Peut-on être dépanné sans se ruiner ?

Le dépannage professionnel n’a pas une bonne image. Pourtant, les experts honnêtes existent. Apprenez à bien choisir vos réparateurs ou à rafistoler vous-même.

L’urgence est un danger. Qu’il s’agisse d’une canalisation qui menace d’inonder l’appartement, d’une porte blindée claquée sans réfléchir (et sans clés), d’un ordinateur qui claque à la veille d’une importante présentation, ou des freins de la voiture qui lâchent, la nécessité, toujours, se conjugue mal avec la sérénité. Et l’urgence a toutes les chances de vous laisser sur la paille avec seulement vos yeux pour pleurer. Pour ne pas finir ruiné, prenez le temps de bien savoir comment vous faire dépanner !

La couleur de l’argent

Quand on dit "dépannage", on pense trop souvent "escroquerie". Il est vrai que la multiplication des péripéties malheureuses n’améliore pas la réputation des professionnels. Au mois d’août 2015, on pouvait lire par exemple, dans un article sur un blog du Monde, l’histoire d'un sexagénaire parisien qui avait payé cher le moment d’égarement qui l’avait fait se retrouver dans le couloir, porte fermée, avec son trousseau de clés resté à l’intérieur. Passons sur les actes absurdes des serruriers qu’il avait dû appeler en urgence, pour afficher tout de suite la couleur : le bilan de la soirée s’est monté, pour le retraité, à 7 550 euros TTC. Il semblerait que l’arnaque au client soit devenue un principe chez les réparateurs. Et que le profit soit, depuis bien longtemps, passé devant toute autre considération humaine.

Les escroqueries pullulent et se multiplient aussi vite que ces petits cartons glissés dans les boîtes aux lettres par des sociétés spécialisées dans les services peu scrupuleux. En 2013, la Direction de la répression des fraudes annonçait une hausse du nombre de plaintes des consommateurs suite à des dépannages à domicile : ce nombre était passé de 1 781 en 2010 à 2 405 en 2013. Des statistiques qui ne prennent en compte, vous l’aurez compris, que les arnaques avérées – celle qui concerne ce Parisien siphonné par ses serruriers en fait partie. Mais il y a des escroqueries plus discrètes et des fripons moins gourmands. Un garagiste qui vous réclame "seulement" quelques centaines d’euros pour une intervention qui ne lui coûte que le prix de la pièce risque de ne pas s’attirer vos foudres. "Parce que je n’y connais rien", répondent les clients. Les coquins le savent bien et en profitent.

Heureusement, tous les dépanneurs ne rêvent pas de vous faire casser votre tirelire et tous les dépannages ne nécessitent pas de faire appel à un professionnel. Les initiatives s’accroissent qui permettent, d’une part, de mieux choisir son réparateur (et de veiller à sa bonne foi) et, d’autre part, de privilégier le "Do It Yourself". Parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, y compris quand il s’agit de mettre la main sur l’honnête spécialiste. À condition de ne pas agir dans la précipitation.

Quand dépanneur rime avec sauveur

Prenons l’exemple d’un souci de plomberie. Voilà qu’un beau matin, une canalisation explose. Vous avez eu le réflexe de fermer l’arrivée d’eau, mais c’est néanmoins le tsunami dans la cuisine. Dans quelques heures, votre appartement pourra être habité exclusivement par une famille de poissons. Deuxième problème : vous habitez Paris, nid des arnaques en tous genres. Troisième problème : aujourd’hui, c’est dimanche. Et vous commencez à prier pour parvenir à trouver un plombier disponible qui ne vous demande pas de payer l’équivalent du PIB du Guatemala.

Voici les conseils à suivre pour que l’urgence ne vous coûte pas un bras :

Privilégiez des artisans aux grandes entreprises. Ces dernières peuvent changer leur politique ou faire tourner leur personnel, ce qui ne garantit pas toujours l’excellence. Les artisans, eux, jouent leur réputation à chaque intervention, raison pour laquelle ils travaillent bien. Le souci, c’est qu’ils sont moins faciles à trouver à des heures peu ordinaires et que leur agenda est souvent plus rempli que celui d’un ministre.

Préférez un dépanneur qui vous a été recommandé. Un voisin, un ami, un collègue de boulot a forcément eu besoin d’un plombier dans l’urgence. Tant pis pour l’eau qui coule, passez quelques coups de téléphone : cela pourrait vous éviter de vous noyer dans des tarifs exorbitants.

Une fois le plombier choisi : veillez à ce qu’il vous donne un prix approximatif avant l’intervention, à ce qu’il pratique des tarifs raisonnables (avec frais de déplacement, matériel et main-d’œuvre compris), à ce qu’une fois chez vous, il ne propose pas d’emblée de changer toute la tuyauterie, voire toute la cuisine (et celle du voisin en prime), à ce qu’il établisse un devis – au-dessus de 150 euros – et une facture en bonne et due forme et qu’il ne vous réclame rien qui ne soit indiqué dans l’un ou l’autre.

Vous trouverez d’autres astuces sur ce site bien malin.

La différence entre un "bon" dépanneur et un "mauvais" (clin d'œil au sketch des Inconnus), c’est que le "bon" saura vous donner des indications par téléphone en attendant son intervention, qu’il va se montrer courtois et serviable et qu’il n’essaiera pas de vous arnaquer à tout prix. Rappelez-vous : nous sommes dimanche matin et il y a urgence. Au téléphone, le plombier doit pouvoir vous préciser si sa venue sera majorée, de combien, et s’assurer que sa présence ne peut pas attendre le jour ouvré qui suit.

Vous n’avez ni ami, ni voisin, ni collègue de travail pour vous recommander un bon artisan ? Les aides pullulent sur Internet. Des plates-formes collaboratives comme celle-ci regroupent des professionnels du dépannage, des types qualifiés et corrects qui vous aideront à sortir la tête hors de l’eau. Il suffit de chercher par arrondissement parisien et de sélectionner le profil qui vous semble le meilleur. Véritable "site de rencontres" où les professionnels tentent de séduire les clients catastrophés, cette plate-forme propose notamment des notes de courtoisie, ponctualité, propreté, etc.

Réparations solidaires pour dépannages solitaires

Si l’urgence ne s’avère pas si urgente, il est bon de prendre le temps de réfléchir au dépannage solidaire. Quand l’intervention précipitée d’un professionnel peut être évitée (l’arrivée d’eau a été convenablement fermée, les freins ont lâché mais la voiture peut rester au garage une journée de plus…), il devient possible de tenter de le régler par ses propres moyens.

La première méthode, sur laquelle nous n’allons pas nous étendre, consiste en une séance d’autoréparation. Le "Do It Yourself" a suffisamment la cote pour ne pas avoir besoin d’en détailler les principes. Internet est ici le lieu de tous les possibles. La plate-forme collaborative de dépannage donnée en exemple plus haut propose par exemple, via un blog, de fournir aux internautes des solutions d’installation, d’entretien et de dépannage pour apprendre à affronter les problèmes par eux-mêmes. Quant au marché des pièces auto sur le Web, il explose depuis quelques années, transformant chaque automobiliste en garagiste potentiel. Et il n’est plus rare de consulter les vidéos sur Youtube pour s’instruire sur la meilleure façon de bidouiller sa machine à laver pour qu’elle renaisse de ses cendres.

La seconde méthode demande quelques précisions. Il s’agit du dépannage solidaire, qui se distingue du "Do It Yourself" en ce qu’il encourage les victimes d’une panne à réparer dans la convivialité et la bonne humeur – et surtout en compagnie de spécialistes bénévoles – plutôt que de se casser le crâne seul dans son coin. Partie intégrante de l’économie collaborative, le dépannage solidaire prône un rapprochement social et un partage équitable des connaissances.

Prenons deux exemples qui concernent deux types de dépannage : les objets du quotidien (de l’ordinateur au grille-pain) et la voiture, deux familles de réparations qui peuvent vous revenir très cher en cas de précipitation auprès des professionnels.

D’une part, le principe du Repair Café. Les bobos ponctuels sur les objets du quotidien, aussi bien que l’obsolescence programmée des appareils high tech, ont constitué le terreau de ce type d’événements participatifs. Dans un lieu dédié (local ou café public), des bénévoles accueillent les visiteurs pour leur réparer, ou leur apprendre à réparer, ces objets qui ont eu la mauvaise idée de tomber en panne. Echange, transmission, convivialité et autonomie sont les maîtres-mots de ces initiatives. Celles-ci existent à Paris et dans plusieurs grandes villes de France.

D’autre part, l’idée du garage solidaire. Pour ceux qui en ont assez de sortir de l’atelier professionnel avec une facture qui descend jusqu’aux pieds alors qu’ils avaient simplement demandé une vidange. Les garages solidaires proposent d’apprendre à réparer soi-même son véhicule, soutenu par des experts en mécanique. Leur expérience est ensuite amenée à être redistribuée, par vos soins, auprès d’autres particuliers. Le fonctionnement est simple : on adhère à l’association, on commence par des opérations simples (remplacement des plaquettes de frein ou des bougies d’allumage, changement de la courroie de distribution, etc.), on paye un prix minime au regard des tarifs pratiqués chez les garagistes conventionnels et on passe petit à petit à des réparations plus complexes (embrayage, alternateur, échappement, démarreur…). Si tous les types de dépannage ne sont pas accessibles, et notamment pour les voitures les plus récentes bourrées d’électronique, c’est tout de même un bon moyen de faire une économie substantielle.

En conclusion : prudence est mère de modération…

… Et de bonne réflexion ! Face à un pépin, apprenez à ne pas tomber dans la gueule du loup, et restez à distance des escrocs qui attendent de profiter de votre abattement. Si l’urgence implique une intervention extrêmement rapide, bannissez les numéros de téléphone glanés sur les cartons distribués dans les boîtes aux lettres (y compris ceux qui prétendent être "certifiés par la mairie") et privilégiez le bouche à oreille ou les plates-formes collaboratives qui permettent de trouver des dépanneurs de bonne foi.

Si le dépannage peut attendre, optez pour l’option solidaire et apprenez à prendre en charge vous-même les réparations, à l’aide des professionnels et des bénévoles qui offrent leurs bons services. Et qui sait si vous ne rencontrerez pas, au cours d’une séance de dépannage solidaire, le super plombier ou le serrurier idéal que, tel Superman, vous appellerez toujours à votre secours en cas de besoin ?

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