Contre les fake news, la culture générale est une arme de construction massive

Dans l'actuel contexte d'élection présidentielle, le terme de « fake news » semble être devenu l’anglicisme à la mode, suivi de près par celui de « post-truth era ». Ne serait-ce pas notre culture personnelle qui nous permettrait de faire le tri dans ce flot d'informations?

Les fake news se distinguent par le fait que la source rédige et relaie sciemment une publication fausse. C’est à dire, ni une approximation, exagération ou erreur, mais bien une information ayant pour objectif premier d’induire volontairement en erreur le lecteur, en s’appuyant sur des relais d’opinion, réseaux sociaux, média ou sites internet, qui doivent rendre la fake news crédible. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il constitue aujourd’hui une arme dans une stratégie politique ou commerciale dont l’éthique n’est pas le principal souci, et où la fin justifie les moyens. Au-delà de trouver consternant le « culot » de certains à la source de ce type d’annonce, nous sommes effarés par la vitesse à laquelle elles se propagent, et surtout par leurs effets.

Mais comment en est-on arrivé là ? En deux décennies à peine, l’accès à l’information s’est totalement transformé, et ce au travers de quatre grandes phases.

L’information était autrefois, et depuis des siècles, détenue et prodiguée par les sachants (autorités civiles, politiques, scientifiques et religieuses).

Avec l’arrivée des encyclopédies en ligne, d’internet puis des smartphones, l’accès au savoir s’est démocratisé ; le grand public, les élèves d’une salle de classe, sont alors en mesure de challenger les sachants.

Cette démocratisation a « accouché » d’une quantité d’informations disponibles bien trop importante pour être correctement traitée et assimilée. En réponse, de nouveaux métiers et outils de curation pour une hiérarchisation de l’information se sont évidemment mis en place en place afin d’éviter ce genre d’erreur. Mais cela a pour effet pervers de créer des « bulles » : c’est ce qui s’est passé lors des dernières élections présidentielles américaines, avec la dénonciation des algorithmes des réseaux sociaux qui « enferment » chaque groupe d’audience dans un même type d’information, et ne permettent plus de croiser correctement les informations et opinions.

Enfin, la dernière étape est celle de la multiplication des fake news, distillées dans le flot continu des informations, empêchant de discerner le vrai du faux. On peut citer l’exemple du quotidien algérien El Hayat qui relaie en février un article du Gorafi, média ouvertement parodique, annonçant que la France va construire un mur autour de ses frontières et le faire payer par l’Algérie (par analogie avec le mur entre USA et Mexique). Les grands acteurs du digital (ré)agissent : Facebook par exemple a développé un outil pour identifier les fausses informations. Dans la même veine le réseau social participe à « CrossCheck », initiative de Google qui mutualise l’expertise de rédactions qui auront pour mission de vérifier les informations. Mais cela ne suffit pas….

Le phénomène de fake news grandit sur le terreau de l’ignorance. Accuser le web revient à vouloir traiter le symptôme en ignorant les causes du problème. Le web est une richesse, un bien commun qu’il convient d’utiliser pour son haut pouvoir de diffusion de l’information. Faire son procès ne fait pas avancer le sujet. Mieux vaut apprendre à « lire » ce qui s’y trouve, car. Car les clés pour inverser la tendance existent, et elles ne sont pas du domaine du coercitif. « Tout va trop vite pour que l’on puisse faire quelque chose ? » ou manquons-nous simplement de l’éclairage dont nous aurions besoin pour y voir clair ? Plus que jamais, nous avons besoin de repères pour appréhender le monde, trier les infos et les inscrire dans un cadre de lecture. La philosophie n’est pas qu’une matière de terminale. Les leçons d’histoire géo ne sont pas que de mauvais souvenirs de collégiens et lycéens, avec frises colorées, farandoles de dates et de pyramides inversées. Les musées ne sont pas que des gouffres financiers vidés de leur public. Les livres ne sont pas qu’histoires poussiéreuses. Le journalisme d’investigation n’est pas un luxe. L’ensemble est notre bagage culturel, pour peu que l’on veuille bien se l’approprier. Il constitue notre alphabet pour lire le monde et notre activateur neuronal pour comprendre ce que l’on lit. Oui, nous avons besoin de notre propre histoire comme référentiel pour aiguiser notre sens critique et distinguer le vrai du faux.

Si les conséquences des fakes news au niveau « micro » sont déjà potentiellement désastreuses, les effets en profondeur et à long terme sont encore plus nocifs. Défiance, mouvements sociaux etc., il ne faut pas négliger le puissant effet levier de la manipulation à répétition subie par les publics. Il n’est pas exagéré de dire que la post-news era est une menace sérieuse pour la démocratie. Le fait que notre « bon sens » et capacité à trier le vrai du faux soient défaillants est déjà un problème. Si l’on ajoute à cela notre amnésie, c’est une catastrophe. Nous oublions que l’Europe a été construite pour la paix et nous oublions aussi quels sont les risques du populisme. Pourtant, se souvenir peut permettre d’offrir un référentiel pour comprendre le monde qui nous entoure et les enjeux, replacer dans leur contexte les événements, décrypter, analyser, et prendre les bonnes décisions.

La culture générale peut être le liant qui permet de retrouver du sens, de la valeur et de la pérennité à nos actions. C’est elle, véritablement, qui permet de jeter des ponts là où d’autres veulent dresser des murs. Des bancs de l’école à la vie en entreprise, la culture doit être partout et devenir une arme pour affronter les défis de la désinformation et de l’ignorance. Diffusons la culture générale et utilisons-la !

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