Avec un chiffre d'affaires qui stagne, la rentabilité semble loin pour l'Opinion

Le groupe de Nicolas Beytout a perdu près de 21 millions d'euros depuis son lancement il y a trois ans et demi.

L'éditeur de lopinion.fr, Bey Media, a déposé pour la première fois ses comptes au greffe. Avec près de 6,72 millions d'euros de perte en 2015, le groupe de Nicolas Beytout est toujours dans le rouge, même s'il fait mieux qu'en 2014 (8,4 millions d'euros). Le montant total de son déficit est désormais de 21 millions d'euros, après trois ans et demi d'existence. 

Inquiétant, ce déficit fait passer le niveau des capitaux propres sous le seuil clé de de la moitié du capital social. Une situation qui impose la convocation d'une assemblée générale extraordinaire dans les quatre mois qui suivent l'assemblée, pour décider si oui ou non il faut dissoudre la société. Une anomalie comptable à laquelle toute société devrait théoriquement mettre fin en rehaussant ses capitaux propres. Toutefois, cette situation peut être amenée à perdurer, certaines sociétés pouvant même atteindre des capitaux propres négatifs.

D'un point de vue business la situation est tout aussi morose. Le chiffre d'affaires de la filiale Bey Media Presse et Internet, en charge de l'exploitation du quotidien papier et de son site Internet, plafonne. Il s'établit à près de 12,8 millions d'euros en 2015, contre 13,2 millions d'euros lors de l'exercice précédent. Le total des ventes (au numéro, par abonnement et contenus en direct) est en légère baisse alors que le chiffre d'affaires publicitaire est stable. Ce dernier s'est établi à près de 1,2 million d'euros en 2015 (après prélèvement de la commission de 30% de la filiale Bey Médias Publicité), contre 1,17 million d'euros en 2014. Un maintien notable tandis que de nombreux concurrents voient leurs rentrées publicitaires baisser. 

Mais la rentabilité du groupe pâtit toujours de la stratégie commerciale agressive de la société, qui a accordé en 2015 près de 520 000 euros de promotions abonnés alors que le produit de ses ventes par abonnement s'élève à moins de 1,4 million d'euros. A cela s'ajoute une autre promotion, baptisée VIP-Propress, de près 2,1 millions d'euros. Contacté par le JDN, le directeur général de l'Opinion, Erik Monjalous, justifie ces efforts commerciaux par "la jeunesse de la marque qui a eu besoin de tels gestes pour se faire connaître". Et il en souligne le caractère temporaire, évoquant au passage "la diminution progressive de la mise à disposition gratuite du titre auprès de partenaires".

Celui qui espère atteindre la rentabilité dès 2018 n'a désormais qu'une ambition : renforcer le modèle payant. "Le modèle du gratuit financé par la publicité a ses limites." Le quotidien a d'ailleurs fait passer son prix de 1,7 à 2 euros cet été. "Nous espérons recruter beaucoup plus d'abonnés, notamment sur le numérique", annonce également Erik Monjalous. Des abonnés qui rapportent moins de chiffre d'affaires que ceux du papier... mais qui sont aussi moins coûteux. Pour séduire un lectorat pas forcément familier de l'univers l'Opinion, le média axe ses efforts sur les contenus vidéos. "Nous misons beaucoup sur ce format, notamment du côté des réseaux sociaux."

Pour se maintenir à flot, le groupe est obligé de multiplier levées de fonds et emprunts. Après une première levée de 13 millions d'euros début 2013, le groupe a relevé 4,5 millions d'euros en 2014 avant d'accueillir, courant 2015, le groupe Dow Jones à son capital moyennant un investissement de 2 millions d'euros. A cela se sont rajoutés 5,2 millions d'euros d'emprunts souscrits en 2015, contre plus de 10 millions d'euros en 2014.

 

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