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L'exemple du Staltor.

La pharmacopée française actuelle compte environ 4 500 médicaments, soit plus de 25 000 présentations. Chaque année, une quarantaine de nouveautés sont mises sur le marché. En revanche, les retraits sont rares. Depuis 40 ans, environ 120 produits ont été retirés du marché, soit 3 par an.

Des retraits en série

"Le retrait d'un seul médicament peut ruiner un labo si c'est un blockbuster", explique Philippe Pignarre. Du coup, les laboratoires réfléchissent à deux fois avant de signaler des "effets indésirables". Et pour cause, plusieurs médicaments ont connu un retrait retentissant ces dernières années.

Le Distilbène, censé prévenir les fausses couches et massivement prescrit dans les années 60 et 70, a été brusquement retiré de la vente aux Etats-Unis en 1971 (en France en 1976). Au passage, il a entraîné de nombreuses anomalies chez les bébés. En 2001, Bayer retire du marché son anti-cholestérol Staltor (voir page suivante), puis vient le tour du Vioxx en novembre 2004, retiré du marché par Merck en raison de graves effets cardio-vasculaires secondaires. Le Vioxx était pourtant une molécule phare pour le groupe puisqu'elle avait rapporté plus de 23,5 milliards de dollars au groupe.

Aujourd'hui, c'est le laboratoire américain Eli Lilly qui est en procès : son anti-dépresseur vedette, le Prozac, pourrait contribuer à un terreau psychologique favorable pour les candidats au suicide.

"Les médecins eux-mêmes sont peu enclins à toute suspicion"

Faut-il vraiment avoir peur ?

Bref, la méfiance envers les médicaments augmente, et les autorités de santé sont montrées du doigt pour leur laxisme. La revue Prescrire déplore ainsi leur manque de réactivité et l'absence de transparence en matière d'effets indésirables. "Les agences accordent la mise sur le marché même si c'est une régression thérapeutique" explique Bruno Toussaint, le directeur de la revue. Les médecins eux-mêmes sont peu enclins à toute suspicion.

"Jusqu'à ce jour, les médecins prescrivaient en toute confiance ces produits sur la recommandation explicite des autorités sanitaires et du laboratoire fabricant", reconnaît le syndicat MG France dans l'affaire du Staltor.

Jean-Hugues Trouvin, le Directeur de l'Évaluation des médicaments et des produits biologiques à l'Afssaps, ne remet pourtant pas en cause les décisions de l'agence à l'époque à propos du Vioxx. Pour lui, le produit aurait parfaitement pu rester sur le marché, et il pouvait encore rendre service à certains patients. "Mais avec l'arrivée de concurrents plus performants, peut-être que la molécule n'était plus si intéressante que ça", s'interroge-t-il. "Il vaut parfois mieux se faire hara-kiri que d'être le quatrième du peloton"…

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