Deezer : le patron s'exprime sur le report de l'IPO

Le service de streaming musical justifie sa décision par "les conditions de marché". Une mauvaise nouvelle pour celui qui a besoin de fonds pour financer son développement international.

Premier couac pour Deezer avec l'annonce mardi soir du report de son projet d'introduction en bourse. La plateforme de streaming français espérait lever 300 millions d'euros ce 28 octobre, pour atteindre une valorisation comprise entre 900 millions et 1,1 milliard d’euros. La société a justifié sa décision par "les conditions de marché", précisant par ailleurs qu'elle évaluerait "ses différentes options de financement dans le futur". Selon une source bancaire, l'entreprise française ne serait tout simplement pas parvenue à remplir son carnet d'ordres pour mener son projet jusqu'au bout. 

Les résultats de Netflix et Pandora inquiètent les investisseurs

Le directeur général de Deezer, Hans-Holger Albrecht, s'est exprimé sur le sujet dans une interview accordée aux Echos, mercredi. "Plusieurs sociétés ont reporté leur introduction en Bourse et les chiffres publiés par Netflix et Pandora ont fait peur aux investisseurs", explique-t-il. Netflix a en effet déçu les analystes sur ses prévisions et Pandora a vu son cours de bourse chuter en raison de mauvais résultats. Pourtant, la start-up spécialisée dans la radio a un modèle bien différent de celui de Deezer. "Mais Pandora étant le seul comparable pour les analystes, les investisseurs ont interprété cela comme un mouvement vers la concurrence, Spotify et Apple Music, au modèle similaire au nôtre... Et alors même que personne n’est réellement capable de savoir si les chiffres d'Apple sont bons ou mauvais." La concurrence d'Apple Music, qui affirme avoir séduit 6,5 millions d'utilisateurs actifs en quatre mois (soit déjà plus que Deezer), inquièterait en effet les investisseurs. 

Deezer avait réalisé un chiffre d’affaires de 142 millions d’euros, en hausse de 53% en 2014. Mais la société affichait 27 millions d'euros de pertes sur l’exercice. Des pertes qui proviennent intégralement de son développement international. Entre une marge engloutie dans les royalties et les minimums garantis que la plateforme verse aux ayant-droit, un pari américain aussi ambitieux que compliqué et un climat concurrentiel qui fait pression sur les tarifs, la société devra quoi qu'il en soit passer par la case refinancement si elle veut continuer à se développer face aux Spotify, Apple Music et consorts.

Un rachat n'est pas exclu

Deezer va donc devoir repartir en road show pour convaincre des VC importants d'entrer à son capital. "La Bourse devait nous servir à accélérer notre croissance mais ce n’était pas une obligation pour nous, assure aux Echos le patron de Deezer. D’autant qu’il y avait un consensus positif des investisseurs autour de trois points : notre histoire et nos partenariats, le fait que nous soyons les seuls à être présents sur les marchés émergents et la qualité de notre produit." Toujours est-il que Deezer va bien devoir trouver un moyen de se refinancer... Si ce nouveau road show échoue, peut-être en se faisant racheter ? "Ce n’est pas à proprement parler une option aujourd’hui, mais si des offres satisfaisantes nous parviennent, nous les étudierons", convient Hans-Holger Albrecht.

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