Entre quête de rente et de défiscalisation, qui s’intéresse encore au financement de nos PME ?

Les placements sécurisés ne rapportent plus rien (Livret A, compte à terme...). Les taux courts sont même négatifs, et tout le monde trouve cela normal. Au moins 400 milliards de liquidités des particuliers dorment et la martingale de l'assurance-vie va bientôt s'arrêter.

Que font donc les gestionnaires de fonds de crédit et de dettes pour orienter l'épargne vers nos PME, qui sont prêtes à payer des rendements de 4 à 8% avec le risque associé (de l'ordre de 0,5 à 1,5% de défaillance par an en moyenne selon la banque de France) ? Pas grand-chose à date. Ils sont certes embourbés dans leurs contraintes réglementaires d'investissement en dettes d'Etats et de grands groupes... mais ils ont en général la faculté de placer quelques pourcents de leurs fonds en actifs plus risqués. Pour l'instant, ils observent. Par contre, les banques ou assurances qui emploient ces mêmes gérants de crédit n'hésitent pas un instant à proposer des pseudos produits de rendement aux particuliers construits soit sur la base d'indice boursier, soit sur l'immobilier.
 
Une fois pour toutes : les arbres ne montent pas au ciel
Au-delà du fait que cet argent ne sert pas notre économie, le recours aux concepts de l'arbre qui monte jusqu'au ciel ou de la chute improbable de l'indice boursier fonctionnent au mieux pour convaincre les particuliers d'orienter leur épargne ainsi. Est-ce bien sérieux ou est-ce désespéré ? Curieusement, ces mêmes gérants et institutionnels ne placent pas leur trésorerie ainsi. Eux n'ont pas oublié l'époque des dérives débridées et de l'immobilier sans limite qui ont donné 2007/2008 les subprimes.

Un pays de rentiers ?
Pour le particulier la recherche de la rente est permanente. Aussi certaine, comme disait Churchill, que la mort et les impôts. On peut la critiquer, car un pays de rentier est un pays sans futur. Mais un pays qui ne connaît plus la croissance, ni du travail, ni des salaires depuis des décennies, qui voit sa population vieillir et donc son ratio d'actifs et d'inactifs exploser à moyen terme, et qui sait donc que ses enfants vont devoir supporter encore plus de prélèvements sociaux sur leur (futur) travail et gains, sait que l'épargne sera demain le complément indispensable pour maintenir le niveau de vie, voir pour disposer d’une retraite décente. Il faut donc essayer d'apporter une réponse cohérente et utile : aujourd’hui, prêter avec discernement aux PME répond à ces exigences de rendement, de sens et d'utilité. Les particuliers misent ainsi sur leur pays et son futur, au travers du maintien et du développement de l'activité et de l’emploi.

150 000 PME
Côté investissement en capital, on pourrait croire que les PME sont mieux loties et que les particuliers sont justement rémunérés pour leur risque…mais il n'en est rien. Les particuliers sont tenus dans l'ignorance de nos 150 000 PME qui emploient quatre millions de personnes, et sont au contraire entretenus par certains banquiers, médias ou conseillers en patrimoine dans un rêve éveillé. 

Modestes start-up
L’économie des start-up rejoint pour l'essentiel la société du spectacle : paillettes, feu d’artifices et effets garantis auprès de certains médias, dont le peu de recul est parfois étonnant, mais dans la plupart des cas, cela fait pschitt, malheureusement. L'idée n'est évidemment pas que les investisseurs avisés renoncent à les financer ou que certains particuliers conscients des risques y renoncent, mais d'être clair : quelques centaines de millions sont investis chaque année dans ces jeunes pousses pour un impact économique modeste. En 15 ans, seules 3 start-up françaises sont par exemple allées jusqu’au Nasdaq (Business Objects, Criteo, Talend). C'est peu. En termes d'emplois, c'est aussi une goutte d'eau. C'est une vitrine, oserais-je écrire, un miroir aux alouettes ou un cache misère. Chacun jugera.

Redécouvrir le réel

De leur côté, les particuliers ont développé le douteux attrait de la défiscalisation pour financer ceci et n'importe quoi. Ils découvrent généralement après quelques années qu'ils n'y gagnent rien mais curieusement, année après année, les banques et autres réseaux de distribution qui se repaissent des frais de distribution, continuent à les placer. C'est la magie du marketing et de la défiscalisation et, comme toujours dans les produits de défiscalisation, c'est la distribution qui prend la part du lion... Alors comme souvent, une des bonnes idées se trouve sous nos yeux. Il est plus que temps de redécouvrir l’économie réelle. Celle des PME et ETI qui paient leurs dettes à leurs banquiers, créent de la valeur pour leurs actionnaires et du pouvoir d'achat grâce à l’emploi.
 
Les PME à elles seules emploient autant de personnes en France que les grands groupes, plus de 4 millions de personnes, et créent de l'emploi, à la différence des grands groupes. Les PME paient leurs impôts et leurs salariés en France pour la plupart, pas les grands groupes. Les PME, que beaucoup jugent fragiles, travaillent en fait bien souvent pour ces grands groupes… Le paradoxe est que l'on fait confiance aux grands groupes et à leur stratégie de développement, mais pas à ces PME qui sont directement dans leur écosystème, et qui font bien souvent du "ski nautique", tirées derrière eux. Fort heureusement, ces PME travaillent aussi pour nous tous sur le territoire afin de gérer les aléas des "revirements stratégiques de certains grands groupes".
 
Enfin, puisque cette tribune est l'occasion de faire passer des messages, notamment en attendant de voter en 2017 pour un programme économique, qui comme disait Bernard Marris, sera réalisé par des économistes qui savent toujours à posteriori vous expliquer pourquoi ils se sont trompés, votez dès aujourd’hui pour les PME françaises, l’emploi et l’avenir en prêtant à ces PME. Ceci comporte évidemment des risques et doit se faire via des professionnels qui peuvent vous conseiller.

 

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