François Vivier (AOST) : "France Télécom ne respecte ni les lois nationales, ni les règlements européens"
Par le Journal du Net (Benchmark Group)
URL : http://www.journaldunet.com/0104/010402aost.shtml

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Le dégroupage, qui permet aux opérateurs alternatifs (Mangoosta, Cegetel, Free, Easynet, Colt, etc) de louer la ligne téléphonique de l'abonné à France Télécom pour lui proposer leur propre service, est normalement entré en vigueur au 1er janvier 2001. Trois mois après, aucune offre n'est encore lancée. L'AFOPT (Association française des opérateurs privés en télécommunication) et l'AOST (Association des opérateurs de services de télécommunications), les deux associations françaises regroupant les principaux opérateurs, accusent l'opérateur historique de bloquer le développement du haut débit en France.

Actuellement, France Télécom facture aux opérateurs les frais d'installation et d'accès à ses lignes et ajoute en plus un abonnement mensuel. Devant cette impasse, des opérateurs comme Cegetel attendent avant de lancer leur offre; d'autres, déjà présents, à l'image de Mangoosta, sont obligés de revoir leurs tarifs à la hausse (lire l'article du JDNet du 22/03/01) alors que France Télécom baisse les siens. François Vivier, l'administrateur de l'AOST revient sur le problème du dégroupage en France.

JDNet. Quel est le problème du dégroupage aujourd'hui ?
François Vivier. France Télécom. Tous les opérateurs alternatifs voulant proposer leurs offres de connexion à haut débit demandent à France Télécom de leur permettre d'accéder aux lignes reliant les répartiteurs à l'abonné. Ces simples lignes de cuivre, "le dernier kilomètre", lui appartiennent et font l'objet du désaccord. Le problème des opérateurs pourrait être résumé ainsi : Admettons que France Télécom soit le propriétaire d'un immeuble et loue un appartement aux opérateurs. Cet appartement serait situé au dernier étage et n'aurait ni escalier, ni ascenseur. Pour y accéder, il faudrait passer par l'extérieur et grimper à l'aide d'une corde qui ne demanderait qu'à rompre. Une fois devant la porte, France Télécom aurait oublié de leur donner la bonne clé. Quand bien même les opérateurs arriveraient à rentrer, ils s'apercevraient de l'absence d'eau et d'électricité. Pour finir, France Télécom pratiquerait un loyer exorbitant tout en ayant le droit de les expulser à tout moment. Aujourd'hui, France Télécom ne respecte ni les lois nationales, ni les règlements européens et n'a visiblement que faire des mises en demeure de l'ART. Cette situation est unique au monde.

Que risque France Télécom et quelles sont les échéances ?
D'après moi, les sanctions contre France Télécom devraient bientôt commencer à tomber. Ca n'est plus une question de mois, mais de semaines. A terme, l'opérateur historique risque une pénalité financière équivalente à 3% de son chiffre d'affaires. La pénalité pécuniaire est le seul moyen dont nous disposons actuellement pour contraindre France Télécom à obéir. Nous n'en retirerons aucun avantage puisque cet argent finira par retomber dans les caisses de l'Etat. Malheureusement, pour le moment, les pouvoirs publics ne font pas ce qu'ils devraient faire.

Pourquoi France Télécom bloque-t-il le dégroupage ?
Pour pleins de raisons. Ils affirment notamment ne pas vouloir brader leur réseau, alors que les opérateurs ont depuis longtemps anticipé ces coûts. Aujourd'hui, le problème concerne moins les coûts que les procédures. Les opérateurs sont conscients du temps qu'il faut à France Télécom pour s'adapter à l'arrivée de la concurrence. Dans un premier temps, ils ne demandaient rien de plus que d'avoir des informations précises sur les réseaux afin de s'y adapter. France Télécom leur refuse ces informations en affirmant sa volonté de dissuasion et de retarder le dégroupage, et donc de retarder par la même occasion le développement du haut débit en France. Parallèlement, France Télécom recrute aux alentours de 800 nouveaux abonnés par jour à son service haut débit Netissimo. Pendant ce temps, les autres opérateurs ne peuvent que regarder. Il ne faut pas aller chercher plus loin.

[Philippe Rémond, JDNet]

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