Marissa Mayer n'a qu'une idée en tête : ringardiser Youtube

Yahoo Youtube Marissa Mayer La patronne du portail US travaille au lancement d'une plateforme vidéo propriétaire. Et lorgne fortement du côté des Youtubeurs les plus populaires.

C'est sans doute sur le terrain de la vidéo que Google et Yahoo se livreront la guerre la plus sanglante. Marissa Mayer semble en avoir fait une affaire personnelle. Faute d'avoir pu finaliser le rachat de Dailymotion ou de Hulu, la patronne du géant américain s'est lancée dans une entreprise pharaonique, elle qui travaille depuis fin mars au lancement d'une plateforme vidéo propriétaire. Au-delà de l'investissement financier et du défi technologique, le problème est de proposer des contenus susceptibles d'attirer un internaute qui a déjà tout ce qu'il lui faut sur Youtube ou Dailymotion. Mais là où les deux acteurs historiques ont construit leur audience sur le contenu UGC (user-generated content), Marissa Mayer fait le pari de la qualité et veut mettre sur pied un réseau diffusant du contenu vidéo exclusif. Dans son viseur : les producteurs de contenus les plus populaires de Youtube qu'elle espère débaucher. 

Des ponts d'or offerts au Youtubeurs stars ?

Et pour les convaincre de rejoindre ses rangs, elle dispose d'un argument de choix : les conditions financières très favorables qu'elle peut leur proposer. Car si la popularité de certains Youtubeurs leur permet de toucher plusieurs centaines de milliers de personnes à chaque vidéo publiée, elle ne leur permet que très rarement de vivre de leur activité. Un simple petit calcul permet de s'en rendre compte. Considérant que les annonceurs paient 2 euros du CPM et qu'à peu-près 20% de l'audience d'une vidéo est véritablement monétisée, une vidéo atteignant le million de vues réalise à peine 400 euros de chiffre d'affaires. Et ce n'est même pas le montant qui va dans la poche de son créateur, Youtube prélevant une commission de 45%. Le montant final n'est donc guère plus élevé que 250 euros. Pas de quoi flamber.

Youtube incite les internautes à faire des dons aux producteurs de chaînes

Les dirigeants de Yahoo auraient donc déjà entamé leur entreprise de séduction auprès des Youtubeurs stars en leur faisant miroiter des revenus garantis par vidéo et des taux supérieurs à ceux proposés par Google. Autre argument, la mise à disposition de tout un arsenal marketing qui va de la diffusion en home page en passant par l'accompagnement des équipes de vente de Youtube. De quoi leur donner matière à réflexion. D'autant que du côté de Youtube la révolution annoncée tarde à venir. La seule grande nouveauté réside dans l'annonce par Susan Wojcicki, PDG de Youtube, de l'arrivée prochaine d'une fonctionnalité permettant à l'internaute d'effectuer des dons allant de 1 à 500 dollars, pour soutenir ses producteurs de vidéos préférés. Pour cela, les services de collecte de fonds comme IndieGoGo et Kickstarter seront utilisés. Un concept pas franchement révolutionnaire, déjà développé en France par Tippee (My Major Company), et qui ne devrait pas permettre aux producteurs de contenus de beaucoup mieux gagner leur vie.

Bien sûr Marissa Mayer ne pourra sans doute pas persuader tout ce beau monde de la rejoindre. D'autant que les audiences de Youtube sont telles que beaucoup devraient y rester, moyennant une revalorisation de leurs conditions de rémunération. Qu'importe, elle dispose déjà d'une solution de rechange. Avec un portefeuille qui s'est bien rempli depuis la cession d'une part du capital d'Alibaba, elle a en effet les moyens d'acheter les plus grosses sociétés de productions. Yahoo aurait ainsi offert 250 millions de dollars pour le rachat de Fullscreen une société dont les différentes chaînes Youtube cumulent à elles seules plus de trois milliards de vues par mois. Reste à voir si la société sera intéressée par la perspective de se vendre à Yahoo et de quitter Youtube, au sein duquel elle a tout de même annoncé qu'elle comptait investir près de 10 millions de dollars pour financer de nouvelles chaînes. Il y a de ça quelques semaines Marissa Mayer avait d'ailleurs proposé 350 millions de dollars à une société au profil similaire, News Distribution Network. Un deal qui avait rapidement capoté. Et c'est là que les choses se compliquent. Les exemples passés ont montré qu'avoir beaucoup d'argent ne suffisait pas à bâtir un succès. Encore faut-il réussir à séduire des partenaires ambitieux et les internautes. Et cela passe par de bonnes idées.

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