ART ET SCIENCE
Mars 2007
Les pierres font grise mine
Après ravalement, certains immeubles ou édifices religieux sont éclatants. On en aurait presque oublié que la teinte de la pierre utilisée à la base est très claire. En se promenant dans les villes, on songe parfois à l'apparence qu'elles devaient avoir il y a trois ou quatre siècles et on imagine des villes aux bâtiments rendus majestueux par leur clarté. Vraiment ?
Pierres et pollutions d'aujourd'huiLes pierres semblent souffrir d'un mal urbain moderne mais ont-elles réellement attendu l'avènement de la révolution industrielle pour perdre leur éclat ? Les pierres enregistrent la pollution atmosphérique, certes. Dans les milieux urbains, elle est plus forte et concentrée, c'est donc normal de voir les belles façades historiques plus ternes qu'elles ne l'étaient à l'origine. En effet, depuis le XIXe siècle, les productions et consommations d'énergie se sont intensifiées, les industries se sont développées et le pétrole et ses dérivés ont remplacé le bois. Toutes ces nouvelles activités ont engendré de fortes émissions atmosphériques de composés soufrés, sous formes gazeuses, SO2, ou particulaires avec les cendres et les suies ainsi que des teneurs fortes en oxydes d'azote. Les pierres enregistrent ces changements qui les altèrent : sulfatation, plaques arrachées, traces de ruissellement etc. Mais l'ère moderne ne doit pas être exagérément accablée, la pollution, dès le XIIe siècle, cause bien des maux aux pierres. La pierre un matériau altérableLa pollution des pierres varie énormément selon différents critères. Un bâtiment situé en zone urbaine est davantage soumis à la pollution qu'un autre perdu en pleine campagne. La température, l'humidité de l'air et les intempéries sont des facteurs qui jouent en plus sur les propriétés mécaniques des pierres en les rendant plus ou moins poreuses. Ces facteurs atmosphériques sont complétés par la qualité de l'air qui dépend des activités humaines. En fonction de tous ces paramètres, la pierre assimile aussi la pollution de différentes manières. Salissures, encroûtement, lessivage, érosion, corrosion, plaques etc. Quoi qu'il en soit, ces marques sont visibles sur les pierres. Vues au microscope et analysées, elles peuvent nous faire changer d'idée au sujet de la pollution avant l'industrialisation. Le bois : un autre polluantCar oui, osons le dire, la pollution existait déjà dans les temps passés et les pierres étaient dès le Moyen-âge, grisées par la pollution. Non le pétrole et ses dérivés ne sont pas exploités à cette époque mais le bois oui. Et c'est bien le bois qui a, le premier, causé la "maladie des pierres". Ce n'est pas si difficile de le savoir : il faut de bons scientifiques et aussi un peu de chance pour retrouver des statues médiévales qui ont été oubliées pendant des siècles dans un bâtiment, donc qui n'ont pas été soumises à la pollution moderne, ou encore restaurer un portail d'église romane… Bref, retrouver l'état de la pierre dans le passé. Ensuite il faut l'analyser : la regarder au microscope, faire des prélèvements et les analyser. Ces opérations ont été menées sur différents bâtiments de France et les conclusions sont toutes les mêmes. Le bois entraîne une pollution atmosphérique remarquable qui altère fortement les pierres sous la forme d'un encroûtement caractéristique. Donc oublions nos rêves de villes claires aux pierres blanches… La science permet de retracer l'histoire et la vie de nos monuments historiques mais elle ne s'arrête pas là. Toutes ces recherches sur les altérations des pierres sont aussi conduites pour un jour mettre au point des traitements préventifs ou des procédés autonettoyants car "les bâtiments d'aujourd'hui sont les monuments de demain".
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