Les taux négatifs assurent une perte fixe pour 1/4 des obligations d'Etat

La stratégie déployée par de nombreuses banques centrales handicape lourdement certains investisseurs.

La croissance économique est relativement anémique actuellement et l'inflation inexistante dans de nombreuses économies développées.

Alors que font certaines banques centrales ? Baisser les taux d'intérêt est une technique commune pour stimuler l'inflation et la croissance. Mais lorsque les banques ne parviennent pas à raviver l'inflation alors qu'elles ont atteint des taux d'intérêts nuls, que peuvent-elles encore faire ? Certaines entrent dans le territoire des taux d'intérêt négatifs.

Les taux d'intérêt négatifs sont destinés à encourager les emprunts, à empêcher les pressions à la hausse sur les devises et à favoriser les échanges.

Cependant, bien que l'expérience de grande envergure du gouvernement suédois avec les taux d'intérêt négatifs semble fonctionner d'après le rapport mensuel de la Riksbank sur l'inflation publié le 18 février – les taux d'intérêts négatifs ont des répercussions plus larges dans le monde entier.

Alex Dryden, stratégiste chez JP Morgan Asset Management, a expliqué à Business Insider qu'un "quart des obligations d'Etat mondiales garantissent une perte fixe pour les investisseurs qui les conservent jusqu'à échéance" car partout dans le monde, les banques centrales commencent à mettre en place, ou envisagent de le faire, des taux d'intérêt négatifs.

Voici le graphique :

JPMorgan Asset Management

Une poignée de pays ont déjà renoncé à la politique du taux d'intérêt zéro pour recourir à celle des taux d'intérêt négatifs. Le but de ces taux est de dissuader les institutions de stocker leurs liquidités dans les banques et de les inciter à les investir dans des placements alternatifs stimulant l'économie, la croissance et l'inflation.

Le Japon est le dernier pays à avoir eu recours aux taux d'intérêt négatifs.

"L'environnement de taux bas dans lequel nous étions depuis la crise financière a évolué en environnement de taux nul puisque les banques centrales commencent à explorer le monde des taux négatifs", a expliqué Dryden à Business Insider.

"Depuis que la Banque du Japon a annoncé, à la surprise générale, qu'elle entrerait aussi en territoire de taux négatifs, le pourcentage d'obligations affichant un rendement inférieur à zéro s'est envolé à 27,2%. En d'autres termes, un quart des obligations d'Etat mondiales garantissent désormais une perte fixe pour les investisseurs qui les conservent jusqu'à échéance."

La Suisse a instauré les taux d'intérêt négatifs dans les années 70 pour tenter d'empêcher une vague d'investissements étrangers, alors qu'en 2009 la Riksbank de Suède a été la première à recourir aux taux négatifs suite à la crise financière.

La Riksbank a publié son rapport mensuel sur l'inflation le 18 février et pour la première fois depuis plus d'un an, l'inflation a considérablement augmenté.

Selon le rapport, au mois de janvier, le taux d'inflation s'est affiché à 0,8%, dépassant de 0,3 point les prévisions des économistes.

Plus important encore, c'est le niveau le plus élevé atteint par l'inflation depuis 2012 et sa première augmentation depuis l'introduction des taux d'intérêt négatifs, indiquant que l'expérience pourrait enfin s'avérer efficace.

"La région la plus touchée est la zone euro où 35% des obligations d'Etat affichent un rendement négatif"

La Banque nationale suisse, la Banque du Danemark et la Banque centrale européenne (BCE) ont depuis rejoint la Suède en territoire de taux négatifs.

Pour le moment, aucune banque centrale n'affiche des taux d'intérêt très en-dessous de zéro. Par exemple, le taux de dépôt à terme de la BCE est à -0,30%. Néanmoins, cela anéantit les rendements des obligations d'Etat pour les investisseurs.

"Sans surprise, la région la plus touchée est la zone euro où 35% des obligations d'Etat affichent un rendement négatif, et 75% de l'indice rapportent moins de 1%. Le rendement de l'emprunt allemand à 8 ans est désormais inférieur à zéro", a déclaré Dryden.

Ce ne sont pas là que des mauvaises nouvelles. Le fait que les obligations d'Etat offrent un rendement nul va apporter du soutien aux actions.

"Pour les investisseurs à la recherche de rendement, cela renforce l'attrait du crédit, y compris des créances à haut rendement. Les actions versant des dividendes deviennent également plus intéressantes pour les investisseurs", nous a expliqué Dryden.

"Le Royaume-Uni est un bon exemple. Même avec des dividendes moyens probablement sous pression dans le FTSE, le Royaume-Uni offre toujours un taux de rendement moyen élevé (4%) par rapport au reste du monde. Même sans tenir compte des actions du domaine de l'énergie, le Royaume-Uni offre encore un rendement des dividendes supérieur de 50% à l'indice MSCI World."

 

Article de Lianna Brinded. Traduction de Soraya Bouznada, JDN

Voir l'article original : "Negative interest rates are 'guaranteeing a fixed loss' for a quarter of the world's government bons"

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