e-Democratie
: comment faire mieux
Par le Journal
du Net (Benchmark Group)
URL : http://www.journaldunet.com/tribunes/030707coleman.shtml
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Lundi 7 juillet 2003
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par
Stephen Coleman,
Professeur d'e-Democracy à l'Oxford Internet Institute,
Université d'Oxford
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En savoir plus
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Stephen
Coleman participera à une rencontre sur le thème de
l'e-démocratie en France et au Royaume-Uni
organisée le mardi 8 juillet à Issy-les-Moulineaux
par le Club
du e-Public
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Les
technologies de communication numériques portent en elles un potentiel
d'interactivité qui facilite une participation directe des citoyens aux
débats, en les "reliant" aux institutions de représentation parlementaires
desquelles ils étaient jusqu'ici tenus à distance. Dès lors, la question
n'est pas de savoir si ces technologies peuvent rendre le gouvernement
démocratique plus responsable, mais bel et bien de savoir quels sont les
instruments politiques que l'on doit mettre en place afin de permettre
à ces technologies de générer des droits nouveaux pour les citoyens.
La
création des mécanismes politiques suivants irait, d'une certaine manière,
vers la réalisation de l'objectif de participation directe des citoyens
aux débats :
La création d'un espace public virtuel
afin de permettre aux citoyens de s'informer sur les questions d'actualités,
examiner minutieusement le travail du Parlement et du Gouvernement, et
entrer en contact direct avec les "décideurs" par des moyens dont disposent
aujourd'hui les élites (souvent par l'intermédiaire d'un lobbying onéreux
ou de "copinage" douteux) mais rarement les citoyens moyens.
"Constitutionnaliser" le
fait de mettre en ligne, à disposition du public, les propositions
des autorités locales, du Parlement et des différents services du gouvernement.
A l'instar des procès verbaux parlementaires rédigés quotidiennement,
aujourd'hui consultables en ligne, ce sont toutes les propositions législatives
et réglementaires qui devraient être accessibles par le même biais, pas
simplement pour que les citoyens puissent s'informer, mais également pour
que les "décideurs" puissent l'être par les citoyens.
La mise en ligne des consultations pré-législatives
ordinaires, du livre blanc à la rédaction du projet de loi,
et encore une fois, peut être, jusqu'au travail des commissions permanentes,
grâce à laquelle les citoyens disposeront d'un véritable "Parlement virtuel"
pour réfléchir à la fois sur les principes généraux mais aussi sur les
détails des principaux projets de loi.
La mise en place de procédures de propositions
directes des citoyens en direction des commissions au cours
d'auditions ou d'enquêtes. Les commissions prennent régulièrement en compte
les avis d'experts. Cela pourrait être envisagé grâce à un système de
diffusion par webcams, avec des opportunités régulières pour les citoyens
de nourrir les débats, à la fois en tant qu'invités (sur un forum de discussion
restreint par exemple) mais aussi par le biais de forums ouverts, dont
les comptes rendus pourraient être publiés en tant qu'éléments à part
entière des rapports des commissions.
L'organisation, au sein du Parlement, de conférences
en ligne régulières, permettant à de larges groupes de citoyens
de participer aux débats politiques, sur une longue période, clôturés
par des rencontres face à face, sur une journée ou une demi-journée, à
l'intérieur même du Parlement. La plupart des débats se déroulant au Parlement
et impliquant un public de citoyens sont pour l'instant nécessairement
limités à un nombre restreint de participants : ceux qui peuvent se libérer
dans la journée, qui peuvent se déplacer jusqu'à la capitale, ceux qui
sont invités par des parlementaires ou d'autres officiels…
Ces réunions sont
fréquemment "bâclées", avec un ministre ou un membre du Parlement prononçant
un discours d'ouverture, la distribution de documents de différentes longueurs
et un agenda programmé qui doit être complété au cours des débats avec
un minimum de révision spontanée. Le résultat, c'est que les discussions
sont trop souvent compressées, sur-contrôlées, limitées et consensuelles.
Une conférence en ligne peut permettre d'envisager la participation de
gens des différentes régions du pays (voir du monde) ; elle autorise les
participants à prendre plus de temps pour lire l'information disponible
en ligne, à la fois avant et après le débat ; cela permet de rendre l'agenda
plus flexible et de le déterminer en fonction des participants et de leurs
centres d'intérêts ; elle permet enfin de constituer des archives qui
serviront de références pour le futur, ce qui contraste avec l'éphémère
de la plupart des débats qui ont lieu lors de rencontres en face à face.
Bien entendu, un des
avantages de la dernière solution est que les participants ont l'opportunité
de discuter de manière informelle (au cours d'une pause ou d'un déjeuner
par exemple), alors que la possibilité de participer à une discussion
informelle au cours d'une conférence en ligne est sans doute moins valable
d'un point de vue social. Cependant, la question ne réside pas dans les
avantages ou inconvénients d'un type de réunion ou un autre. Pour le moment,
la plupart des citoyens ne participent à aucun débat au sein des institutions,
parlementaires et locales, et ces dernières sont vues comme distantes,
fermées et n'ayant aucun lien avec eux. Les comptes rendus des conférences
en ligne peuvent être édités et distribués aux parlementaires et aux officiels
significatifs.
L'apport régulier d'informations interactives
et mises à jour sur le Parlement, incluant des forums de débats
permettant aux citoyens d'échanger leurs points de vue. La plupart des
sites web parlementaires sont caractérisés par leur manque d'interactivité.
Or, échanger des idées dans le cadre d'un forum libre et ouvert, sans
comptabilisation de votes ou d'influence des lobbies sur les politiques,
est en soi un acte démocratique. Ces forums pourraient être utilisés par
les étudiants des écoles et des universités comme instrument de leur apprentissage
de la citoyenneté. L'initiation à la chose politique est meilleure par
le biais de la pratique que par le simple enseignement.
Des débats d'évaluation en ligne des décisions
politiques pourraient être mis en place, impliquant des échantillons
de population choisis au hasard. Ces derniers pourraient avoir un rôle
de veille récurrent, surveillant un éventail de sujets politiques comme
l'Etat providence, les réformes constitutionnelles ou encore l'Europe.
Ils s'apparenteraient plus à des groupes permanents spécialisés, évaluant
et discutant les décisions politiques en toute transparence, n'ayant pas
de comptes à rendre à des partis, à des "faiseurs d'images" ou
des institutions gouvernementales, mais simplement à leurs homologues
citoyens. La liste des membres de ces groupes devrait peut-être être constituée
régionalement afin d'assurer la diversité des débats. Les participants
à ces débats d'évaluation en ligne pourraient contrôler leur agenda et
choisir les aspects du domaine politique qu'ils traitent sur lesquels
ils souhaitent enquêter et débattre.
Aucune des propositions
ci-dessus (certaines d'entre elles ont déjà été expérimentées) n'est destinée
à remplacer la démocratie représentative ou à réformer de manière radicale
les procédures établies, législative, exécutive ou encore celle du débat
parlementaire. L'objectif réside dans la réduction du fossé qui existe
entre le politique et le représenté (citoyen) en tant qu'acteur participant
au débat, le tout dans une culture de gouvernance démocratique. Pour résumer,
il s'agit donc plus d'une contribution à la culture politique qu'à l'institution
gouvernementale.
[S.C.]
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