JDNet. Quels enseignements
tirez-vous du dernier CIADT ?
Serge Bergamelli.
Le CIADT de Paris de décembre 2002 éclaire, précise et amplifie le mandat
confié par l'Etat à la CDC dans le domaine des infrastructures, des services
et des usages. Dans le prolongement du CIADT de Limoges de juillet 2001,
nous avions vu beaucoup de collectivités locales s'impliquer dans des
réseaux de collectes intermédiaires. Le CIADT 2002 met l'accent sur les
réseaux de dessertes en fléchant les technologies alternatives :
satellites, courants porteurs en ligne et Wi-fi. Il me semble que les
collectivités locales pourront affiner leurs projets et mieux articuler
les réseaux de collectes et d'accès. Le CIADT de 2002 porte également
un éclairage sur des services comme l'e-éducation, l'e-santé, l'e-tourisme
ainsi que sur le développement économique. Il demande à la CDC de l'accompagner
dans cette voie. En dernier lieu, la CDC est mandatée pour accompagner
des centres de ressources régionaux en collaboration avec la Datar et
la MAPI (Ndlr : Mission interministérielle pour l'Accès Public à Internet
et au Multimédia).
Le
CIADT 2002 permet de vous adresser à un spectre plus large d'interlocuteurs
au niveau local...
L'un des volets du CIADT de Limoges en juillet 2001 concernait
le rôle de la CDC en qualité de prêteur sur les fonds d'épargne, c'est-à-dire
sa capacité à prêter directement aux collectivités locales. La rédaction
du texte était assez restrictive puisque les sociétés anonymes ou les
sociétés d'économie mixte intervenant dans le cadre d'une délégation de
service public n'étaient pas éligibles pour bénéficier de ces prêts. Dans
un souci de pragmatisme, le CIADT de Paris a levé ce frein pour permettre
à l'ensemble des acteurs délégataires impliqués dans des projets d'infrastructures
locaux d'avoir accès à ces prêts. Toutefois, une mission est en cours
sur l'utilisation des fonds d'épargne; celle-ci ne manquera pas d'examiner
l'ensemble du dispositif dénommé Nouveaux Emplois des fonds d'épargne.
Je tiens à souligner que nos activités reposent sur un modèle d'investisseur
public et non sur un schéma de subvention. La CDC est un établissement
public à rationnalité économique : nous investissons au côté des acteurs
issus du secteur privé dans des structures type sociétés anonymes ou sociétés
d'économie mixte, qui déploient les infrastructures. Bien évidemment,
nous en attendons un équilibre financier et un retour sur investissement.
Combien de projets
haut débit pourriez-vous accompagner à terme ?
La CDC a recensé à ce jour 130 projets d'infrastructures
dans ce sens. Nous estimons qu'une dizaine d'entre eux vont émerger dans
le courant de cette année en sortant du phasage des études d'architectures
techniques, juridiques et géomarketing. Nous estimons que nous aurons
une proportion équivalente de projets qui aboutiront en 2004. Pour finaliser
un projet d'infrastructure haut débit, nous estimons qu'un délai de préparation
de douze à dix-huit mois est nécessaire. Cette période nous permet de
mesurer l'appétence des opérateurs télécoms vis-à-vis de ces nouveaux
réseaux car les opérateurs de réseau et de services télécoms en sont les
premiers clients. C'est pour cela que nous recherchons le montage des
partenariats public-privé. Je pense que nous entrons dans un modèle de
développement qui va s'échelonner sur cinq à sept années. Il ne s'agit
pas d'une logique de prudence mais d'accompagnement balisé. Un taux d'abandon
ou de réorientation de projets d'infrastructures est tout à fait possible.
Par ailleurs, des projets pionniers départementaux pourront s'intégrer
dans des projets régionaux. La CDC déploie un effort significatif en terme
de crédits d'ingénierie : pour la quasi-totalité des collectivités locales
souhaitant initier un schéma d'infrastructure et de service TIC, nous
sommes capables de soutenir les études à hauteur de 30 %, voire à
50 % de manière exceptionnelle.
Avez-vous une idée précise du niveau de financement
qui sera nécessaire pour accompagner ce mouvement ?
Le CIADT 2001 avait défini une enveloppe globale de 230
millions d'euros de fonds propres de la CDC pour l'accompagnement numérique
et l'aménagement du territoire. Dans le cadre de l'édition du CIADT 2002,
certains crédits ont été plus directement fléchés. Ils doivent s'articuler
avec des crédits d'Etat identifiés dans les contrats de plans Etat-régions
et les documents uniques de programmation [Ndlr: DOCUP, programme pluriannuel
de développement d'une région qui permet de fixer le montant de l'aide
européenne]. Nous devons nous coordonner très prochainement avec la
Datar à ce sujet. Nous ne tenons pas à faire du saupoudrage de crédit
mais à accompagner la capillarité des réseaux pour toucher un plus grand
nombre d'utilisateurs dans un cadre régional cohérent, et notamment les
entreprises dans les zones d'activité. Certes, la masse d'investissements
est plus lourde quand on touche aux réseaux d'accès. Nous recherchons
la cohérence avec les réseaux des collectes.
Comment est déterminé le choix
des technologies d'accès dans les projets ?
La CDC n'a pas vocation a effectuer un tri ou un choix
parmi les diverses solutions concernant les réseaux d'accès. Je rappellerai
que le maître d'ouvrage de ses infrastructures reste bien la collectivité
locale. Ce que nous examinons au côté de cette dernière, c'est bien la
cohérence territoriale des réseaux, la manière dont ils répondent à une
logique d'équilibre territorial. En ce sens les technologies se combinent,
elles ne sont pas exclusives les unes des autres, elles peuvent même souvent
se compléter. Le seul point déterminant réside dans le déploiement de
réseaux ouverts, neutres et mutualisables.
Un risque de redondance
de réseaux haut débit sur une zone territoriale donnée est-il réel
?
D'ores et déjà, il existe des redondances de réseaux sur
certaines zones territoriales, notamment sur les zones les plus attractives,
mais c'est la présence des services proposés ainsi que le prix qu'il faut
prendre en compte. Bien évidement nous accompagnons les collectivités
locales qui cherchent à limiter la redondance des réseaux. Dans la méthodologie
que nous préconisons, l'un des premiers travaux des groupes de pilotages
est d'identifier les réseaux existants. Ce n'est pas toujours aisé d'obtenir
une cartographie de l'ensemble des infrastructures sur l'ensemble du territoire.
L'objectif est de monter des réseaux neutres et ouverts à l'ensemble des
opérateurs. Nous nous situons toujours dans la logique de libéralisation
du secteur des télécommunications. S'il y a intervention de fonds publics,
celle-ci ne peut pas conduire à une aide directe à un opérateur spécifique.