Numerai, la start-up qui prévoit l'avenir sur les marchés financiers grâce à l'IA

Numerai, la start-up qui prévoit l'avenir sur les marchés financiers grâce à l'IA Ce hedge fund américain collabore avec 12 000 data scientists pour prédire les variations des marchés. Son atout : le machine learning.

L'intelligence artificielle (IA) s'insinue partout et, depuis quelques temps, elle s'immisce aussi dans les transactions boursières. En France, des hedge funds "développent déjà en interne des algorithmes de stock pickings qui vont décider quoi acheter et quoi vendre sur les marchés financiers", explique Jamal Labed, partenaire du VC Serena Capital, qui investit, entre autres, dans l'IA et le machine learning. Dans le genre, une start-up s'illustre outre-Atlantique : Numerai. Créée en décembre 2015 par un mathématicien sud-africain, Richard Craib, la jeune pousse utilise l'IA pour gérer un hedge fund.

Numerai combine les modèles de machine learning viables que lui envoient ses data scientists dans un méta-modèle qui dirigera la stratégie d'investissements du fonds

Concrètement, Numerai envoie des données cryptées, historiques ou actuelles, qui reflètent les tendances sur un marché financier à ses 12 000 data scientists qui élaborent chacun un modèle de machine learning pour prédire les futures variations de cours. Les scientifiques testent leurs modèles en renvoyant ensuite leurs prédictions à Numerai. Cette dernière combine alors ceux qui sont valides au sein d'un méta-modèle qui dirigera la stratégie d'investissement. Le fonds ne cherche pas le meilleur modèle mais synthétise tous les modèles viables. "Les data scientists possèdent les droits de tous les modèles auxquels ils contribuent et continuent de gagner des "récompenses" tant que leur modèle améliore la qualité du méta-modèle de Numerai", révèle Smith & Crown, un groupe de recherche spécialisé en crypto-finance.

Raphaël Bost, doctorant en cryptographie appliquée, trouve cette histoire "un peu fumeuse, trop compliquée d'un point de vue technique à cause de la lenteur de calcul sur les données cryptées. Numerai dit utiliser ce qu'on appelle l'homomorphic encryption, ou chiffrement homomorphe, pour crypter les données. Or, cette technique est encore très expérimentale, inefficace en termes de calculs informatiques et limitée aux opérations arithmétiques de base". Il ajoute néanmoins que "si Numerai arrive à avoir un système de chiffrement relativement rapide, sûr et que les données cryptées ne sont pas trop grosses, ça peut fonctionner !".

La start-up a lancé sa propre crypto-monnaie en février 2017

Numerai ne s'arrête pas là : la start-up a lancé en février 2017 sa propre crypto-monnaie, la première émise par un fonds spéculatif, baptisée numeraire. Le 21 février, un million de crypto-jetons ont été distribués aux data scientists qui, depuis le 20 juin, peuvent les miser lors de tournois hebdomadaires lorsqu'ils soumettent un modèle de prédiction. Si ce dernier est correct, le data scientist gagne de l'argent. S'il ne l'est pas, il perd ses numeraires. Les data scientists qui ont proposé les 100 meilleurs modèles à chaque compétition sont également récompensés en bitcoins. Depuis sa création, l'entreprise a reçu quelque 896 000 modèles, ce qui correspond à près de 50 milliards de prédictions.

Qui pour croire en Numerai ? Des anciens de Wall Street et des business angels de renom qui ont aidé la start-up a bouclé une première levée de fonds de 6 millions d'euros à l'automne 2016. Parmi eux figure Jeffrey Tarrant, le fondateur d'Altvest, premier répertoire en ligne de fonds spéculatifs et de gestionnaires, puis de l'incubateur de fonds Protégé Partners et, plus récemment, de MOV37, qui investit dans les fonds spéculatifs avec des stratégies d'investissements à apprentissage autonomes (ALIS). Pour lui, "Numerai fait partie de la troisième vague de hedge funds, après les fonds discrétionnaires des années 1960 et les fonds quantitatifs comme Renaissance technologies (dont il était l'un des premiers investisseurs, NDLR) des années 1980. La vague ALIS remplacera probablement les fonds quantitatifs, prédit-il.

Numerai a bouclé une première levée de fonds de 6 millions d'euros à l'automne 2016

Pour les sceptiques, il ajoute : "C'était pareil il y a 30 ans, personne ne croyait aux fonds quantitatifs. Numerai profite d'une convergence de cinq évènements sans précédent. Les données ont explosé, avec 90% des données sur Internet créées au cours des deux dernières années, la science des données a rattrapé son retard, le machine learning a dépassé les humains, la puissance informatique a cru exponentiellement à bas coût et l'investissement discrétionnaire a été abandonné suite à l'impact, l'échelle et la portée des dispositions réglementaires de la Securities Exchange Commission, le gendarme boursier américain".

Jamal Labed, pour qui, crowdsoucer des talents va un peu à l'encontre de la nature concurrentielle des marchés boursiers, reconnaît toutefois que l'une des forces de Numerai réside dans le fait qu'elle "dispose de données vraiment très larges, tant géographiques que sectorielles. On a besoin de deux choses pour construire une IA fiable, une richesse algorithmique et beaucoup de data". Numerai possède l'une et l'autre. Deux ingrédients qui pourraient lui permettre de chambouler le monde un peu aseptisé des hedge funds. En attendant, la start-up basée à San Francisco reste discrète sur ses performances et sur les investisseurs qu'elle cible : "On ne veut rien communiquer qui pourrait être vu comme de la publicité pour le fonds, comme l'impose la réglementation de la SEC", justifie Geoffrey Bradway, vice-président de l'ingénierie chez Numerai.

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