ART ET SCIENCE
Octobre 2006
Pérec et les poèmes matriciels
"Un soir, le fatal tournis effleura ton sinus folâtre : il troua en sifflant, rusé, oisif, l'outre nasale. Tour influent ! Soif, râle : le tarin soufflé, sorti à nu." Curieux poème que nous offre Georges Perec dans les années 70. Dans son recueil intitulé Alphabets, les 176 textes ressemblent à celui-ci. La clé n'est pas à chercher dans le sens du texte : là où la plupart des écrivains jouent plutôt sur le registre de l'émotion et puisent dans leur sensibilité leur inspiration, Perec, lui, utilise le registre mathématique. Pourquoi ? Perec est un mordu de littérature. Avec quelques amis, l'écrivain et poète Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais notamment, il fait partie de l'Oulipo, l'OUvroir de LIttérature POtentielle. Dans les années 60 et 70, ces passionnés se réunissent régulièrement pour travailler sous "contrainte". A ce jeu, Pérec excelle. Un de ses romans les plus célèbres, La Disparition, en est d'ailleurs une exemple : il a été rédigé sans la lettre e. La contrainte du tableau
Ici, la contrainte est mathématique. Voici comment le poème ci-dessus a été écrit.
Pas facile ! Et pourtant, Perec, avec les 11 lettres E S A R T U L I N O, et à chaque fois une des 16 lettres restantes, disposées en matrices, a construit 176 poèmes ! Il ne s'est d'ailleurs pas arrêté là. Un autre de ses recueils, intitulé Métaux, comporte 7 poèmes, écrits avec 14 lettres E S A R T I L U N O D M, une lettre spécifique à chaque poème et une lettre joker. Perec publie également La Clôture, recueil de 17 poèmes réalisés avec 12 lettres : E S A R T I L U N O C et un joker.
» Un autre exemple : "Songe, altruiste gai luron, à l'urgent soir : Un goliat s'engloutira, sénile, s'outrageant. Rois gluants ! Glorieuse nuit à l'ogre rigolant sur son auge-lit."
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