Ces projets qui vont dépoussiérer le journalisme en ligne First Look Media, 250 millions pour la Rolls des groupes médias

Alors que le monde de la presse fait grise mine, le secteur s'est découvert un nouveau type de chevalier blanc : les fortunes du Web. Pendant que Jeff Bezos rachetait le Washington Post et que Xavier Niel projetait de faire main basse sur le Nouvel Observateur, le fondateur du site d'enchères en ligne eBay.com, Pierre Omidyar, a lui annoncé sa volonté de lancer un nouveau média indépendant participatif, orienté grand public (lire l'article Le fondateur d'eBay veut lancer un média indépendant participatif, du 17/10/2013). Et le magnat du Web de se donner les moyens de ses ambitions, avec une enveloppe de 250 millions de dollars pour ce lancement ex-nihilo. A la tête de ce média new-look, une pointure, Glen Greenwald, le journaliste à l'origine des révélations relatives aux agissements de la NSA, débauché au Guardian. 

Un hybride entre société techno et site d'infos

Evoquant son envie de "transformer le lecteur moyen en citoyen engagé" et assurant que la structure serait indépendante de ses autres organisations, l'homme d'affaires irano-américain né en France ambitionne de donner vie à un site d'informations générales (politique, économique, sport...) qui associera journalistes, spécialistes de la dataviz et informaticiens. Ce modèle hybride, "parfaite synthèse entre une société technologique et une newsroom", doit permettre au journalisme de retrouver une exigence mise à mal par l'avènement du digital, explique-t-il dans une vidéo qui fait office de profession de foi. Comprendre que plutôt que de se faire le simple relai d'informations dénichées à droite et à gauche, First Look Media se veut exigeant à la fois sur le fond et sur la forme. Dans cette optique seront recrutés des datajournalistes, des visual designers et experts technologiques qui travailleront main dans la main avec les équipes éditoriales pour proposer les contenus éditoriaux les plus innovants possibles. Le site regroupera plusieurs magazines en ligne (politique, divertissement, sport...), chacun étant placé sous la direction de "journalistes expérimentés et visionnaires". Une première mouture, baptisée The Intercept, vient de se lancer avec un beau scoop à la clé, l'utilisation par la NSA des technologies de tracking cellulaire pour réussir à cibler les terroristes grâce à des drones. 

Surtout, Pierre Omidyar se fait l'écho de promesses qui doivent faire rêver nombre de journalistes, assurant que ces derniers auront tout ce dont ils ont besoin pour exercer leur métier correctement : "la liberté de voyager, la protection juridique, des technologies nouvelles et innovantes et la ressource la plus importante, le temps et le soutien organisationnel nécessaire au développement de leurs compétences." Reste que le mécène se montre beaucoup moins disert au moment d'évoquer un business model dont les contours sont encore très flous. "Nous expérimenterons les leviers de monétisation traditionnels et en créerons d'autres, nous y réfléchissons encore", explique-t-il. Il est vrai qu'avec une enveloppe de 250 millions de dollars, là où un média comme L'Opinion consacre à son lancement environ 15 millions sur trois ans, il peut se payer le luxe de prendre son temps.

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