Auriga Partners gère plusieurs fonds de capital-risque
spécialisés dans l'investissement en fonds propres dans des entreprises
en création, dans les secteurs des technologies de l'information et des
sciences du vivant. La société participe depuis trois ans à l'IVCS et
a financé l'un des projets présentés l'année dernière (Open Plug). Cette
année, elle est pour la première fois partenaire de l'événement. Jacques
Chatain, co-fondateur et associé d'Auriga Partners, spécialiste des technologies
de l'Information, de l'instrumentation scientifique et des procédés industriels,
interviendra à ce titre lors de la conférence de clôture sur les perspectives
et les meilleures pratiques du capital-risque. Pour le Journal du Net,
il revient sur la situation du secteur et les choix stratégiques de sa
société.
JDN.
Quel objectif visez-vous en étant, cette année, présent à l'IVCS ?
Jacques Chatain. Notre objectif est de
montrer que dans notre activité, nous souhaitons davantage impliquer les
jeunes entreprises. Depuis six mois, nous avons créé en Europe une structure
baptisée VC's Relations, dont le but est de faire le lien entre le groupe
et les petites entreprises du secteur des logiciels. Une telle structure
existait depuis longtemps chez Microsoft Etats-Unis dans la Silicon Valley.
Je souhaitais que l'Europe dispose du même mécanisme.
Notre stratégie
d'investissement repose sur la diversification des participations dans
deux secteurs d'activité : dans le cadre d'Auriga 2, nous avons six dossiers
dans les technologies de l'information et cinq dossiers dans les secteurs
de la santé. Les montants investis dans les deux domaines sont à peu près
équivalents. Nous faisons de l'amorçage, et bien souvent nous participons
au premier tour de table. L'objectif est de garder nos participations
entre quatre et dix ans maximum. Dans le choix des dossiers, nous sommes
attentifs à ne pas céder aux modes. Ce qui nous importe, c'est la qualité
du projet et des managers plutôt que le secteur d'activité. Il faut aussi
et avant tout qu'il soit compatible avec la taille de notre fonds (115
millions d'euros). On ne peut pas mettre plus de 5% de nos fonds dans
un dossier, ce qui signifie que nous pouvons au plus consacrer 5 à 6 millions
d'euros à un dossier, durant toute sa durée de vie. Par ailleurs, il vaut
mieux accorder les fonds au fur et à mesure du développement de la société.
Dans le passé, on a commis des erreurs en confiant trop de ressources
d'un seul coup aux entrepreneurs. En ce qui concerne l'IVCS, nous avons
orienté notre sélection vers les dossiers pour lesquels le business model
conduisait le plus rapidement à du chiffre d'affaires, notamment sur le
secteur de la santé, où les projets mettent du temps à faire de l'argent.
Quelles
difficultés rencontrez-vous au moment de céder vos participations ? Quelle
analyse faîtes-vous des marchés ?
Il a toujours été difficile de sortir des entreprises,
sauf en 1999 et en 2000. Aujourd'hui, c'est encore un peu plus difficile.
Nous sommes clairement au creux de la vague. En 2002 et en 2003, nous
n'avons réalisé aucune session. Mais je suis assez confiant pour 2004
: Auriga met en route huit investissements nouveaux, les banques recommencent
à se montrer intéressées par nos participations, et à étudier l'introduction
en Bourse d'entreprises technologiques en 2004. Sur le marché de la santé,
ce sont les Etats-Unis qui donnent le ton. Je ne vois pas comment les
entreprises françaises pourraient s'introduire en Bourse en Europe. En
revanche, dans le secteur des technologies, l'Europe a une carte à jouer.
De là à y voir un retour de la bulle… Internet est un secteur qui rentre
dans le rang, même si aux Etats-Unis certaines valorisations ne sont pas
raisonnables (Amazon, eBay…) : donner à une entreprise un multiple de
40, 50 ou 70, ce n'est pas sérieux. Le PER (Ndlr : price-earnings ratio)
devrait correspondre à la courbe de croissance et de rentabilité,
un point c'est tout. Si on regarde les dernières IPO aux Etats-Unis, c'est
beaucoup plus raisonnable. RedEnvelope
(cadeaux), qui ne gagne pas d'argent, est valorisée 1,6 fois le chiffre
d'affaires. Provide
Commerce, qui prépare son introduction, réalise à peu près 85 millions
de dollars de chiffre d'affaires et un résultat net de 5%. L'introduction
va se faire sur deux ou trois fois le chiffre d'affaires. Ces chiffres
sont plus normaux. Internet accélère la croissance des entreprises qui
ont un bon business model. C'est un outil, un circuit de distribution
de plus, voilà tout. Mais un circuit qui autorise des marges meilleures
que la distribution classique, et de plus grandes économies d'échelle.
C'est pourquoi je pense quand même que ça vaut plus cher que la grande
distribution, comme Carrefour ou Darty, en termes de multiples.
Quels
sont les pays européens les plus dynamiques en termes de capital-risque
?
La Suisse bouge beaucoup, autant dans la santé
que dans les technologies de l'information. La Belgique est dynamique,
également, mais c'est en Grande-Bretagne que le plus de choses se passent.
Ceci est lié au fait que des financements à long terme ont été accordés
là-bas aux structures de capital-risque, grâce au principe des fonds de
pension, qui ont contribué à l'apport de ressources. La France vient en
deuxième position. Nous progressons, mais nous ne sommes pas assez nombreux
sur les premiers tours de table. Nous faisons face à énormément de dossiers.
On critique souvent les institutions européennes, mais le Fonds européen
d'investissement, tout comme le Fonds de promotion du capital-risque en
France, ont apporté des financements non négligeables à des entreprises
comme la nôtre. Elles contribuent à un noyau de 15 à 20% de nos ressources.
[Raphaële Karayan, JDNet]