| Thibault Verbiest
(avocat) : "Il faut s'attendre à l'essor des jeux d'argent en ligne en Europe
en 2004" Par le Journal du Net (Benchmark Group) URL : http://www.journaldunet.com/0311/031114casino.shtml Lancer l'impression Vendredi 14 novembre 2003 Le jeu d'argent en ligne avance vers la légalisation. Si les casinotiers français préfèrent ne pas monter au combat contre le monopole de la Française des Jeux, dans d'autres pays, la situation commence à évoluer. C'est le cas actuellement en Italie où les autorités ont porté plainte conte un agent italien travaillant pour un bookmaker britannique. La Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) vient d'émettre un avis sur cette affaire pouvant laisser penser que le développement des jeux d'argent en ligne (casinos, loteries, paris) en Europe va connaître son véritable essor dès l'année prochaine. Thibault Verbiest, avocat aux barreaux de Bruxelles et Paris, analyse ce nouvel arrêt et les conséquences qui en découlent pour le cas français.
Thibault Verbiest. L'Etat italien a engagé des poursuites pénales à l'encontre de Piergiorgio Gambelli, un agent qui travaillait pour le compte d'un bookmaker britannique du nom de Stanley International Betting. Ce bookmaker a une licence tout à fait légale pour l'Angleterre et agit en parfaite légalite outre-Manche. Il est aussi actif dans d'autres pays via l'Internet et le téléphone, notamment dans des pays européens. Au nom de Stanley, Piergiorgio Gambelli récoltait des paris en Italie et les transmettait par le Web. Les autorités italiennes ont décidé de le poursuive pénalement pour violation de la législation italienne qui réserve l'oganisation et la collecte de paris à des opérateurs italiens titulaires d'une concession (c'est un peu le même système que les casinos en France). Gambelli a rétorqué qu'il travaillait pour une société anglaise soumise à des contrôles strictes et que l'empêcher de poursuivre son activité était selon lui une violation du droit européen qui garantie notamment la liberté de prestation de services. La Cour italienne, qui devait se prononcer sur la compatibilité du droit italien avec le droit européen, a préféré saisir la CJCE pour la questionner sur le sujet. C'est une démarche assez courante et, dans ce cas, l'avis est obligatoire. Il est évident que, quand la CJCE a rendu un arrêt, celui-ci fait autorité dans le reste de l'Europe. Or, dans ce cas, la Cour a dit que la législation italienne était effectivement une entrave à une liberté fondamentale du marché commun. Dans le cas d'une restriction ou d'une entrave, en droit européen, les Etats membres qui imposent ces restrictions peuvent invoquer des motifs d'intérêt général et demander une exception à la règle. Cependant, dans notre cas, la CJCE a d'ores et déjà indiqué qu'elle estimait que le gouvernement italien ne pourrait pas invoquer la protection du consommateur pour empêcher, car il promeut dans son pays des jeux d'argent plutôt que de tenter de protéger les consommateurs. En effet, en Italie il y a de plus en plus de casinos autorisés, d'agences de paris sportifs organisés, car c'est une source de revenus supplémentaires pour l'Etat italien. On ne peut pas d'un côté promouvoir des jeux dans son pays pour faire rentrer de l'argent et, en même temps, invoquer la protection du consommateur pour interdire à d'autres opérateurs légaux dans d'autres Etats membres d'en faire de même sur votre territoire. In fine, la CJCE a renvoyé la question à la cour italienne. Elle s'est contentée d'émettre un avis sans condamner de manière explicite et elle laisse aujourd'hui à la cour italienne la liberté de mettre en pratique les principes que la CJCE vient de dégager pour condamner ou non l'Etat italien. Reste que cela laisse, selon moi, une marge de manoeuvre minime à la cour italienne... Quel
impact a cette décision pour la France et pour les autres pays
européens qui sont dans le même cas ? Depuis
quels pays, les prochains acteurs susceptibles de débarquer en
France seront-ils originaires ? |
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