Pourquoi investir en crowdlending peut rapporter plus qu'une assurance-vie

Pourquoi investir en crowdlending peut rapporter plus qu'une assurance-vie Logé dans une société civile de portefeuille (SCP), l'investissement participatif non coté peut concurrencer le placement préféré des Français, assure un conseiller en gestion de patrimoine.

Logé dans une société civile de portefeuille (SCP), l'investissement participatif non coté peut se révéler plus intéressant qu'une assurance-vie. C'est en tout cas ce que soutient le gérant du cabinet Montaigne Patrimoine et fondateur de Bordeaux Fintech Louis de Froissard. Son premier argument ? Des frais moindres. "La plupart du temps, les fonds qui utilisent de la dette cotée facturent des frais de gestion annuels qui s'élèvent en moyenne entre 1,2% et 2%, voire davantage. Il faut ensuite tenir compte des frais de gestion du contrat multisupports, qui sont généralement de l'ordre de 0,75 à 0,90%. De l'autre côté, la SCP engendre 750 euros de frais de constitution et 750 euros de frais de fonctionnement par an, pour l'assemblée générale annuelle et le bilan. Soit 1% par an sur une base de 150 000 euros la première année et 0,5% par an ensuite", calcule le conseiller en gestion de patrimoine (CGP). Un différentiel justifié par l'accès à une expertise dans un cas (l'assurance-vie) et pas dans l'autre (crowdlending via SCP) ? Louis de Froissard assure que même avec le mandat d'accompagnement au crowdfunding qu'il propose, et qu'il facture entre 0,8% et 1% des performances, le crowdlending logé dans une SCP conserve l'avantage.

"En crowdlending, réglementairement et prudentiellement parlant, on sait dans quoi on investit"

Le CGP ne s'arrête pas là. "Un certain nombre d'OPCVM ont, par le passé, fait des paris hasardeux, dont on a découvert après coup qu'il y avait des dérivés, des options, des produits de gestion alternative… qui ont pu se trouver dégradés, déroule-t-il. Dans un certain nombre de fonds, on a pu avoir 25% à la disposition totale du gérant. Au moins, en crowdlending, réglementairement et prudentiellement parlant, on sait dans quoi on investit." Mais ce n'est pas parce qu'un épargnant investit dans une entreprise qu'il dispose d'une parfaite connaissance de celle-ci, objecte Didier Orens, directeur de la gestion privée des Caisses d'Epargne. "Même en s'appuyant sur les rapports de commissaires aux comptes, qui vous disent qu'ils n'ont aucune réserve, et dont c'est le métier, ce n'est pas évident. Le métier d'asset management s'exerce avec un agrément de l'AMF, des contrôles poussés effectués par les tutelles, avec des rapports, des benchmarks… Alors certes, encore faut-il que l'investisseur prenne connaissance des documents ou soit accompagné de quelqu'un qui sache les lire. Mais la transparence est bel et bien là. Par ailleurs, un assureur est un tiers de confiance régulé, extrêmement suivi, garantissant le bon fonctionnement du système. En matière de crowdlending, il n'y a pas vraiment de régulation, à ma connaissance."

"En ce moment, la dette cotée vaut très cher et offre donc peu de rendement. Pour aller en chercher, on a tendance à prendre du risque"

Rien n'y fait : Louis de Froissard sort de son chapeau une nouvelle raison de considérer l'investissement participatif via une SCP comme un concurrent de l'assurance-vie. Cette fois-ci, elle concerne le sous-jacent. "En ce moment, la dette cotée vaut très cher et offre donc peu de rendement. Pour aller en chercher, on a tendance à prendre du risque. Quand on entend dire que le crowdlending est très risqué et quand on voit qu'on va chercher du high yield et qu'on prend des fonds qui sont parfois BB, B+ voire CCC, ça prête à sourire". Certes, mais "il est possible d'être ultra sécurisé avec les fonds euros. Avec le crowdlending, on ne peut pas changer de classe d'actifs en cours de route", rétorque Didier Orens. Et d'exhorter les épargnants à "garder en ligne de mire les risques de liquidité et de défaut inhérents à cette classe d'actifs, susceptibles de générer des coûts d'immobilisation, voire d'amputer directement le rendement servi". Un taux de défaut induit dans les rendements escomptés, précise toutefois le conseiller en gestion de patrimoine, et qui est nul ou proche de zéro pour certaines plateformes (Crédit.fr, Lendix…).

"Par ailleurs, reprend Didier Orens, le crowdlending n'a pas les mêmes avantages en termes de transmission, d'avances… Tous les bénéfices civils de l'assurance-vie, vous ne les avez pas avec le crowdlending." Que nenni, répond Louis de Froissard, pour qui au contraire la SCP constitue "un outil idéal pour une transmission active", vu le champ des possibles pour des patrimoines qui, lorsqu'ils sont confrontés à cette problématique, se situent majoritairement entre 300 000 et 1 million d'euros : don en nue-propriété des parts, don temporaire d'usufruit, don en pleine propriété, donations atypiques (à terme, alternatives…). Il ajoute : "Si la problématique de la liquidité est assurée par l'apport en compte courant, le sort des réserves concerne la transmission. Les jurisprudences récentes, notamment l'arrêt rendu par la cour de Cassation le 27 mai 2015, ont tendance à attribuer ces dernières aux nus-propriétaires. On peut donc imaginer qu'une société dont les parents ont fait sur longue période des retraits en compte courant se retrouve avec des réserves substantielles qui seraient la propriété des nus-propriétaires et ce sans droits de succession et/ou de donation. Cette 'organisation' est toutefois à manier avec une certaine prudence et doit faire l'objet d'une analyse au cas par cas."

Pour investir en crowdlending en minimisant les risques pris, il convient aussi de diversifier ses investissements. "Il faut compter entre 20 et 30 dossiers minimum, insiste le CGP. Il faut mixer les amortissables et les in fine, faire attention aux durées, mixer les secteurs et garder en tête que certains sont plus sensibles que d'autres." La diversification, maître mot en matière de placements, passe également par le choix des plateformes de prêts auxquelles s'adresser : mieux vaut en effet ne pas se limiter à une seule. La plateforme WeShareBonds vient d'ailleurs d'annoncer le lancement d'un bot chargé de sélectionner, parmi celles qu'elle référence, les PME dans lesquelles investir, en fonction du montant total que l'investisseur veut allouer au crowdlending, du type d'investissements souhaité, de l'horizon de placement envisagé et du taux d'intérêt des projets. En termes d'allocation d'actifs, enfin, cela doit représenter moins de 5% du portefeuille, selon Didier Orens. Sans surprise, Louis de Froissard pense que, selon l'appétence des clients, "on peut dépasser 5%", sans toutefois aller au-delà des 20%.

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