Selon un gourou de la Bourse, toutes vos connaissances sont inutiles

Pour Adam Parker, stratégiste de la banque américaine Morgan Stanley, le vrai problème, ce n'est pas le marché, mais le raisonnement des investisseurs.

Tout ce que vous pensez savoir sur la Bourse est faux.

Dans une note à ses clients publiée le 28 septembre, le stratégiste de Morgan Stanley, Adam Parker, indiquait que le monde avait changé et qu'il avait de mauvaises nouvelles pour les investisseurs à la recherche de méthodes traditionnelles pour évaluer les actions d'une entreprise.

"Bon nombre de références utilisées par les investisseurs pour évaluer les entreprises n'ont aucun sens lorsqu'on les applique aux géants de l'informatique"

Pour résumer les propos de Parker, les entreprises comme Amazon et Google sont en train de modifier la vision que les investisseurs doivent porter sur les entreprises.

Que vous ayez tendance à rechercher des entreprises rentables sur du long-terme ou des ratios cours-bénéfices traditionnels, les entreprises qui dominent actuellement le marché boursier ne ressemblent pas à celles d'il y a 40 ans.

"Depuis plusieurs années déjà nous publions des notes sur l'écart entre l'économie américaine et les résultats des entreprises du pays, écrit Parker. L'état de l'économie dans son ensemble est bien pire que celui des résultats… Et on ne peut pas affirmer que cet écart finira par se résorber. Des outils de mesure comme la loi d'Okun, la courbe Phillips, la règle de Taylor, le ratio P/E de Shiller, et d'autres sont présentés comme des moyens de mettre en exergue le décalage évident qui existe entre le monde d'aujourd'hui et les relations économiques et de profits anciennes." Il ajoute : "Les gens affirment que les marges des entreprises sont trop élevées depuis des années. Pour nous, la plupart des mesures ne sont pas pertinentes pour réaliser des analyses basées sur le marché sur une période de moins de 10 ans, voire sur n'importe quel laps de temps."

C'est pourquoi ce graphique, qui doit, beaucoup l'ont dit, devenir une sorte de norme, peut rester pertinent malgré tout ce que les manuels pourraient en dire.

Bénéfices des entreprises après impôts, ajustés des stocks et de l'utilisation du capital. © FRED

Les ventes d'Amazon, par exemple, ont explosé mais la majorité des revenus sont toujours réinjectés dans l'entreprise plutôt que d'être versés aux actionnaires sous forme de dividendes comme pourraient l'espérer les investisseurs traditionnels. Google, quant à lui, n'a aucun stock en dépit de ses 70 milliards de dollars de vente.

Dans ces conditions, bon nombre des cadres de référence utilisés par les investisseurs pour évaluer les entreprises n'ont aucun sens si on les applique à ces géants de l'informatique.

Parker ajoute : "Repensons au fait que le chiffre des ventes du Prime Day d'Amazon était supérieur à celui du Black Friday. Nous avons là un très bon exemple de la manière dont la nouvelle économie prend le pas sur l'ancienne et de la façon dont les relations historiques entre les facteurs économiques et la consommation sont devenues obsolètes. Vous ne pouvez pas utiliser la logique de 1975 pour analyser le monde de 2015. Plus de 20% des 1 500 premières entreprises américaines en termes de capitalisation boursière ont zéro stock. La plus importante, GOOGL, atteindra prochainement 70 milliards de dollars de chiffre d'affaires sans aucun stock. Les outils de mesure de l'économie et des résultats des entreprises d'aujourd'hui sont clairement différents de ceux utilisés il y a trente ans, quand seulement 5% des 1 500 plus importantes entreprises américaines n'avaient aucun stock. C'est pourquoi, de notre point de vue, la santé et la technologie sont des secteurs qui s'en sortent très bien alors que l'industrie lourde, les métaux et les mines sont à la traîne. Cette situation peut durer un certain temps et ne se retournera pas forcément parce que cela semblait logique dans certains manuels en 1975. Par le passé les gens pensaient également que Pluton était une planète et que les Red Sox et les Patriots ne gagneraient jamais de championnats. Ils se trompaient."

Ainsi, quand vous pensez que le marché doit fonctionner d'une certaine manière pour une raison X ou Y, Parker pense que le vrai problème c'est votre raisonnement, non pas le marché.

 

Article de Myles Udland. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : Morgan Stanley's stock market guru explains why everything you know is worthless

Autour du même sujet