Thomas Saint-Hilaire (CGEY) : "La grande interrogation du Wi-Fi est le rythme de déploiement des hotspots"
Par le Journal du Net (Benchmark Group)
URL : http://www.journaldunet.com/0303/030304wifi.shtml
Lancer l'impression

Mardi 4 mars 2003

En savoir plus
Le site
Cap Gemini Ernst & Young

Opérateurs alternatifs, opérateurs mobiles, collectivités, FAI... Sur le marché très volubile du Wi-Fi, les initiatives se multiplient et se chevauchent. Un premier "round" d'ou devraient émerger, à terme, des modèles économiques plus aboutis. Thomas Saint-Hilaire est chargé de développer l'offre Wi-Fi pour le pôle Conseil de Cap Gemini Ernst & Young France. Il estime que plusieurs scénarios de marché sont encore possibles.

JDNet. Quel est le panorama actuel du marché Wi-Fi en France ?
Thomas Saint-Hilaire.
Le marché français s'est considérablement accéléré depuis la décision de l'ART de novembre dernier, engageant la libéralisation du Wi-Fi en France. Cependant, il est vrai que nous avons un retard certain sur les Etats-Unis et sur certains pays d'Europe, particulièrement la Scandinavie et la Grande-Bretagne. Nous avons pu observer dans certains pays d'Europe que des opérateurs GSM pouvaient être très proactifs, comme Telia par exemple. Dernièrement, les opérateurs mobiles français ont clarifié leur stratégie avec une série d'annonces lors du 3 GSM Congress à Cannes, présentant leur volonté d'investir dans le domaine du Wi-Fi. Un certain nombre de WISPs (Ndlr: opérateurs Wi-Fi) reconnaissent également cette technologie comme une opportunité et développent actuellement des points d'accès. Il existe aussi un réseau associatif en très forte expansion, et qui devrait continuer de se développer.

Quels sont les principaux atouts du Wi-Fi ?
Un certain nombre d'atouts ont été à l'origine de l'adoption par le grand public de la technologie Wi-Fi. Des atouts qui ont permis les ventes de millions de cartes Wi-Fi à travers le monde. Tout d'abord, cette technologie permet de proposer un réel haut débit. Un débit qui de plus devrait continuer de s'accroitre à court et moyen terme. Le deuxième atout est son coût. Le Wi-Fi est relativement peu cher, au niveau des terminaux comme des dispositifs de réseaux. La tendance est à la baisse puisque des industriels comme Intel prévoient de lancer des composants Wi-Fi directement intégrés dans les microprocesseurs. Un troisième point est la facilité d'usage, qui a entraîné son appropriation par le grand public. Le même phénomène avait pu être observé avec l'Internet il y a quelques années.

En savoir plus
Le site
Cap Gemini Ernst & Young

Quelles sont les grandes problématiques que doit encore affronter ce marché ?
De nombreuses questions ne sont pas encore résolues. La grande interrogation autour du Wi-Fi est le rythme de déploiement des hotspots. La réalité se trouvera entre deux hypothèses maximales. Soit les points d'accès Wi-Fi se limiteront à quelques aéroports, gares, hôtels et restaurants. Dans ce cas, le marché que peut représenter cette technologie ne représentera que quelques milliers d'utilisateurs, de type "business travellers". Soit ces hotspots Wi-Fi se multiplieront, dans les lieux à fort passages, dans les collectivités locales, qui installeront ces réseaux sur leurs voiries, et dans les lieux publics gérés par des entreprises. Une autre problématique est le modèle économique au niveau des hotspots. Il existe différents acteurs potentiels. Nous avons le propriétaire du lieu public, l'installateur du réseau, l'opérateur qui va l'exploiter, et enfin l'acteur qui va commercialiser l'accès à Internet. Pour le moment, la répartition des rôles entre ces différents acteurs n'est pas encore très claire et aucun modèle économique n'a émergé. Il faudra répondre aux questions suivantes : Qui va payer l'investissement, puis le fonctionnement ? Comment vont se répartir les revenus entre ces acteurs, sachant que personne n'a encore obtenu de réel chiffre d'affaires ? Cette répartition des rôles et des revenus n'est pas encore standardisée. La dernière interrogation est l'exclusivité, ou non, des opérateurs sur les hotspots : certains vont être exploités par un opérateur de manière exclusive, d'autres lieux seront au contraire multi-opérateurs, avec des accords de roaming réciproque. Cela devrait entraîner un mouvement de consolidations entre les opérateurs. Auquel cas, nous verrons à terme l'émergence d'un nombre limité de réseaux et donc, de fait, un nombre limité d'opérateurs Wi-Fi
.

[Nicolas Huberman, JDNet]