Enquête sur la cyber-élite française
3. Vous avez vos diplômes ?

Par le Journal du Net (Benchmark Group)
URL : http://www.journaldunet.com/dossiers/cyberelite/001025zzcyberelites3.shtml

Le Journal du Net publie le premier Carnet des décideurs de la nouvelle économie. Cette base de données unique porte sur plus de 500 dirigeants d'entreprises de l'Internet français. Elle permet de dresser un portrait précis de la cyber-élite française.

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La révolution de la nouvelle économie a-t-elle remis en cause l'élitisme à la française ? Internet a-t-il vraiment permis à de géniaux autodidactes de se lancer dans l'aventure pour lancer leur propre start-up ? Rien n'est moins sûr, en particulier si l'on dresse une étude statistique sur les formations suivies par les représentants de la "cyber-élite". Sur plus de 500 acteurs interrogés pour la constitution du carnet du JDNet, ils ne sont que quatre à se définir comme autodidactes véritables, comme Jean-Pierre Eskenazi de Netbooster ou Alexandre Dreyfus, le créateur de Web City.
A l'inverse, on trouve chez les décideurs de l'Internet français 63 dipômés d'HEC, soit 11,1% de l'effectif global, 40 polytechniciens et 48 diplômés d'IEP, soit autant que les titulaires de DESS (toutes universités confondues) auxquels s'ajoutent 38 titulaires de DEA.

 
Formation
Nombre
Proportion*
Diplôme école de commerce (principalement HEC, ESC, ESCP, ESSEC, INSEAD)
171
30%
Diplôme d'ingénieur (principalement X, ENSI, Centrale, ENST, Ponts, CNAM)
160
28,1%
Maîtrise
69
12,1%
MBA
59
10,4%
DESS
48
8,4%
IEP
48
8,4%
DEA
38
6,7%
Mastère
30
5,3%
Autres
16
2,8%

*Cumul possible

Les formations des écoles de commerce et d'ingénieur tiennent le haut de pavé avec plus des 60% des décideurs de la nouvelle économie.

Parmi les diplômés issus d'une école de commerce, Loïc Le Meur, fondateur de plusieurs start-up à succès (B2L, Business Pace, Marketo) fait figure de véritable héros auprès des étudiants d'HEC. Pourtant, cet entrepreneur récidiviste qui avoue travailler aujourd'hui sur un nouveau projet de start-up, se rappelle d'un campus HEC encore ancré dans "l'ancienne économie". "Lorsque j'ai quitté HEC en 1996, j'étais une exception. Mes amis me regardaient comme une bête curieuse car beaucoup des étudiants de l'école ambitionnaient alors de rejoindre un grand groupe." Aujourd'hui, tout a changé. Les succès de Loïc Le Meur ont fait des émules. Un récent sondage effectué par l'école sur son propre campus fait ainsi apparaître que plus d'un étudiant sur deux veut désormais créer ou rejoindre une start-up. Signe des temps, Loïc Le Meur enseigne aujourd'hui au sein de l'école tout en prévenant ces futurs entreprenautes sur les difficultés de la Net économie... "Je suis évidemment très satisfait que l'image de l'entrepreneur soit davantage valorisée. Mais je les préviens qu'ils ne doivent pas s'attendre à une réussite rapide et facile. Il s'agit d'un parcours passionnant mais difficile. Toutefois, en sortant de cette école, ils sont particulièrement bien préparés aux situations auxquelles ils seront confrontés." Pourtant, Loïc Le Meur indique qu'il n'attache pas d'importance excessive aux diplômes lorsqu'il recrute : "L'un de mes plus proches collaborateurs, Jean-Jacques Borrie, directeur technique de Business Pace, est un véritable autodidacte. Passionné et d'une remarquable intelligence, c'est le meilleur ingénieur que je connaisse."

Jean-Pierre Eskenazi, un autre autodidacte a lui abandonné le lycée quelque jours avant de passer son Bac. Spécialiste reconnu dans le secteur du référencement, il a inventé avec sa société Netbooster une nouvelle spécialité. "Dans ce métier, j'ai appris tout seul en passant des heures et des heures en tête-à-tête avec mon PC à décortiquer le fonctionnement des moteurs de recherche." Pourtant, cet entrepreneur ne sous-estime pas l'importance des formations de haut niveau. "Je suis allé chercher un associé brillant, à la formation très solide, Michel Fantin, qui joue un grand rôle pour m'aider à développer l'entreprise." D'ailleurs, en bon autodidacte, Jean-Pierre Eskenazi est conscient d'être un cas assez exceptionnel. "Pour lever des capitaux, je pense que les diplômes et la formation rassurent les investisseurs. Lorsque j'ai créé Netbooster dans mon coin, j'avais peu de moyens et c'est peu à peu que j'ai pu faire reconnaitre mes compétences."

Alexandre Dreyfus, le jeune créateur de Web City, qui a lui aussi quitté le lycée avant de passer son Bac, ne dit pas autre chose lorsqu'il parle de sa première société Mediartis, qu'il a créée avec son associé et revendue au groupe Publicis. "La négociation a été menée par mon associé issu d'un école de commerce. Je pense que seul, je n'aurais pas été pris au sérieux par nos interlocuteurs."

Caroline Combe, jeune PDG de Protecrea, une start-up spécialisée dans le secteur de la propriété intellectuelle, est diplômée de l'IEP Paris. "Sciences-Po est une formation très généraliste, c'est à la fois sa force et sa faiblesse, explique-t-elle. J'ai fait cette école après le Bac et cela m'a vraiment ouvert la tête. On nous donne beaucoup de clefs pour comprendre le monde contemporain, et je crois qu'il s'agit pour cela de la meilleure formation." Mais avant de créer son entreprise, Caroline Combe a enchainé un DEA d'histoire et des études de droit. "Le droit est également une formation très intéressante, très structurante. Le droit c'est la vie, il suffit d'ouvrir un code civil pour s'en convaincre."

Henri et François de Maublanc sont deux frères à la tête de plusieurs sociétés, parmi lesquelles une des marques phare du e-commerce français : Aquarelle. Henri est ingénieur X 72 et il n'est pas le seul à avoir succombé aux sirènes du Web. Aujourd'hui, pas moins de quarante polytechniciens dirigent des sociétés Internet. "Ce que j'ai appris de plus important à Polytechnique, c'est une importante faculté de remise en question. Je pense d'ailleurs que, globalement, on n'apprend pas grand chose dans les écoles, explique Henri de Maublanc. On apprend à apprendre et c'est le plus important. Car tout est nouveau avec Internet. Sauf deux choses : l'origine de l'entreprise, c'est-à-dire la production, et la finalité, le client." Henri de Maublanc reste malgré tout une exception : il est l'un des rares représentants de l'ENA a être tombé dans la nouvelle économie. "Peut-être que le principal intérêt de l'ENA pour moi a été de me faciliter la vie, du moins au début. J'avais moins besoin de justifier ce que je disais parce que j'étais issu de l'école. C'est là un vrai défaut français que d'accorder une importance excessive et à priori à ces formations comme l'X, HEC ou Centrale." D'ailleurs, la rareté de ce type de diplômés dans les entreprise Internet ne surprend pas Henri de Maublanc. "En général, les petites entreprises ne les intéressent pas beaucoup car pour cela, il faut avoir un intérêt poussé pour les gens, les problèmes quotidiens. Les anciens étudiants de l'ENA sont d'abord intéressés pas les idées, à part peut-être les membres du corps préfectoral qui sont plus proches des gens et des problèmes concrets. En outre, mes camarades de l'ENA ont souvent du mal à assumer l'échec. Et c'est pourtant un risque inhérent à la création d'entreprise."

 

  [Fabien Claire, JDNet]


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