Quel business model pour la presse en ligne ? Des pure players dans la tourmente

Rue89, Slate, Owni, Altantico et bien d'autres pure players souhaitent survivre à la bataille de la presse en ligne. Ces nouveaux médias start-up vivent leur développement dans une quête constante de l'audience, mais pas seulement. Si chacun d'entre eux met en avant un positionnement différent des titres traditionnels, leur principal défi est de convaincre régulièrement des investisseurs qui croient en eux, et en leur future rentabilité. Et ces investissements se jouent au prix de leur indépendance.

 

Fin juin, le propriétaire du Nouvel Observateur Claude Perdriel a misé 200 000 euros dans Rue89 qui a réalisé un tour de table de 600 000 euros à cette occasion pour le racheter le 21 décembre 2011 pour un montant non révélé. L'avenir de Rue89 reste pour l'instant flou mais il est probable de voir ses équipes fusionner avec celles de l'espace participatif du Nouvel Observateur, Le Plus. Le Nouvel Observateur se retrouve donc solidaire des dettes de Rue89, qui affichait plus de 300 000 euros de pertes à fin 2010. Le site fondé par des anciens de Libération avait levé 740 000 euros en mars 2010 auprès de Hi-Media, Verdoso Média, Midi-Minuit, Point Afrique Développement, Eric Lombard et Hugues Dewarin.


Ouvert fin février, Atlantico, le Mediapart de droite annonçait viser 600 000 visiteurs uniques mensuels un an après son lancement. Selon ComScore, ils étaient 282 000 en septembre. Aujourd'hui, le site cherche à lever autour de 1,25 millions d'euros pour assurer son développement.


Et les résultats des pure players ne sont pas toujours prometteurs : E2J2, la société éditrice du portail Slate affichait fin 2010 plus de 1,14 million d'euros de pertes contre 931 000 euros l'an passé et ce alors que son chiffre d'affaires a chuté de près de 100 000 euros, pour atteindre 480 500 euros à fin 2010. Une tendance qui souligne le besoin impératif d'investisseurs pour les médias dits "alternatifs". Reste à savoir si ces derniers les suivront pendant longtemps.


Malgré ces freins économiques, le marché des pure players voit régulièrement de nouveaux entrants arriver, tels Quoi.info ou Newsring, nés tous deux courant novembre ou encore le modèle participatif du Nouvel Observateur, LePlus, qui est apparu au mois de mai et dont le positionnement n'est pas sans rappeler celui de LePost (Benoît Raphael, le co-fondateur du Post a conseillé le Nouvel Observateur pour le lancement du Plus).

 

Le Huffington Post, modèle d'exception ?

L'arrivée attendue du Huffington Post français permettra au Monde de reconvertir l'audience et les contributeurs de Lepost.fr vers le nouveau portail. Ce dernier "sera lancé à la mi-janvier et permettra au Monde Interactif de bénéficier de 34% des revenus générés sur le site" souligne Philippe Jannet, directeur du Monde Interactif. 51% des revenus seront reversés à AOL - qui avait racheté le Huffington Post pour 315 millions de dollars début février - et les 34% restants reviendront aux Nouvelles éditions indépendantes, la holding de Matthieu Pigasse et dirigé par David Kessler qui contribuera également au contenu éditorial.

 

le huffingtonpost arrivera en france à la mi-janvier
Le HuffingtonPost arrivera en France à la mi-janvier © Capture d'écran / HuffingtonPost

A l'occasion de la publication de ses résultats du troisième trimestre 2011, AOL indiquait que le Huffington Post enregistrait plus de 35 millions de visiteurs uniques par mois, contre 26 millions un an plus tôt. Pour fin 2012, année de son déploiement dans l'Hexagone, le Huffington Post vise plus de 100 millions de dollars de chiffre d'affaires, contre les 30 millions estimés à fin 2010.

Media / Mediapart