Sept ans après, l'iPhone a-t-il définitivement ringardisé la télé ?

Les smartphones, dans le sillage de l’iPhone lancé il y a 7 ans, n’en finissent pas de changer notre manière de consommer du contenu et des services, la télé semble ne pas avoir évolué durant cette période. Il en retourne une « customer attention crisis » qui impacte tout le secteur.

Le « second écran » sera-t-il la réponse à cette crise ?

Il y a exactement 7 ans sortait le premier iPhone. Et notre manière de consommer l’information s’en est retrouvé profondément et durablement bouleversée. 
Aujourd’hui l'accès au contenu et aux services en ligne à partir d’un terminal mobile, avec ses gestes universels (toucher, pincer, écarter, balayer), est devenu aussi naturel que de regarder l’heure sur sa montre. Tout comme il est devenu instinctif de sortir son téléphone pour chercher une adresse, se renseigner sur un nom entendu dans une conversation, savoir ce que ses amis sont en train de faire, voire même découvrir des informations intéressantes par serendipité...
Mais cette révolution ergonomique est restée à la porte d’un domaine qui est pourtant toujours le loisir numéro 1 en France et partout dans le monde — celui de la télévision !
Tandis que le téléphone vivait sa révolution, l’ergonomie de la « sphère télévisuelle » (la télévision, sa télécommande, sa grille de programme, etc.) et de son contenu n’a en effet que très peu évolué. Aujourd’hui encore, les contenus télévisuels restent organisés linéairement par chaine et grille de programme, rythmés par ses grands rendez-vous en soirée et ses écrans publicitaires en interruption, avec une adéquation plus ou moins grande aux goûts et aux attentes des téléspectateurs.
Et bien sûr, la conséquence naturelle est que les usagers se détournent peu à peu de leur téléviseur classique, au bénéfice de tout ces nouveaux écrans et moyens de consommer l’information. Le succès d'un YouTube ou d'un Netflix, de la télévision sur tablette, des plateformes de catch-up, en est l’illustration quotidienne. Et cela, sans qu’à ce jour des initiatives telles que la télé connectée ou l’HbbTV ne parvienne à retenir durablement l'attention les usagers, devenus plus télénautes que téléspectateurs.
Il découle de ce déphasage entre l’attente et l’offre télévisuelle classique ce que les spécialistes appellent une « customer attention crisis » : une frustration, voire une lassitude du téléspectateur devant le contenu des émissions et des écrans de pub qui lui sont proposés, perçus comme de plus en plus éloignés de ses centres d’intérêt. Et pourtant, nous continuons à passer près de 4 heures par jour devant le petit écran !
Ainsi, comme le démontrent de nombreuses études, lorsque nous sommes installé devant la télé, notre attention est constamment détournée par des questions dont les réponses sont aujourd’hui perçues comme essentielles pour profiter pleinement de l'émission regardée : quel est le nom de l'acteur, sa filmographie, quel est l'ouvrage publié par l'invité d'un débat, voire quel est l'âge du présentateur ou les derniers potins sur l’homme politique invité…? De même, alors que l’interruption par un écran de publicité est de plus en plus perçue par les téléspectateurs comme du simple bruit qu’il faut ignorer, la possibilité d’accéder directement à des informations commerciales et d’acheter immédiatement des produits en rapport avec ses gouts et l’émission regardée est bien plus acceptée, voire attendue.

Notre attente pour choisir le programme que nous regardons à la télé a également largement évolué. Alors que l’usage hérité du temps où l’offre était bien plus restreinte qu’aujourd’hui nous poussait jusqu’à présent à choisir d’abord une chaine avant de savoir ce qu’elle nous offre, nous sommes désormais de moins en moins fidèles à telle ou telle chaine. Aujourd’hui, notre préférence va à un choix dirigé avant tout par le contenu : si nous avons envie de regarder un documentaire sur les abeilles, ou si nous sommes fan de Clint Eastwood, peu importe sur quelle chaine nous en profitons ! Ce que nous voulons, c’est simplement être informé pour ne pas les rater, qu’un documentaire sur les abeilles est disponible, ou qu’un film avec Clint Eastwood est au programme de la soirée.
Alors, tout est perdu pour le « Plain Old Television System » ? Non, car comme le prouvent de nombreuses études, lorsque nous sommes devant la télévision, nous sommes de plus en plus nombreux à garder à portée de main notre smartphone ou notre tablette. Et sans doute très bientôt aurons-nous en main une télécommande dite « connectée » (disposant d’un écran tactile et d’une connexion internet), voire une « smart watch » au poignet, ou des lunettes intelligentes sur le nez... Autant d’écrans sur lesquels peut venir s’afficher automatiquement des contenus et des services enrichissant notre manière de consommer télé : en savoir plus sur l'émission regardée, chatter avec ses amis à son propos, acheter les produits vus à l’écran, et bien sûr se faire recommander des émissions en rapport avec ses goûts.
L'objectif de ce nouveau marché en plein essors, dit du « second écran », est de répondre à cette crise d'intérêt. Son l’illustration la plus directe est l’explosion des applications à installer sur son smartphone pour enrichir son expérience télévisuelle. Cela permettra-t-il de dé-ringardiser la télé ? C’est l'attente de toute l'industrie télévisuelle, et l’avenir le dira…
Alors rendez-vous dans 7 ans pour voir si la télévision a connu la même révolution que le mobile ?

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