Robo-advisor : les vérifications à mener avant de lui confier son épargne

Les premières plateformes de gestion d'épargne automatisée sont apparues en France il y a peu. Avant de faire appel à leurs services, voici les questions à se poser.

"Quand on a 1 000 euros à placer, on y fait encore plus attention que quand on en a 10 000", estime Olivier Gentier, le PDG d'Advize. C'est justement aux petits épargnants que sa société et ses concurrents robo-advisors, des plateformes de gestion d'épargne en ligne automatisée, ont le plus à apporter.

Du moins de l'avis de Stéphan Chenderoff, associé de la société de conseil en gestion de patrimoine Cyrus Conseil : "Quelqu'un qui a 5 000 euros à placer ne vient pas taper à la porte d'un conseiller en gestion de patrimoine. De toute façon on ne l'accepterait pas car, malheureusement, ce serait un client qu'on n'arriverait jamais à rentabiliser. Pour absorber le surcoût de la réglementation, nous avons en effet été obligés d'exclure une partie des clients dont on s'occupait jusque-là et qui ne payaient pas le service parce que d'autres, plus gros, le payaient. Aujourd'hui, ce n'est plus possible."

Pour ces laissés pour compte, donc, les robo-advisors constituent la promesse d'un conseil financier personnalisé et cohérent. A condition de bien choisir la fintech à laquelle faire appel. Voici une liste non exhaustive de questions à se poser avant de se décider pour l'une ou pour l'autre.

Est-ce que le robo-advisor que j'avise est régulé ?

Aucun charlatan n'a encore attiré l'attention d'Olivier Gentier, confie-t-il, – pas étonnant, vu que les plateformes ayant déjà lancé leur offre commerciale en France se comptent sur les doigts de la main – mais il exhorte les épargnants à rester vigilants. "Il faut impérativement vérifier que les acteurs auxquels on s'adresse sont régulés", met en garde le dirigeant, glissant au passage que sa société dispose, elle, du double statut de courtier d'assurances et de Cif (Conseiller en investissement financier). Ce qui signifie qu'elle a obtenu deux agréments, l'un délivré par l'ACPR et l'autre par l'AMF. FundShop, Marie Quantier, WeSave et Yomoni, les autres plateformes à être identifiées sur le segment du robo-advisoring et opérationnelles, sont aussi régulées.

Quels sont les tarifs ?

La question du coût du service se pose rapidement. "Il faut s'assurer que la tarification est convenable", conseille Léonard de Tilly, président co-fondateur de Fundshop, robo-advisor qui, contrairement à Advize, ne distribue pas de produits d'épargne mais promet à l'utilisateur de l'aider à optimiser ceux qu'il a déjà. "Aujourd'hui, je pense qu'aucun robo-avidsor ne pratique de tarification inconvenable, avec une moyenne autour de 0,8% de frais de gestion des contrats", rassure-t-il, avant de préciser que, selon lui, ce n'est pas pour leur prix compétitifs que les épargnants font appel aux services d'un robo-advisor. "Si c'était le cas, tout le monde serait déjà chez Boursorama, Fortuneo et ING qui affichent des tarifs imbattables. Or, il y a toujours des clients chez Société Générale, BNP Paribas, Caisse d'Epargne qui continuent à payer très cher leur assurance-vie. Les gens se tournent vers nous parce qu'ils ont besoin de service", assure Léonard de Tilly.

Pour Mathieu Hamel, qui lui est à la tête de Marie Quantier, la tarification doit surtout être équitable. C'est-à-dire ? La réponse du dirigeant ne tient pas en une phrase. "L'idée, ce n'est pas de faire en sorte que les gens qui travaillent dans la finance ne soient plus rémunérés. Mais dans une banque traditionnelle, au minimum 40% des intérêts réels de votre épargne ne vous sont pas versés. Si à 30 ans vous placez 10 000 euros sur une assurance-vie traditionnelle et que vous ajoutez 100 euros par mois, à 60 ans, vous disposerez de 108 728 euros. C'est-à-dire que, selon notre outil de simulation, 63% des fruits de votre épargne rémunèrent les intermédiaires. Passés 50%, ce n'est pas équitable".

Pour plus de détails sur les tarifs pratiqués par chacune des plateformes, consultez notre comparatif sur les robo-advisors.

Suis-je la cible ?

Ce n'est pas le message que souhaitent faire passer les robo-advisors – c'est même tout l'inverse – mais le fait est que leurs services ne sont pas adaptés à tous les profils. En tout cas pas encore, défend Stéphan Chenderoff, de Cyrus Conseil : "Il faut être prudent, car il s'agit d'algorithmes. Vous rentrez un certain nombre de données de profil qui vont générer une forme de proposition adaptée mais standardisée par rapport aux critères que vous avez indiqués. Plus votre profil est simple, plus l'algorithme est efficace. Là où les algorithmes rencontrent plus de difficulté, c'est quand les investisseurs ont des situations complexes. Un certain nombre de sensibilités psychologiques, comme dans les familles recomposées, les grandes familles, les environnements conflictuels… ne vont pas pouvoir être intégrées et la réponse n'aura pas la pertinence attendue par l'épargnant qui veut investir. Pour cela, il faudra attendre ce que pourra apporter l'intelligence artificielle".

A quel point suis-je suis prêt à m'impliquer dans la gestion de mon épargne ?

Les cinq robo-advisors à ce jour opérationnels dans l'Hexagone ne proposent pas tous le même mode de gestion. Deux d'entre eux font signer à leurs clients des mandats de gestion (vous leur laissez les clés) : Yomoni et WeSave. A entendre Olivier Gentier, d'Advize qui, comme Fundshop et Marie Quantier, propose de la gestion conseillée, dans le cadre de laquelle l'épargnant garde la main et n'est pas obligé d'exécuter les recommandations du robot, ils ont fait le choix de la facilité. "La gestion sous mandat, c'est plus simple, ça demande moins de travail : vous mettez tout le monde dans le même bus et vous les emmenez là où vous avez décidé de les emmener." Son compère, Nicolas Marchandise, président et co-fondateur de la plateforme, enfonce le clou et file la métaphore jusqu'au bout : "C'est la grosse différence entre l'offre de Yomoni et la nôtre. Chez Yomoni, vous êtes passager de votre épargne. Chez nous, vous êtes copilote".

Quel est mon niveau de connaissances ?

Mathieu Hamel, de Marie Quantier, a beau garantir que son robo-advisor est accessible à tous, il n'en reste pas moins un système "plus expert" qu'un Yomoni ou un Advize, d'après le directeur général de ce dernier. "Vous allez vous-même vous définir, définir votre profil de risque, voire répondre à des questions du type "Quelle est la volatilité que je suis prêt à accepter ?". Je ne suis pas certains qu'il y ait beaucoup de personnes qui sachent répondre à cette question. Si : mes 50 000 clients quand j'étais à la Société Générale (où il a officié en tant que responsable marketing France des produits de Bourse puis comme directeur commercial et marketing, NDLR) – et encore pas tous. Mais parmi les épargnants, peu en sont capables", argumente-t-il.

Qu'en dit le dirigeant de Marie Quantier ? "C'est faux. A aucun moment nous ne demandons quelle est la volatilité", assure-t-il. Il préfère, par ailleurs, user de la dichotomie entre investisseurs et épargnants. Et pour lui, pas d'hésitation : "Si on est un épargnant, on va chez Yomoni. Si on est un investisseur, on va chez Marie Quantier. Les autres, ils sont trop chers."

Quels sont les produits d'épargne proposés ?

Le choix de l'enveloppe fiscale par laquelle passer pour investir influe sur le choix du robo-advisor auquel faire appel, tous – pour ceux qui distribuent des produits financiers – ne proposant pas le triptyque assurance-vie, PEA et compte-titres. Loin s'en faut puisque, pour l'heure, seul l'un d'entre eux peut s'en targuer, Yomoni. Et encore, depuis peu : la fintech n'a élargi son offre vers le compte-titres et le PEA qu'en mai 2016. Marie Quantier distribue des PEA mais ils ne font pas partie de son offre 100% automatisée. Les offres d'Advize et de WeSave restent, pour l'heure, cantonnées aux contrats d'assurance-vie.

Est-ce que le robot investit dans des fonds performants ?

"La promesse d'un robo-advisor, ce n'est pas de générer de la performance absolue, de surperformer les marchés, théorise Léonard de Tilly, de FundShop. C'est de permettre d'accéder aux marchés financiers avec une compréhension du risque, d'investir sur les marchés de manière confortable. Les robo-advisors ne sont pas des hedges funds qui vont faire de la performance absolue, qui vont gagner tout le temps, quoi qu'il arrive. A terme, un robo-advisor ne vous promettra jamais de gagner 20% par an. Ceux qui le feraient se tromperaient et c'est dangereux. Ce sont des performances raisonnables qu'on vous propose d'aller chercher."

Toutefois, concède-t-il, "s'il y a possibilité de vérifier les performances passées, alors tant mieux." Tous ne la laissent pas. Certains n'ont tout simplement pas assez d'historique pour se le permettre. Parmi ceux qui communiquent, Advize affiche un rendement de 2,75% pour le fonds euros en 2015 et de 3,30% à 11,93% pour le reste et Marie Quantier délivre de -11 à +7% sur son offre compte-titres. Le fonds en euros Suravenir Rendement dont est composé le profil 100% garanti de Yomoni a enregistré une performance de 2,90% en 2015.

Est-ce que le robo-advisor est indépendant ?                      

Mathieu Hamel ne mâche pas ses mots : "Dès qu'on a des gens qui produisent des produits financiers à son capital, il y a un conflit d'intérêt". C'est notamment le cas de Yomoni, qui compte Crédit Mutuel Arkea parmi ses actionnaires. "Mais pour l'instant, rassure le dirigeant de Marie Quantier, cela ne pose pas de problème. Les équipes de Yomoni ont une véritable éthique". Pour Mourtaza Asad-Syed, le fondateur de Yomoni, la question de l'indépendance se pose surtout lorsqu'on a qu'un seul et unique fournisseur. "Si les produits sous-jacents viennent tous de la même marque, on n'a pas affaire à un robo-advisor, juste à un placeur de produits référencés".

Qui est aux commandes ?

Se renseigner sur le parcours professionnels des membres de l'équipe dirigeante du robo-advisor, c'est bien. Mais pour Mathieu Hamel, ancien trader, ce n'est pas suffisant. "Comment peut-on savoir qu'un Carmignac va continuer à être bon, interroge-t-il. On n'en sait rien. On peut se dire qu'il va l'être parce qu'il a fondé une maison suffisamment solide, dotée d'une gestion des risques très industrielle et très validée. Mais finalement, on a plus envie de juger la maison que ses gérants. Les gérants peuvent bouger." Pour lui, mieux vaut donc se renseigner sur l'infrastructure de gestion des risques ? "Est-elle industrielle ou pas ? C'est la question qu'il faut se poser. C'est le problème des maisons artisanales, des petits conseillers en gestion de patrimoine : leur gestion est trop soumise aux fluctuations d'un homme."

Mourtaza Asad-Syed ne l'entend pas tout à fait de cette oreille. Pour lui qui vient de la banque et de l'investissement, "c'est important d'avoir des gens qui ont géré de l'argent de tiers dans une équipe. Mais peu de robo-advisors ont été initiés par ce genre de profils." Advize, lancé par Nicolas Marchandise, cofondateur de deux sociétés de gestion, en fait partie.

Et vous, y viendrez-vous ?

 

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