Pour la septième édition de l'IVCS (International
venture capital Summit) à Sophia Antipolis, Philippe Jurgensen, le président
de l'Anvar (Agence nationale pour la valorisation de la recherche), est
intervenu lors d'une table ronde consacrée au "risk management".
Le choix du thème ne doit rien au hasard : après la débâcle dont a été
victime le capital-risque sur le secteur IT, le monde financier cherche
désormais à appréhender la gestion du risque entrepreneurial de manière
plus précise. Pour Philippe Jurgensen, cette démarche est non seulement
nécessaire mais aussi urgente. "Les investisseurs, estime-t-il, doivent
réapprendre à vivre le risque."
JDN.
Quel objectif visez-vous en étant, cette année, présent à l'IVCS ?
Philippe Jurgensen. Mon principal objectif
est d'adresser un message aux investisseurs, qui restent tétanisés et
beaucoup trop en retrait depuis de nombreux mois. Or une économie qui
ne prend pas de risque est une économie qui se meurt. Les investisseurs
répètent que nous sommes dans un bas de cycle depuis deux ans. Dans les
faits, cette position devient de plus en plus intenable. Que faut-il pour
que les investisseurs estiment que ce bas de cycle touche à sa fin ? Que
tous les indicateurs passent en dessous de zéro ? De la même manière qu'en
1999 j'ai interpellé les investisseurs en leur disant qu'il n'y avait
pas qu'Internet dans la vie, je veux leur dire aujourd'hui qu'ils sont
en train de rater un nouveau cycle.
Le
"plan innovation" du gouvernenent prévoit que l'Anvar devienne
l'interlocuteur unique pour les porteurs de projet innovant. L'étiquette
Anvar est-elle rassurante pour les investisseurs ?
Le fait que l'Anvar devienne un point d'accès
centralisé pour les porteurs de projet va permettre d'améliorer la lisibilité
des systèmes d'aide qui existent aux plans local, national et européen.
L'Anvar aura un rôle d'aiguillage pour permettre aux porteurs de projets
d'entreprendre les démarches les plus appropriées. Mais au-delà du concept,
il est vrai que l'étiquette Anvar est de plus en plus rassurante pour
les investisseurs. Les entreprises que nous accompagnons ont un taux de
survie de 70 % à dix ans alors que la moyenne nationale est de 50 % à
cinq ans. Notre capacité à sélectionner les projets innovants est aujourd'hui
clairement reconnue par les investisseurs.
Début
2002, lors de la présentation du rapport d'activité de l'Anvar, vous appeliez
les FCPI et les grands groupes à être davantage actifs dans la chaîne
de financement. Votre appel a-t-il été entendu ?
Les FCPI ont répondu à l'appel. Si vous prenez
les dix investisseurs les plus présents aujourd'hui dans les secteurs
innovants, huit sont des FCPI. En revanche, pour les grands groupes la
situation n'a guère évolué. La plupart des fonds corporate sont inactifs
ou ont tout simplement fermé leurs portes. C'est bien dommage : après
avoir démarré trop tard lors de l'envol de technologiques, les grands
groupes se préparent une nouvelle fois à ne pas devancer la reprise...
Depuis
avril 2001 vous proposez un mode de financement fonds propres contre BSA
(bons de souscription d'actions). Où en est cette formule ?
Nous avons financé une centaine d'entreprises
grâce à cette formule, pour une enveloppe qui représente un peu moins
de 10 % des montants que nous apportons chaque année. Cette formule n'est
pas vouée à s'imposer comme notre principal mode d'engagement. Elle répond
avant tout à la situation actuelle de la chaîne de financement, où certains
porteurs de projet ne peuvent obtenir de soutiens financiers sans avoir
de fonds propres, ce qui est un cercle vicieux.
[Ludovic Desautez, JDNet]