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En constatant
le retard pris dans notre pays en matière de développement
des entreprises innovantes, on invoque un certain nombre
de raisons (insuffisance des politiques publiques, notamment),
mais on aborde rarement une problématique, celle de
la manière de considérer les enjeux financiers dans
ce domaine. En la matière, on observe régulièrement
que la méthodologie des créateurs d'entreprises innovantes
pour traiter ces enjeux et les outils dont ils disposent
constituent un frein au développement de leurs entreprises
et leur font prendre des risques quant à la pérennité
de leur projet..
Renforcer
la sensibilisation des créateurs d'entreprises innovantes
aux enjeux financiers
Une grande partie des créateurs de sociétés innovantes
en France est constituée de technologues. Même s'ils
donnent l'impression d'avoir conscience de l'importance
des enjeux financiers pour la réussite de leur projet,
on constate régulièrement, à l'étude des dossiers présentés,
que leur formation et leur sensibilisation à ces enjeux
demeurent souvent insuffisantes.
Au
stade pré-amorçage, ces entrepreneurs se comportent
d'une manière étonnante pour qui sait comment leurs
homologues nord-américains abordent ces enjeux. Aux
Etats-Unis ou au Canada, le business plan sera immédiatement
traduit en données financières, le plus souvent avec
l'aide de consultants spécialisés dans les hautes technologies.
Le porteur de projet français, au pire, ne chiffrera
que très sommairement son projet, ce qui lui fermera
la porte de la plupart des financeurs qui n'accorderont
pas de crédibilité à leur plan de développement, au
mieux, établira seul une évaluation financière, mais
dont la pertinence tant sur la forme que dans le fonds
sera facilement challengée.
Cette
tendance de l'entrepreneur français à vouloir tout faire
lui-même sans s'entourer des bons conseils est récurrente
: elle ne contribue pas, au moins dans le domaine financier,
à aider de manière efficace les projets à être lancés
et elle défocalise l'entrepreneur de ses priorités (mettre
au point un produit et attaquer un marché).
Certains
entrepreneurs toutefois, plus avisés, s'adressent à
des conseils externes, qui sont quelques fois des cabinets
d'ingénierie financière, mais le plus souvent des experts-comptables.
Dans ce domaine de compétences, le pire côtoie malheureusement
le meilleur : si quelques cabinets d'experts-comptables
ont une réelle approche économique adaptée à la construction
d'un business plan pour sociétés de nouvelle technologie
(dont les règles sont spécifiques au secteur), la plupart
des intervenants, formés uniquement via le cursus français
d'études comptables, ont une approche des business plan
orientée comptabilité seulement, donc sans aucune réelle
vision prospective.
Après
la levée de fonds, si elle a eu lieu, on constate là
encore une curieuse tendance de la part des "porteurs
de projets" à vouloir continuer à œuvrer dans le système
D. Alors qu'aux Etats-Unis, la structuration financière
de l'entreprise apparaît comme une des premières priorités,
et donc qu'on y met les moyens, en France, on voit la
plupart des entrepreneurs à la tête des sociétés de
haute technologie se contenter d'outils de pilotage
sommaires, basés sur la comptabilité générale française,
tenue la plupart du temps en externe, ce qui empêche
quasiment systématiquement la production d'un véritable
reporting financier.
Même
si cet état de fait est moins vrai lorsque la société
est financée par des investisseurs en capital-risque,
qui ont, pour la plupart, une approche économique du
reporting financier, il n'en demeure pas moins que l'on
peut encore malheureusement faire ce constat très fréquemment.
Lorsqu'on
interroge ces entrepreneurs sur leur perception de ce
que devrait être le bon outil de pilotage, on s'aperçoit
qu'ils se réfèrent la plupart du temps aux normes comptable
françaises, lesquelles constituent le second frein (au
moins conceptuel) au développement des entreprises innovantes..
Une
approche comptable à refondre pour l'orienter vers l'analyse
économique
En quoi l'approche comptable française est-elle un problème
pour le pilotage des entreprises innovantes ?
On
peut à ce stade distinguer deux types de problématiques
:
- en matière de présentation d'un compte de résultat
et d'un tableau de financement :
o le compte de résultat aux normes françaises
regroupe d'un côté les charges, de l'autre les produits
et détermine un résultat par différence : dans ce modèle,
aucune analyse de la création de valeur n'est possible.
On a bien essayé de résoudre ce problème avec le tableau
des soldes intermédiaires de gestion (SIG) mais là encore,
il n'y a aucun moyen de déterminer où se crée la vraie
valeur de l'entreprise. Le modèle de compte de résultat
aux normes internationales (normes IASC, largement inspiré
par l'Amérique du Nord et adopté en Europe du Nord)
commence, lui, par les ventes, premier moteur de l'entreprise,
puis sépare les coûts directement associés aux ventes
(pour en tirer une marge brute pertinente) des coût
d'exploitation (les operating expenses) lesquels sont
ensuite ventilés par département créateurs de valeurs
et consommateurs de ressources (R&D, ventes & marketing,
finance & administration) : en comparaison avec le modèle
français, ce modèle permet une analyse immédiate de
la création de valeur et constitue un véritable outil
de pilotage ;
o le tableau de financement aux normes françaises
classe d'un côté les ressources, de l'autre les emplois
et détermine le besoin de financement par différence.
Là encore, il s'agit d'une approche par solde, qui n'analyse
pas les flux par nature. Dans le modèle aux normes comptables
internationales, les besoins et les ressources sont
classés par nature ; ceux liés à l'exploitation, ceux
liés aux investissements, ceux liés aux financements.
Cette approche, dynamique, met en évidence immédiatement
où sont les besoins et comment ils doivent être financés,
enjeux critiques en phase de développement.
-
en matière de normes comptables proprement dites et
d'approche comptable
o un seul exemple en matière de normes : en
comptabilité française, la R&D est considérée comme
étant immobilisable et on crée donc de la production
immobilisée qui vient abonder les produits d'exploitation
; on arrive donc à ce paradoxe qu'une société qui ne
fait pas encore de chiffre d'affaires a quand même des
produits d'exploitation. En comptabilité aux normes
internationales, seules les ventes sont un produit.
Cette différence dans l'approche des produits induit
des comportements radicalement différents : on a vu
régulièrement des entrepreneurs jouer les illusionnistes
face à leur banquier grâce à la R&D immobilisée…
o l'approche comptable : la comptabilité telle
qu'elle est utilisée dans les sociétés nord- européennes
et américaines est en fait orientée "analyse économique"
alors que la comptabilité française est orientée "détermination
du résultat fiscal". Au passage, on peut noter que c'est
l'une des raisons pour lesquelles le hiatus fonction
comptable / fonction contrôleur de gestion n'existe
pas aux Etats-Unis où c'est souvent la même personne
qui est en charge des deux fonctions.
Que
l'on ne se méprenne pas sur le présent propos : une
approche plus internationale des enjeux financiers avec
notamment le recours à des normes internationales en
matière comptable ne met pas à l'abri les entreprises
de tout risque (confère l'affaire Enron). Il n'en demeure
pas moins que, la France aurait intérêt à réformer en
profondeur son approche comptable pour la rendre orientée
"analyse économique" ce qui permettrait d'avoir une
vision plus claire des enjeux financiers et induirait
probablement un changement de vision de la part des
dirigeants d'entreprises innovantes.
[HL]
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