Les petites sociétés, fers de lance
de l'innovation thérapeutique. Photo © Communauté
européeenne
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La découverte de nouvelles molécules chimiques est-elle en train de se tarir ?
C'est l'avis de plusieurs scientifiques, dont Jean-Hugues Trouvin, le directeur
de l'évaluation des médicaments et des produits biologiques à l'Afssaps.
"La chimie de synthèse est au bout de ses ressources", explique -t-il. "Cela ne
veut pas dire qu'on ne va plus rien trouver sur ce plan, mais qu'il faut des relais".
Et la biotechnologie apparaît justement comme le nouvel eldorado de la recherche
pharmaceutique.
A l'opposé des mastodontes, les jeunes sociétés de biotechnologies crées dans
les années 80 ont habilement mélangé un mode de recherche high tech et une ambiance
"start-up" sensée favoriser la créativité. Amgen résume parfaitement l'ascension
fulgurante de ce type de laboratoire. Son vice-président Roger Amgen se félicite
dans un entretien aux Echos de détenir un tiers des capacités de production mondiales
de protéines thérapeutiques par voir biotechnologique.
Des starts-up qui grandissent...
Le chercheur américain tire à boulets rouges sur le secteur de la pharmacie traditionnelle
: "Tout le monde sait que l'industrie pharmaceutique connaît un énorme déficit
d'innovation", affirme-t-il. "Le coût de développement d'un nouveau
médicament a tellement augmenté que son business model n'a plus aucun sens (…).
Les laboratoires sont dirigés par des chimistes. On y passe un temps infini à
identifier des cibles cellulaires potentielles, et ensuite on cherche une molécule
qui agit sur ces récepteurs. Le taux de succès de cette approche est très faible,
autour de 7%".
Et pourtant, la petite start-up n'est plus si loin que ça de ceux qu'elle fustige :
avec une valeur boursière de 80 milliards de dollars, elle se situe désormais
dans la cour des grands...
| "Comme pour la bulle Internet, l'engouement est souvent excessif" |
Fascinés par la réussite de ces petits laboratoires, les géants de la pharmacie
n'hésitent plus à dépenser des milliards de dollars pour financer leurs recherches,
sans toujours connaître leurs réelles perspectives. Comme pour la bulle Internet,
l'engouement est souvent excessif. Philippe Pignarre ne croit d'ailleurs pas à
ce soudain regain d'innovation : "On ne sait encore rien de ce que produiront
les petites sociétés de biotechnologies qui ont déjà englouti des milliards de
dollars en surfant sur l'angoisse des grands industriels qui ne savent plus comment
trouver des nouveaux produits", explique-t-il.
Des déconvenues en perspective
Et la fragilité du secteur est grande : les sociétés disparaissent aussi vite
qu'elles se sont montées. Du coup, les relations entre les géants de la pharmacie
et ces start-up tendent à s'envenimer. En 2001, Bristol-Myers Squibbs passe ainsi
un accord avec ImClone, une petite société de biotechnologie. Croyant avoir trouvé
la poule aux œufs d'or, BMS débourse 2 milliards de dollars (soit deux fois le
chiffre d'affaires d'un blockbuster) pour acquérir les droits sur l'erbitux, un
anticancéreux. Mais voilà : elle n'obtiendra jamais d'autorisation de mise sur
le marché, les tests s'avérant moins concluants que prévu. Les deux sociétés sont
depuis en procès.