaux, debout. Je reconnais Pallakes accompagné des spécialistes étrangers ainsi que le représentant, belge, d'un constructeur de machines-outils. Pas d'autres expatriés. Je me rapproche d'eux, Pallakes est tout content, ravi par le spectacle. Il me confie :

- J'ai écrit une lettre à mon père ou je parle de ce pays. Ici les gens n'ont pas un niveau de vie comme en Europe mais ils sont contents de vivre, on sent qu'ils vivent une amélioration continue de leurs conditions d'existence. C'est un plaisir d'être avec eux.

C'est vrai que la petite fête est sympathique. Maintenant nous avons le chœur des ouvrières de l'atelier bobinage et pôles, la petite ouvrière modèle est elle aussi de la partie. Je ne la reconnaissais pas sans ses lunettes de protection et sa casquette. Ses chaussures à talon hauts paraissent trois pointures trop grandes, elle marche sans décoller les pieds, les genoux à moitié pliés, heureusement l'estrade est proche. Elles auront leur petit succès. Viennent ensuite des solistes pour des variétés à la mode et même des airs d'opéra traditionnel. La maîtresse de cérémonie est madame Zhu Li, responsable de la cellule gestion de contrats, parfaitement à l'aise dans ce rôle. »

 

Carnets d'un expatrié au coeur de la Chine, Christophe Tanguy, Maxima-Laurent Du Mesnil Editeur, Juin 2008, pages 156-157

 

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